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CHRONIQUE PAR ...

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Fly
Cette chronique a été mise en ligne le 10 octobre 2008
Sa note : 16/20

LINE UP

-Steve Hogarth
(chant)

-Steve Rothery
(guitare)

-Pete Trewavas
(basse)

-Mark Kelly
(claviers)

-Ian Mosley
(batterie)

TRACKLIST

1)Dreamy Street
2)This Train Is My Life
3)Essence
4)Wrapped Up in Time
5)Liquidity
6)Nothing Fills the Hole
7)Woke Up
8)Trap the Spark
9)A State of Mind
10)Happiness Is the Road
11)(Half-Full Jam)

DISCOGRAPHIE


Marillion - Happiness Is The Road, Vol. 1: Essence
(2008) - pop prog - Label : Autoproduction



Les gars de Marillion l’avaient promis dans la pochette de Somewhere Else et, à quelques mois près, ils ont tenu parole. Et l’inspiration semble avoir été au rendez-vous, puisque la formation propose rien de moins qu’un album double, à peine quatre ans après Marbles. À première vue, il s’agit d’une bonne nouvelle pour les amateurs d’un groupe qui ne nous a pas forcément habitués à des sorties à la pelle (on parle bien des albums en studio, pas des innombrables disques live made in Racket). Sauf que, dans les faits, les choses sont un peu plus compliquées qu’elles en ont l’air

En effet, Marillion a décidé de diviser Happiness Is The Road en deux parties. Le principe est simple : Essence se veut la partie conceptuelle de l’album, tandis que The Hard Shoulder en constitue la face plus éclectique. Le problème, c’est que cette séparation créé un certain déséquilibre entre les deux parties, qui sont difficiles à aborder comme faisant partie d’un tout. La découverte de l’album est d’autant plus ardue qu’Essence n’est pas l’œuvre la plus évidente de Marillion. Les premières écoutes donnent l’impression d’un album sans relief, sans réel moment fort et manquant totalement de dynamisme. Ce n’est qu’au bout de plusieurs écoutes que l’on commence à en saisir les nuances. Ainsi, on se surprend à fredonner les accrocheuses mélodies de "This Train Is My Life" (du Marillion générique...). Puis à ressentir quelques frissons pendant la lente montée de "Wrapped Up in Time" (dont la boîte à rythme nous avait pourtant donné des haut-le-cœur au départ). À se sentir totalement euphorique en savourant les envolées de "Woke Up" et de l’irrésistible "A State Of Mind" (cette grotesque parodie de U2!). Et à planer sans vouloir que ça s’arrête grâce à "Happiness Is the Road".

Disons-le clairement, la relative subtilité d’Essence passera certainement pour de la mollesse aux yeux de certains. D’entrée de jeu, "Dreamy Street" annonce la couleur, qui sera dans la lignée directe de Marbles. Sauf que, contrairement à la réalisation lisse de Dave Meegan, le travail de Mike Hunter permet à l’ensemble de prendre beaucoup plus d’ampleur et de révéler tranquillement ses forces. À mesure que le disque prend forme, on en finit même par se demander pour quelle raison il semblait si plat au début. Cette sensation découle évidemment du caractère conceptuel du disque : la continuité des morceaux fait en sorte qu’il faut plusieurs écoutes pour les discerner. Et quand ils prennent peu à peu leur place dans notre cerveau, c’est pour de bon. Disons que ça aide quand on propose des choses aussi accrocheuses que "This Train Is My Life", "Trap the Spark" ou le jouissif "A State Of Mind" (dont l’intro met encore en valeur le talent de Pete Trewavas). Ici, pas de mélodies un peu trop putassières auxquelles le groupe a souvent cédé par le passé. Ça respire, ça coule et on se dit que tout est réuni pour en assurer la pérennité.

En fait, s’il manque quelque chose à Essence, c’est un morceau hors du commun, un truc de la puissance de "A Voice from the Past" ou "The Invisible Man", par exemple. Attention, le disque regorge de passages formidables. Que ce soient les multiples variations de "Essence", les fragiles arpèges de "Liquidity", le passage très sixties de "Nothing Fills the Hole" ou la lente progression du magnifique "Happiness Is the Road", les sommets ne manquent pas. Comme d’habitude, Steve Hogarth fera le bonheur des uns et irritera profondément les autres, mais il livre une performance à la hauteur de son talent (si l’on met de côté sa façon parfois agaçante de déclamer des paroles répétitives). Le groupe est plus soudé que jamais et ça s’entend. Reste que l’aspect planant pourra en ennuyer certains, qui lorgneront plus facilement sur l’immédiateté de The Hard Shoulder. Et quand, en plus, la formation décide de briser cette homogénéité en casant l’incongru "Half-Full Jam" (excellent morceau au demeurant) à la fin du disque, on finit par se demander jusqu’à quel point la démarche du groupe a été mûrement réfléchie.


Sur le papier, Essence présente donc toutes les qualités que beaucoup recherchent toujours chez Marillion : profondeur, subtilité et fluidité de la musique, le tout porté par un chant à fleur de peau. Si l’on ajoute à cela une réalisation enfin à la hauteur et quelques touches étonnantes (comme ces arrangements de voix beaucoup plus présents qu’à l’habitude), on peut affirmer que le groupe n’est pas loin du sans-faute. Beaucoup y verront les tics habituels, ou préféreront la relative spontanéité de The Hard Shoulder. Ils passeront à côté d’un des meilleurs albums du groupe.


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