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CHRONIQUE PAR ...

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Dexxie
Cette chronique a été mise en ligne le 12 octobre 2008
Sa note : 14.5/20

LINE UP

-Pierrick Valence
(chant+guitare)

-Max
(chant+basse)

-Gorgor
(batterie)

TRACKLIST

1)Love Me Rotten (Love Me True)
2)The Worm on the Hook
3)Damnation
4)Strange Song
5)Welcome to My Funeral
6)The Old Smell of the Meat
7)Mucho Mojo
8)The End
9)Necrophiliac
10)Damage Inc
11)Adrift

DISCOGRAPHIE


Phazm - Cornerstone of the Macabre
(2008) - rock death metal Death 'n Roll - Label : Osmose



Et voilà, les Nancéens de Phazm sont de retour avec leur troisième opus. En se souvenant des deux premiers, qui sont des albums vraiment excellents, on est en droit d'attendre de leur part une bonne petite tuerie. Espérons donc que le groupe n'a pas épuisé sa créativité, et qu'il est toujours capable de bons trucs. C'est donc, vous en conviendrez ou non, avec une bonne longueur d'avance que part Cornerstone Of The Macabre dans nos esprits. Et pourtant...

On commence sur un véritable hommage à Elvis Presley, j'ai nommé "Love Me Rotten (Love Me True)". Pour les fans de La Classe Américaine, cela se traduit par « Aime-moi pourri, aime-moi vrai »... et bien, nombre d'entre nous risquent d'être déçus dès le début : on est bien loin du riff grandiose du début de "Inchaos" ou encore des premières secondes de l'opus précédent. On commence sur un riff style celui du début de "Path to Vanyr" d'Enslaved, donc rien de bien original comme entrée en matière, même si ce morceau est assez plaisant, et très entraînant. La bande en aura eu marre de tourner autour du pot et a peut-être préféré, cette fois-ci, rentrer directement dans le vif du sujet. On aime ou on n'aime pas. Moi, je n'aime pas, et il faudra attendre la troisième piste, "Damnation", pour entendre enfin un riff digne de Phazm et de ce que la formation a dans le ventre. Ce morceau fait partie des bons titres de l'album. On apprécie l'intro très jazzy, la rythmique du style old rock 'n roll, mais on se farcit ensuite un petit solo de guitare sans grand intérêt, qui introduit quand même le premier véritable bon passage de la galette, un de ces fameux riffs Made in Phazm dont le groupe a le secret, et c'est reparti pour du rock 'n roll, tintin, tintin, tintin... d'ailleurs, la batterie semble avoir ici retrouvé l'intérêt qu'on lui sentait un peu perdu sur l'opus précédent. La basse est quant à elle à l'image d'une végétaline réutilisée trop souvent : grassouillette à souhait, et bien dégueulasse. Mais quand on écoute du Phazm, c'est comme ça qu'on l'aime ! La voix est elle aussi bien rauque, c'est un mélange entre du Motörhead et du guttural, pas toujours dans les mêmes proportions. Je me permets également de souligner que l'artwork va lui aussi dans cette direction un peu malpropre : il est, une fois de plus, très sympa, et pourra rappeler aux connaisseurs l'excellente pochette du premier album du groupe mythique Death, Scream Bloody Gore.

Les solos de guitare sont bien plus propres et plus techniques que ce que le groupe avait l'habitude de nous servir jusqu'à présent, mais cela ne leur apporte rien de spécial. Au contraire, cette manière de faire ne correspond pas à l'esprit un peu cradingue de la formation. Citons par exemple celui du titre "The Worm on the Hook" (morceau rappelant du Gojira), qui semble à première vue original, et des risques ont visiblement été pris, mais le résultat n'est vraiment pas à la hauteur. Ce solo est presque digne du premier groupe venu, et des amateurs auraient pu le faire aussi. Mais Phazm, de par la qualité de ses deux premiers albums, est loin d'être un groupe amateuriste. Par ailleurs, le groupe ne renie pas son influence Motörheadienne, du moins c'est ce qu'on pourrait croire en entendant "The Old Smell of the Meat", même si la voix est un tantinet moins fluette que celle de Lemmy. Citons à présent la piste "Strange Song", qui est à cet album ce que "Fluff" est à Sabbath Bloody Sabbath de qui-vous-savez (Comment ça Uriah Heep ? Dehors !), c'est-à-dire un morceau entièrement instrumental, à la guitare folk, très agréable à écouter même s'il ne contient aucune prouesse, et qui calme le jeu. Cette piste s'inscrit dans le cadre global de l'album, et on note que le groupe a, une fois de plus, fait un effort de cohésion. On y perçoit du bottleneck, ce qui nous est confirmé par la suite sur l'excellent "Mucho Mojo", peut-être le point fort de cet album. C'est un morceau très western, dont la voix parlée évoque les voice-off de certains Road Movies. Et là, ça part, et c'est jouissif. L'alternance entre guitare clean et grosse distorsion est des mieux ficelées. Un morceau d'anthologie, que l'on attend avec impatience de voir en live... même si le solo est quelque peu décevant. L'aspect sale est bien présent, mais le guitariste est à fond dans ses gammes, et ça ne colle vraiment pas au style un peu malsain du groupe.

Nous ne manquerons pas de citer la reprise de "Damage Inc." de Metallica, à laquelle on consacrera un paragraphe mais ça vaut le coup. L'introduction du morceau est très bien reprise, et c'est extrêmement bien fichu. Les cris se mélangeant aux notes de guitares très aiguës, et les mélodies peuvent nous évoquer, selon notre perception, le paradis, ou l'enfer, par exemple. Peut-être en fera-t-elle pleurer certains ? À partir de là, la chanson est basiquement la même, mais malheureusement en beaucoup moins bien. La voix du chanteur ne dégage pas l'intensité de celle de James Hetfield sur l'originale, et ce manque de tonus risque de faire mal aux oreilles, au moins lors de la première écoute. Heureusement, ce problème est rectifié sur le refrain. Mais tout de même, il faut admettre que la voix de Pierrick ne colle pas aux objectifs de cette chanson. Ah, et il y a le solo. Le solo de "Damage Inc." était devenu pour certains presque mythique, c'est un solo qui marque véritablement le point culminant de la chanson, et qui s'intègre parfaitement dans sa structure. Ici, sur cette reprise, on a l'impression que le solo a été fait pour qu'il soit fait, parce qu'il faut faire un solo, parce qu'il y en a un dans l'originale. Il est raté, admettons-le. Tout comme cette reprise, si on exclut l'introduction. Mais il faut admettre que ce n'est pas un morceau facile à reprendre, et que le groupe peut se vanter d'avoir eu les tripes de le faire. De plus, techniquement, c'est quelque chose de difficile à jouer que nous sert ici la formation française. Mais le résultat n'y est tout simplement pas, et l'auditeur averti connaissant l'originale sera en droit, en fonction de ses goûts, de ne pas aimer du tout cette reprise. Ceci dit, en live, le groupe pourra s'en servir pour se faire plaisir, et on voit d'ici l'ambiance que cela risque de créer.


Pour résumer, Phazm nous sert ici un album décevant, bien qu'excellent. Les compositions sont en-dessous de ce que l'auditeur avait pris l'habitude d'entendre de la part de ces Français-là. Y a-t-il eu un manque d'inspiration ? On notera tout de même un ou deux morceaux d'anthologie, notamment "Mucho Mojo", qui est, ne nous le cachons pas, un titre vraiment mémorable. Bref, un album pire que les précédents, mais heureusement, chacun sait que pire n'est pas synonyme de mauvais. Une fois de plus, on vous salue, Messieurs, en vous remerciant de contribuer fortement à ce qu'est le metal français, et en espérant que le risque que vous avez pris en reprenant du Metallica soit récompensé en live.


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