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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 13/20

LINE UP

-Fred Durst
(chant)

-Wes Borland
(guitare)

-Sam Rivers
(basse)

-John Otto
(batterie)

-DJ Lethal
(DJ)

TRACKLIST

1)The Propaganda
2)The Truth
3)The Priest
4)The Key
5)The Channel
6)The Story
7)The Surrender

DISCOGRAPHIE


Limp Bizkit - The Unquestionable Truth Part 1
(2005) - néo metal - Label : Interscope



Après avoir quitté Limp Bizkit car il ne supportait plus le côté commercial outrancier de son camarade chanteur, après avoir fondé Big Dumb Face et connu un flop retentissant, Wes Borland le guitariste-compositeur-dessinateur maquillé revient dans le groupe. Sans tambours ni trompettes, car pour la première fois depuis que Limp Bizkit sont devenus énormes ils ont décidé de faire l'impasse sur la promo de leur nouvel album. Pas d'interviews à la chaîne, pas de déferlement de singles formatés : The Unquestionable Truth Pt. 1 marquerait le retour du groupe à une attitude métal underground, et la musique aurait suivi. Alors, info ou intox ?

Le riff de "The Propaganda", premier titre, renvoie les errances popisantes de Chocolate Starfish et de Results May Vary dos à dos. C'est lourd, c'est gras, c'est méchant, c'est métaaaaaaaaaaal ! Honnêtement, ça fait un bien fou d'entendre un tel riff sur un album de Limp Bizkit, je n'y croyais plus. Cet album dégage l'impression que Wes Borland est revenu pour prendre le pouvoir: la guitare est omniprésente, maîtresse du jeu, c'est le squelette de ce CD, sa base. Le son est beaucoup plus organique que les albums précédents du groupe qui présentaient une prod synthétique et froide, très pop et dans laquelle seule la basse avait gardé un son chaud et vibrant. Sans revenir au son énorme de Ross Robinson sur Three Dollar Bill cet album sonne gras, cru et indubitablement heavy. Les scratches et sons distillés par DJ Lethal et qui habillaient si bien les riffs auparavant ont d'ailleurs disparu, et le DJ ne semble s'exprimer que sur l'interlude hip-hop "The Key". Le flow de Durst est totalement transformé: il rappe plus lentement et sa voix sonne à la fois plus naturelle et plus agressive. Cette mini-révolution est extrêmement agréable à mes oreilles, mais rapproche dangereusement Fred de Zach De La Rocha...

L'ombre de Rage Against The Machine plane en effet sur ce CD, et c'est un choc pour moi qui avais toujours respecté Limp Bizkit pour leur approche du rap-métal totalement différente de celle de RATM. C'est "gros riffs plus chant rappé", finies les alternances ambiance/violence : la gratte de Borland ne cesse jamais de balancer riff après riff et les passages groovy estampillés Otto/Rivers -bassiste sous-exploité sur cet album- sont aux abonnés absents, "The Priest" excepté. Comme dans Rage le chant rappé devient donc le seul élément rapprochant la zique du hip-hop à l'exception du titre "The Key", purement rap (et qui dure une minute vingt-quatre). Certains riffs et bruits sont à la limite du plagiat : "The Truth" pourrait être un titre figurant sur Evil Empire, il suffirait de changer le chant. Et Durst se refusant toujours à appuyer les passages heavy par des hurlements growl qui auraient pourtant été très appropriés dans ce contexte, il adopte une linéarité vocale qui rapproche encore plus son groupe de RATM.

La démarche semblait également porteuse de promesses: le titre de l'album, son artwork axé "dictature", le fait que toutes les chansons commencent par "The", tout cela annonçait un concept-album. En fait les titres "The Propaganda", "The Priest", "The Truth" ou "The Surrender" ne servent aucune histoire cohérente, il ne s'agit que de considérations générales concernant les thèmes annoncés. Le titre "The Priest" attaque en bloc les prédicateurs TV escrocs, les prêtres pédophiles, les terroristes du 11 septembre, le meurtrier de feu Dimebag Darrell... Les peurs évoquées par le père Durst sont compréhensibles mais l'ambition artistique affichée tombe à plat. En fait chaque compo aurait pu se passer de ces titres uniformisés en "The" qui ne recouvrent au final rien du tout... "The Channel" est un bébête texte du type "j'aime rien ni personne", "The Story" dénonce avec conviction le destin du gars célèbre qui se retrouve critiqué par les fans et les médias (le pôvre), tandis que la ballade chantée "The Surrender" théorise le fait que Fred, ben il est comme nous, quoi : lui aussi souffre, pleure, peine à trouver le sommeil, et fait beaucoup pipi quand il a bu de la bière. Merci pour ça.


Conclusion: cet EP (sept titres, trente minutes) laisse une impression mi figue-mi raisin. Le côté résolument violent du tout redonne le sourire après les merdes immondes que le groupe nous a moulées ces dernières années... Mais la nouvelle formule et le nouveau son adoptés font trop penser à ceux de Rage Against The Machine. Après avoir laissé tomber le côté métal de leur musique sans succès (enfin, sans succès artistique), les Limp Bizkit prouvent avec The Unquestionable Truth Pt. 1 que ce n'est pas en laissant tomber le côté hip-hop qu'ils pourront faire mieux que leur excellent premier album. Attendons la Part 2 pour juger totalement, et rappelons-nous tout de même que Limp Bizkit vient mine de rien de sortir son meilleur album depuis Significant Other...


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