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CHRONIQUE PAR ...

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Gazus
Cette chronique a été mise en ligne le 22 septembre 2008
Sa note : 16/20

LINE UP

-Ju
(chant)

-Baptiste
(guitare)

-Pelo
(basse)

-Brice
(batterie)

TRACKLIST

1)You Cheap Little Slut
2)Bathyscaphe
3)Black Page
4)Asphalte
5)Lithops

DISCOGRAPHIE


Simone Choule - Simone Choule (EP)
(2008) - rock post rock barré - Label : Autoproduction



Au départ, c'est l'histoire d'un groupe toulousain nommé Psykup. Tandis que Milka, l'un des chanteurs du groupe, enregistre chez Ross Robinson avec My Own Private Alaska, que Vidda, guitariste, s'attelle à la composition du prochain album de Manimal ainsi qu'à son futur DVD live, Ju, Brice et Pelo, respectivement chanteur guitariste, batteur et bassiste dudit Psykup, se retrouvent seuls et délaissés. Alors ils forment Simone Choule avec Baptiste, guitariste d'Aeria Microcosme, groupe où l'on retrouve Yohan de MOPA à la batterie... Y a pas à dire, la scène toulousaine est vraiment incestueuse.

Simone Choule joue du « rock tordu », dixit le groupe lui-même, chose que l'on croit aisément rien qu'à l'écoute de la première moitié du titre d'ouverture "You Cheap Little Slut". En l'espace de vingt secondes on passe d'une introduction avec un accord de guitare en répétition dont l'attaque est ponctuée par la batterie et la basse. Un « One, two, three, four ! » plus tard et voilà que tout s'emballe, batterie, guitare, basse et chant hurlé... avant un premier break où tout se calme, tant les instruments que le chant de Ju, qui, du registre hurlé, passe dans le mélodique, avant que la formation ne reparte en vrille. Chaque rupture amène généralement son lot de nouveaux riffs, parties de batterie et lignes de chant. La musique de Simone Choule est un perpétuel changement, un enchevêtrement de plans différents sans véritable cohérence de prime abord. Mis à part que ça fonctionne juste très bien : tout coule d'une traite sans choquer en soit et ce sur chaque titre. « Des plans qui s'enchaînent les uns après les autres, une alternance entre chant hurlé et chant clair, [...] », voilà une formule qui évoquera chez certains des noms comme Psykup ou Manimal, justement.

Sur le papier, tout était fait pour que Simone Choule ne soit qu'un énième projet parallèle de Psykup, « quelque chose de barré aux structures alambiquées, des riffs tordus et des hurlements suraigus entrecoupés par du chant clair sucré ». Et pourtant, hormis le timbre bien particulier de Ju, on se retrouve avec un groupe ayant une identité sonore et des ambiances bien à lui et se distingue de son groupe d'origine, comme l'a fait Manimal. L'une des raisons principales est qu'une fois de plus, c'est un membre différent qui se charge de la composition des morceaux. Ainsi, c'est Pelo qui endosse le rôle du cerveau caché derrière cet imbroglio de structures et de climats différents. Là où Ju composait à partir de riffs dans Psykup, le bassiste procède en se focalisant sur les rapports rythmiques entre les différents instruments. Associez à cela un jeu de guitare et des riffs tendant plus vers le rock (sinon le postrock), enveloppés dans différents effets tels que delay, tremolo, reverse delay... qui rendent le tout tantôt aérien ("Black Page"), tantôt aquatique ("Bathyscaphe"), et une batterie tapant dans le rock tantôt burné, tantôt varié et complexe, et on obtient des climats à des lieues des groupes pré-cités.

Et Ju ? Une fois de plus, l'homme excelle vocalement, tant par sa diversité, chant clair alternant entre douceur ("Black Page") et fermeté, chant hurlé mélodique (fabuleux sur "Asphalte") qu'il soit ou non haut perché, que par les nouveaux registres légèrement plus graves qu'il utilise ("Bathyscaphe", le final de "Black Page") ou délires vocaux. Quant à ses lignes de chant, elles sont tout aussi variées et servies par chaque registre. Ainsi, c'est une véritable galerie de talents vocaux qui se dessine au cours des cinq titres de l'EP, où chaque tableau s'inscrit parfaitement à chaque climat dessiné par les instruments. La basse est quant à elle ronronnante et ronde, soutenant les parties de guitare, les complétant ou jouant carrément indépendamment. À tout cela s'ajoutent différents effets (notamment sur la voix) et samples et bruitismes divers ("You Cheap Little Slut") qui viennent ponctuer les compositions. Difficile de trouver un point négatif à cet EP, sinon le faible nombre de titres (un album est toutefois prévu) et le fait que la musique de Simone Choule n'est pas forcément abordable à la première écoute, tant par l'aspect extrême des registres hurlés de Ju que par la complexité des structures. C'est dit.


Avec Simone Choule, la sphère gravitant autour de Psykup montre une fois de plus qu'elle en veut, servant un EP de très haut niveau, distillant dans chaque titre des ambiances variées à souhait, servies par un niveau instrumental lui aussi à la hauteur et par une production « maison » des plus réussies. Avec un background pourtant conséquent pour chacun des membres, le groupe a l'intelligence de ne pas tomber dans la redite, malgré des formules somme toute similaires. Finalement, la consanguinité a parfois du bon.


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