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CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 12 octobre 2008
Sa note : 15.5/20

LINE UP

-LH
(chant+guitare)

-TTF
(guitare+chant)

-RNN
(basse)

-KSH
(batterie+chœurs)

TRACKLIST

1)Words of Wrath
2)Deathwish
3)So Blind
4)My Funeral
5)Not Even God
6)Thrill of Flesh
7)Never Leave Me
8)Obey
9)My Reign
10)Crushed by Illusion
11)Southern Cross
12)Never Get Me
13)Mind Control Cults

DISCOGRAPHIE


Tao Menizoo - So Blind




Utiliser le braille dans le visuel d'un album, c'est pour le moins paradoxal et a priori ça n'avait pas été fait. Un bon point pour les Français de Tao Menizoo qui ont fort logiquement intitulé leur deuxième album So Blind, album qui développe un univers très particulier. En effet la musique du groupe est à la limite de l'inclassable : bien qu'on y retrouve des éléments thrash, death ou indus il ne s'agit de rien de tout ça. Seule constante : dans So Blind, le sentiment d'oppression est roi et l'humanité absente.


Le résultat final étant trop particulier pour être étiqueté, on tentera d'aborder la musique de Tao Menizoo via ses composantes. Le chant de LH tout d'abord apporte le death : il s'agit d'un growl saturé à l'extrême, sans réelle puissance (il ne « pousse » pas du tout) mais tellement distordu qu'on a peine à croire qu'il sort d'une gorge humaine, un peu comme Barney Greenway ou Reuno de Kruger. Les riffs ont un aspect thrash même si le tempo n'accélère quasiment jamais, et surtout indus dans leur côté martial et implacable. L'aspect indus est renforcé par les quelques samples, mais c'est avant tout l'atmosphère glaciale et pesante du tout qui évoque le genre. On est dans cette froideur mécanique si reconnaissable, cette représentation musicale permanente d'un monde dépourvu de la moindre étincelle de beauté et où la valeur dominante semble être la résignation. Et pourtant Tao Menizoo n'a pas totalement éradiqué la mélodie ! On la retrouve ici et là dans des harmonies de guitares éparses ("Time Has Come"), mais le groupe réussit à en faire une outil supplémentaire pour instiller le désespoir : l'énorme et écrasant "Obey" voit ses rythmiques de marteau-piqueur renforcées par un petit thème lancinant sur deux notes qui n'adoucit absolument pas le tout, au contraire. Et quand LH assène ses « Obey, I want you to OBEY !», épaulé par un riff minimaliste en boucle fait pour blesser, on a presque envie d'aller se cacher. Bluffant.

L'up-tempo de "My Reign" pourrait être enjoué mais non, ce n'est qu'une accélaration des coups de pelle dans la face. Seule incursion de la lumière ce motif oriental à la guitare inattendu lors d'un break qui rappellerait presque SOAD rythmiquement. Tel est l'as planqué dans la manche des frenchies : c'est quand on pensait les avoir cernés qu'ils surprennent. L'intro en arpèges de "Southern Cross", l'alliance thrash (riff ultraspeed) et heavy-metal (thème mélodique à deux guitares !) qui suit, tout ça semble venir d'un autre groupe... seul LH maintient le tout dans l'inhumain alors que le reste du titre donne dans un métal très efficace mais plutôt traditionnel. A croire qu'après lui avoir glacé le sang en lui présentant des visions apocalyptiques, le groupe prend un malin plaisir à chambouler encore plus l'auditeur en envoyant valser ses repères. Ainsi "Never Get Me" propose un refrain en voix claire, et en chœur qui plus est ! On ne sait plus quoi penser, on est complètement perdu. Et on imagine le groupe bien se marrer face à notre confusion. De ce point de vue So Blind est un succès total, tant il est rare de voir un groupe réussir à ce point à créer des ambiances dérangeantes sans utiliser le moindre artifice ou gimmick. Sorti de quelques moments mémorables (le refrain de "Obey" en tête) il est par contre difficile de retenir une chanson en particulier, et c'est le principal reproche à faire à l'album. Soit peu de choses.


Tao Menizoo est un de ces rares groupes qu'on aime car ils ont réussi à se créer une réelle identité, et une identité pas piquée des vers si j'ose dire. Déconseillé aux fans d'ambiances joyeuses et aux âmes sensibles en général, So Blind n'est pas un album qu'on réécoute par bouts, pour le plaisir. C'est un bloc de souffrance recouvert de givre qu'on s'enfilera d'un coup pour se rappeler par contraste que notre vie est belle finalement. Brrrrrrrr.


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