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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 12 octobre 2008
Sa note : 12/20

LINE UP

-Did0u
(chant)

-Viber
(guitare+chant)

-Benben
(guitare)

-Fryzzzer
(basse+programmation)

-Samuel
(batterie)

TRACKLIST

1)Deuxième vie
2)Acide Occident
3)Féline
4)En vidéo
5)Jusque sur Mars
6)Le prochain été
7)Un élan du coeur
8)Où il veut
9)Ancienne étoile
10)Essentielle étincelle
11)Retourner la France
12)Appel à résistance

DISCOGRAPHIE


Sidilarsen - Une nuit pour sept jours




On passe tellement de temps à chroniquer les multiples side-projects issus de Psykup (MOPA, Simone Choule, Manimal et compagnie) qu'on en oublierait presque que le collectif toulousain Antistatic qui engendre tout ça a aussi été co-fondé par Sidilarsen. Il faut dire qu'on les avait un peu perdus de vue depuis le sympathique Eau en 2005, l'album de remixes Réactivation Numérique comptant un peu pour du beurre. Les voilà donc de retour avec une revanche, avec un album bien entendu basé sur la dualité riffs de guitare / beats de machines.


L'évolution entre Biotop et Eau était très franche : le premier album des Toulousains était du pur dancefloor, un recueil de morceaux de transe où seule l'efficacité comptait. Le techno-metal (voire dance-metal, comme ils le disaient à l'époque) dans sa forme la plus primitive, jouissif en concert mais inintéressant sur disque. Eau avait introduit la mélodie et la finesse chez Sidilarsen, s'ouvrant à l'electro au sens large et introduisant un chant ragga pertinent. On pouvait donc se demander où irait ce Une nuit pour sept jours... et malheureusement, il s'avère que ce n'est pas très loin. En effet un nombre confondant de titres reprennent exactement les recettes des deux premiers albums, ce qui fait mal. Il y a les morceaux à la Biotop, gros riffs et gros beats : on y trouve "Deuxième vie", "Ancienne étoile" ou "Retourner la France". Il y a les morceaux qu'on jurerait tirés d'Eau : "Acide occident" ou "Féline" présentent ces mêmes petits motifs de guitare au delay qui constituaient une nouveauté sur le deuxième album et qui cette fois-ci ne sont qu'une redite. On appelle ça un retour en arrière.

Fort heureusement il y a aussi là-dedans une étincelle de nouveauté qui correspond également aux meilleurs moments de l'album. Quand les Sidilarsen s'essayent à la pop electro mélodique ça donne du très joli : "En video" surprend par son ambiance calme, par son refrain audacieux car assumant l'orientation de la chanson et ne cédant pas à la facilité des guitares saturées et du chant hurlé. Idem pour "Un prochain été", invitation au recueillement aux arrangements hyper soignés qui évoquent une version chaude du Host de Paradise Lost. L'approche ragga est poussée un cran au-dessus dans le très bon break rasta-métal de "Féline" (« quand ça cogne dans le ventre c'est du bonheur qui entre »), chanson dont la grande efficacité aurait pu donner un tube digne de "La morale de la fable"... si elle n'était pas plombée par la répétition à l'envi d'un texte qui finit par casser la tête. Ce défaut n'en était pas un sur les titres imprécatoires de Biotop (comme déjà dit à l'époque, la répétition est un des meilleurs moyens pour arriver à la transe), mais dans une "vraie" chanson comme "Féline" ou encore "Un élan du coeur" ça gâche complètement le plaisir d'écoute.

Dernier gros reproche : jusqu'à présent Sidilarsen avait réussi l'exploit de faire du métal-electro chanté en français sans jamais sonner comme Mass Hysteria, et Une nuit pour sept jours sonne la fin de cet état de grâce. Le single "Jusque sur Mars" est saisissant de mimétisme, ainsi que "Retourner la France": rythmes de batterie, placement des guitares sur les beats, on croirait soudainement entendre la bande à Mouss. Sidilarsen ayant toujours été un groupe à forte identité c'est choquant, presque autant que "Essentielle Étincelle" qui reprend la formule d'Asian Dub Foundation quasiment telle quelle. Le propos du groupe est également faiblard par moment : "Le prochain été" est à la limite de la mièvrerie dans son apologie de l'introspection, et surtout "Appel à résistance" fait rire. Être en colère contre le gouvernement actuel évidemment, et d'autres groupes ont réussi à déclencher la réflexion ou à cristalliser le malaise avec énormément de justesse (No One Is Innocent avec "L'amour de la haine" par exemple). Mais cet "Appel" n'est qu'une éructation, une série d'attaques évidentes qui semblent n'être là que pour défouler ses auteurs.


Une nuit pour sept jours n'est pas dépourvu de qualités, mais le nombre de ses défauts fait vraiment peine. Le groupe semble avoir en grande partie arrêté son évolution, et les quelques lueurs d'espoir que sont les titres pop très réussis ne compensent pas le fait que les autres chansons évoluent entre auto-citation et influences mal digérées. Sidilarsen semblait s'être détaché de son statut de pur groupe de scène avec Eau, mais cet album en demi-teinte remet le doute.


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