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CHRONIQUE PAR ...

10
Beren
Cette chronique a été mise en ligne le 13 septembre 2008
Sa note : 17.5/20

LINE UP

-Grutle Kjellson
(chant+basse)

-Ivar Bjornson
(guitare)

-Arve Isdal
(guitare)

-Herbrand Larsen
(claviers)

-Cato Bekkevold
(batterie)

TRACKLIST

1)Clouds
2)To the Coast
3)Ground
4)Vertebrae
5)New Dawn
6)Reflection
7)Center
8)The Watcher

DISCOGRAPHIE

Emperor / Hordanes Land (1993)
Vikingligr Veldi (1994)
Frost (1994)
Eld (1997)
Mardraum: Beyond The Within (2000)
Monumension (2001)
Below The Lights (2003)
Isa (2004)
Ruun (2006)
Vertebrae (2008)
Axioma Ethica Odini (2010)
Riitiir (2012)
In Times (2015)
E (2017)

Enslaved - Vertebrae



Dix albums, quatorze ans d’existence, un groupe soudé comme jamais. Avec un tel passé musical, Enslaved ne peut inspirer qu’une chose : un profond respect. De Vikingligr Veldi à Vertebrae, des racines black metal au metal épique et psychédélique des derniers albums, Enslaved évolue plus que jamais au gré de ses sensations et de ses envies. Et c’est précisément l’envie qui fait le moteur d’un album aussi déroutant et raffiné que Vertebrae.

Il ne faut pas non plus s’attendre à un album rétrospectif, comme on a pu le lire ici et là. Le passé n’est pas renié – le groupe joue régulièrement de vieux morceaux lors de ses concerts – mais il est définitivement derrière. Plus proche de Ruun que de Below The Lights ou même Isa, Vertebrae emprunte la saveur délicieusement psychédélique du précédent album et le jusqu’au-boutisme de Monumension. D’autant plus difficile d’accès qu’il est empreint d’un certain classicisme progressif qui n’étonnera plus les amateurs des derniers albums, Vertebrae débute sur "Clouds", morceau étrange et duveteux, très mélodique, où les harmonies de claviers d’Herbrand Larsen se taillent la part du lion et les guitares tissent une toile très rock dans l’esprit, au lieu d’attaquer de front. Le chant toujours aussi âpre de Grutle Kjellson se charge d'élever le tout sur un refrain particulièrement réussi. "To the Coast" enfonce le clou plus profondément en proposant une trame identique, sur laquelle se greffe un break de guitare calme et très planant, pendant lequel le chant clair, cette fois, fait des merveilles, en dépit d’une profondeur toute relative dans le mix compact et singulier de Joe Barresi (Tool, QOTSA). Une grande première pour un album audacieux qui n’en finit pas, en fait, d’étonner, dans son attitude plus posée. Moins sujets aux envolées épiques qu’à la subtile construction des ambiances, les claviers constituent la moëlle épinière de Vertebrae. Dans le même état d’esprit, le long solo de "Ground" surprend tout autant qu’il sublime un morceau inspiré de bout en bout, dans l’optique de "Api-Vat" sur Ruun.

Ces trois premiers morceaux passés, on se dit qu’Enslaved a définitivement viré sa cutie. Vertebrae fonde désormais ses qualités sur sa capacité à partir de presque rien dans un feeling proche de Ruun (dissonance, arrangements de claviers seventies, ambiance très planante), sans exploser, tout en réaffirmant son talent pour pondre des atmosphères à la fois nuancées et limpides. Un gros effort d’harmonisation a d’ailleurs été fait sur ces dernières, rendant l’album beaucoup plus homogène et sûr de lui. Les prémices du style pratiqué sur Ruun, sorte de galop d’essai, trouvent ici leur apogée : le morceau-titre et "New Dawn" (le groove du pont, très prenant), à la dynamique beaucoup plus ample, instaurent un second cycle sur l’album, au tempo plus avenant. Vertebrae est ainsi beaucoup plus léché sur le plan rythmique (les deux duellistes pondent quelques joyaux ici, comme sur "Vertebrae") et fait prévaloir la qualité à la quantité. Jouant moins avec les contrastes, les riffs sont peu nombreux mais systématiquement bien pensés ("Reflection", absolument divin à ce propos, rappelant l’émotion et la force de "As Fire Swept Clean the Earth" sur Below The Lights). Le groupe paraît s’être définitivement concentré sur le potentiel atmosphérique de l’album, en mettant de côté leur penchant rugueux et carré, en arrondissant les angles et souffle ainsi son monde ("Center", placé en fin de parcours, dont le final épique vaut définitivement l’attente). Plus homogène que Ruun, allant cette fois au bout de ses convictions – Vertebrae est un album relativement court mais très, très consistant – et consacrant une bonne fois pour toutes le talent de ce groupe pour les atmosphères et les mélodies glaciales et psychédéliques, le nouvel album des Norvégiens vous demandera plus encore patience et attention afin d’en tirer la substantifique moelle. La production de Joe Barresi participe d'ailleurs à ce sentiment d'imperméabilité et donne parfois un feeling toolesque à la musique de Vertebrae ("Center").


Empreint de ce souffle vital toujours aussi impressionnant après quatorze années d’activité, le jeu à jouer sur Vertebrae est parfois rude, il ne changera pas la face du monde, mais il en vaut largement la chandelle. Enslaved, en dix albums, continue de dérouler le fil de sa vie et on ne voudrait surtout pas les en empêcher. Coup de cœur assumé pour le changement de direction audacieux et très réussi qu'opère le groupe depuis deux albums: l'étrange et hypnotique Vertebrae mérite un franc succès.


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