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CHRONIQUE PAR ...

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Wotan
Cette chronique a été mise en ligne le 09 novembre 2008
Sa note : 19/20

LINE UP

-Stine-Mari Langstrand
(chant)

-Ketil Sæther
(guitare)

-Eystein Garberg
(guitare)

-Espen Hammer
(basse)

-Siv Lena Waterloo Laugtug
(violon)

-Espen W. Godø
(claviers+piano+orgue)

-Alf Helge Lund
(batterie)

TRACKLIST

1)Nokken
2)Dunker
3)Åsgårdsreia
4)Trolltind
5)Allvis
6)Perpålsa
7)Blæster
8)Byttingen

DISCOGRAPHIE


Lumsk - Troll
(2005) - folk - Label : Tabu Records



Les Trolls sont omniprésents en Norvège. Dans les sombres forêts nimbées dans le brouillard, les montagnes mortelles, sur les rives des fjords, dans les lacs profonds et les grottes humides. Depuis la nuit des temps, ils jouent des tours aux voyageurs imprudents qui ont le malheur de les rencontrer, se marient entre eux, sont transformés en pierre s'ils oublient de se protéger de la lumière du soleil. Les Trolls sont le symbole de la Norvège mythologique, les racines de l’intégralité du folklore et des traditions locales.

Originaire de Trondheim, les norvégiens de Lumsk se posent comme les gardiens de traditions ancestrales. Au travers de leur musique, ils transposent les mythes, l’inconscient collectif du peuple nordique. Chaque chanson de Lumsk est la transcription musicale et lyrique d’une légende norvégienne. Ils suivent la voie ouverte par Grieg et son "I Dovregubbens hall", la fameuse bande musicale pour la pièce Peer Gynt d’Henrik Ibsen. Lumsk ne veut pas que le folklore local se perde, alors ils le propagent en demandant au couple de folkloristes Birger et Kristin Sivertsen d’écrire les paroles de Troll. Et c’est ainsi que vous rencontrerez au cours de cet album la triste histoire de Dunker qui mourra en révélant son vrai nom à la jeune fille ayant conquis son cœur, la chasse sauvage parcourant les cieux jusqu’au Ragnarok, les délires alcoolisés des Trolls de Romsdal oubliant le lever du soleil, ou encore comment Blæster le troll de Ladehammer aida le roi Olaf à construire la cathédrale de Nidaros.
Et vous entendrez tout cela. Au travers des élans progressifs de "Trolltind" se dessine la folie éthylique des créatures mythiques, la voix grondante du Vetter dans le chant impressionnant de profondeur d’Andreas K. Elvenes (qui fait partie de la longue liste d’invités pour l’enregistrement), la maléfique chasse sauvage dans les dissonances sur "Åsgårdsreia", et surtout vous entendrez et ressentirez la poignante mélancolie du peuple norvégien pour ces légendes presque oubliées. Le violon, instrument primordial chez Lumsk, retransmet cette tristesse, distille subtilement la folie diabolique, le malheur des Trolls ou des humains, toute la noirceur de ces légendes. Tous ces sentiments sont sublimés par la prestation irréprochable de Stine-Mari, dont la voix enchanteresse, lyrique et atmosphérique entraine l’auditeur dans un état de rêverie profonde, une immersion totale dans cet autre monde. Injustement méconnue, elle fait de l’ombre à beaucoup de vocalistes lyriques.
Le doom metal du premier album se retrouve à l’état de traces, dans quelques lourdeurs rythmiques ou riffs très saturés. Avec des tempos plus lents, Lumsk prend un virage plus atmosphérique, plus progressif aussi. Les arrangements sont complexes et sublimes, un véritable travail d’orfèvre, faisant la part belle aux instruments acoustiques, délaissant partiellement les guitares tout en leur donnant une place de choix quand elles sont présentes. Lumsk n’est pas un groupe de metal folklorique, c’est un groupe de folk, au sens le plus pur du terme. Son rôle est simplement de transmettre les légendes, de bouche à oreille. Il y ajoute la musique simplement pour que le temps de quarante minutes, ces histoires ancestrales reprennent vie, que le temps d’une chanson, les fjords et montagnes norvégiennes soient de nouveau hantées par les Trolls. Bien que magnifique et sans équivalent, la musique de Lumsk n’est au final qu’un accessoire au service d’une cause plus noble : la conservation du patrimoine national.

Écoutez Troll, laissez vous immerger complètement par ces contes mis en musique de la plus belle façon qu’il soit, laissez vous bercer par la voix enchanteresse de Stine-Mari, laissez-vous emporter par la folie des arrangements, la douceur du violon. Avec ce disque magnifique et inoubliable, Lumsk a su capturer pour l’immortalité une partie de l’âme de son pays natal.


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