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CHRONIQUE PAR ...

8
Alexis KV
Cette chronique a été mise en ligne le 09 novembre 2008
Sa note : 15/20

LINE UP

-Benji Webbe
(chant)

-Jeff Rose
(guitare)

-Mikey Dee
(guitare)

-Dan Pughsley
(basse)

-Martyn Ford
(batterie)

-Dirty Arya
(batterie)

TRACKLIST

1)Intro
2)Nobody
3)Pressure
4)Start First
5)Interlude 1
6)Selector
7)Bruises
8)We Want
9)Interlude 2
10)Set It Off
11)Firing the Love
12)Tears
13)World Domination
14)The Fear
15)Interlude 3
16)Babylon
17)The Beginning of Sorrows

DISCOGRAPHIE


Skindred - Babylon
(2005) - néo metal ragga - Label : Lava Records




Qui se ressemble s'assemble, on connaît bien le dicton. Mais ce qui ne se ressemble pas s'assemble aussi. « Skin » s'assemble avec « dread », « ragga » s'assemble avec « metal ». Né sur les cendres du collectif Dub War, le groupe gallois est plus que jamais aux confluents de deux courants que l'on voyait mal se mélanger un jour. Mais il faut plus qu'un mot barbare et intello comme « oxymore » pour décourager Benji et sa bande.


L'idée de conjuguer grosse disto et phrasé ragga n'est pas vraiment neuve, mais elle s'est presque toujours opérée de manière timide, parcellaire, des Bad Brains à King Prawn en passant par tous les groupes de frenchcore, c'était plus une influence ou un certain accent. Skindred en fait l'idée centrale de sa musique et opère la fusion dans sa forme la plus pure et la plus percutante. Babylon reprend les choses là où les avaient laissées le premier album de Dub War, Pain (le second, Wrong Side Of Beautiful, avait pris une tournure plus inspirée par la dub et le rock), tout en apportant un lot non négligeable d'éléments nouveaux.

La composante heavy passe d'un mélange de punk hardcore et de gros rock alternatif vers un néo metal sautillant soutenu par un très grosse production. Le côté dub passe en très grande partie à la trappe, et cette influence ne subsiste plus que dans les vocalises de Benji, qui alterne ce chant plaintif aux lignes vocales étirées avec un chant ragga qui donne tout son impact aux compositions. Il faut d'ailleurs croire que la collaboration de Benji avec Max Cavalera de Soulfly (sur le titre "Prejudice" du premier album) a laissé quelques traces, car si sur les albums de Dub War il basculait par moments dans un registre rauque et agressif, Babylon voit se rajouter à son registre un véritable hurlement à la frontière du hardcore et du death.

Toutes ces composantes donnent naissance à des compositions que l'on pourrait sommairement répartir en trois catégories. Premièrement, des morceaux comme "Nobody", "Pressure" ou "Set It Off", sur lesquels Skindred arrive à doser à la perfection l'énergie du metal et l'entrain du ragga, et qui sont sans conteste les moments forts de l'album. Mais dès que le groupe pousse le niveau de violence un peu trop loin, la fragile alchimie se brise et ainsi "Bruises", "World Domination" ou "Babylon" se rapprochent bien trop dangereusement d'un néo metal générique et pas vraiment digne d'intérêt.

Au milieu de tout ça, l'album est aéré par quelques très dispensables interludes et trois titres clairement pop-rock et radio-friendly, qui vont de l'efficace "We Want" (citant "Redemption Song" de Bob Marley en intro) au navrant "Tears" en passant par le sympathique "The Fear". Notons également que l'album aura connu plusieurs rééditions depuis sa sortie initiale en 2002, avec des titres qui se seront rajoutés entre-temps, d'autres qui ont disparu, et un changement de personnel qui explique la présence de deux batteurs et deux guitaristes dans le line-up.


Au final, on regrette que le groupe se soit pris à son propre piège en restant trop coincé dans une approche directe et catchy et n'ait pas su ou voulu instiller un peu plus de cette subtilité aérienne et alambiquée que l'on avait pu entendre sur Wrong Side of Beautiful de Dub War. Cela aurait probablement permis à cet album de passer du statut de très bon à celui de véritable tuerie.


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