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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 17/20

LINE UP

-Fred Durst
(chant)

-Wes Borland
(guitare)

-Sam Rivers
(basse)

-John Otto
(batterie)

-DJ Lethal
(DJ)

TRACKLIST

1)Intro
2)Pollution
3)Counterfeit
4)Stuck
5)Nobody Loves Me
6)Sour
7)Stalemate
8)Clunk
9)Faith
10)Stink Finger
11)Indigo Flow
12)Leech
13)13. Everything

DISCOGRAPHIE


Limp Bizkit - Three Dollar Bill, Y'All
(1997) - néo metal - Label : Interscope



Limp Bizkit... Un autre groupe étiqueté "métal" à un moment donné de son histoire a-t-il à ce point poussé l'absence totale de crédibilité et le dévoyage médiatique? Parfois je me le demande... Et pourtant! Pourtant ce premier album de groupe avait tout pour lui et laissait présager le meilleur pour un groupe à l'époque remonté comme une pendule, extrêmement énergique et même imaginatif. Car voici ce que le rap-métal pouvait aussi être... Une bonne petite tuerie tour à tour ambiancée et burnée, terriblement efficace. Nostalgie...

Après une petite intro la guitare crisse légèrement, ce qui annonce une violence larvée qu'on devine déjà sympathique. Le riff est délicieusement sale... Et Durst lâche un truc fondateur, un mot unique qui selon moi place cet album dans une catégorie à part : «YO !», hurlé comme un porc! LE mot du rap balancé en hurlement métal, voilà qui annonce très clairement la couleur: on va fusionner hip-hop et gros son, mais pas vraiment comme Rage Against The Machine. Car là est le "plus" de Limp Bizkit sur «Three Dollar Bill» : c'est un des rares groupes -l'unique à ma connaissance en fait- qui a su le long d'un album entier développer une approche de la fusion rap-métal non seulement très bonne mais n'ayant rien à voir avec ceux qui resteront à jamais la référence du genre.

Petit rappel sur le growl de Fred Durst : réécoutez le titre "Bleed" sur le premier Soulfly. Cavalera et lui altèrent un «BLEED !» hurlé chacun sur le refrain et vous vous rendrez compte que niveau violence pure ça se vaut largement ! Durst beugle vraiment très bien sur tout cet album, et ça manquera cruellement au métalleux qui est en moi sur les albums suivants. Pour le son, faisons court: "Ross Robinson". Pensez à Soulfly, Sepultura, Korn, Slipknot, Machine Head... Okay ? Les riffs vicieux de Wes Borland sont très mis en valeur par une section rythmique Otto/Rivers étiquetable néo donc qui bastonne sévère. Les deux compères ont en commun un sens du groove et une technique sans faille couplés à une certaine retenue (on n'en fait pas trop) et assurent une base de marbre sur laquelle n'importe quel musicien s'éclaterait.

Bon, allons au fait: les titres sur cet album sont à la fois violents, groovy et très variés. Pour que le contraste avec RATM soit compréhensible, il faut vous dire que Limp Bizkit, contrairement au groupe pré-cité, est ancré à fond dans le hip-hop. Chez les Rage le flow revendicateur de Zach De La Rocha venait se poser sur des riffs rock-metal béton alternés avec des passages de bruits zarbis made in Tom Morello. Chez Limp Bizkit les couplets groovy sonnent vraiment hip-hop et sont rappés, avant d'enchaîner sur des refrains hurlés faits de riffs métal à tendance néo souvent enrichis par DJ Lethal de nappes, de scratches et d'effets. Les passages hip-hop sonnent très organiques (vrais instruments obligent), et les parties violentes blastent. Les riffs de Borland ("Counterfeit", wow!) ont tous en commun d'être méchants, variés et très jumpy, et ils se couplent très bien avec les hurlements de sagouin du père Durst qui n'a jamais retrouvé cette violence depuis. Pour lesdits couplets soft, la palette d'ambiances déployée avec succès par le groupe sur l'ensemble du cd laisse admiratif: c'est tour à tour jazzy, limite funk, balancé même parfois franchement atmosphérique, car l'album est en effet truffé de passages contemplatifs, mélodiques et très calmes qui font merveille. Et au passage la reprise de George Michael ("Faith") est réussie, bien énervée et rigolote.


Le dernier argument en faveur de cet album : Fred Durst n'a pas encore exagéré le côté aigu de son flow et son rap ne part pas dans le côté criard qu'on connaît. Il est même techniquement assez balèze et l'amateur appréciera "Indigo Flow", chanson de remerciements dans laquelle il rappe avec sa "vraie voix", très plaisante au demeurant. Mais bon, la technique qu'il emploie en général est efficace et personnelle, et moi qui suis loin de cracher sur le rap j'aime vraiment cette alternance maîtrisée entre refrains néo/hardcore brutaux et couplets mélodiques hip-hop imprévisibles d'une chanson à l'autre. Cette répétition de formule sera jugée limitée par certains, mais tout genre a ses codes et crée par définition un cadre. Dans celui qu'ils se sont créés les Limp Bizkit ont mine de rien pondu avec cette galette une œuvre artistiquement développée et truffée de bons titres. Voilà encore un CD qui confirme le bon sens populaire: «C'est mignon quand c'est petit, ça ne devrait jamais grandir»...


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