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CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 13 septembre 2008
Sa note : 10/20

LINE UP

-Corey Taylor
(chant)

-James Root
(guitare)

-Mick Thompson
(guitare)

-Paul Gray
(basse)

-Chris Fehn
(percussions)

-Shawn Crahan
(percussions)

-Sid Wilson
(platines)

-Craig Jones
(samples)

-Joey Jordison
(batterie)

TRACKLIST

1).execute.
2)Gematria (The Killing Name)
3)Sulfur
4)Psychosocial
5)Dead Memories
6)Vendetta
7)Butcher's Hook
8)Gehenna
9)This Cold Black
10)Wherein Lies Continue
11)Snuff
12)All Hope Is Gone

Bonus Tracks :

13)Child of Burning Time
14)Vermilion Pt. 2 (Bloodstone Mix)
15)Til' We Die

DISCOGRAPHIE


Slipknot - All Hope Is Gone (CD+DVD)



Slipknot est peut-être le groupe le plus méprisé et haï de l'histoire du métal, déchaînant les passions comme jamais auparavant. Mais contrairement à un Limp Bizkit où tout le monde finit par s'accorder sur le fait que c'est pourri, Slipknot a toujours pu se prévaloir d'une fan-base chez les amateurs de métal pur et dur. Ceux qui affirment depuis le début qu'au-delà de tous les aspects externes qui cristallisent l'attention le groupe a tout simplement du talent, et qui ont triomphé avec la sortie du très recommandable Vol. 3. Et voilà qu'All Hope Is Gone vient tout casser. Damned !

Si vous êtes de ceux qui considèrent que Vol. 3 fut un formidable pas en avant après la claque incontrôlée du premier album et le sur-place d'Iowa, nul doute que vous ferez grise mine en découvrant ce nouvel album. Le retour en arrière commence dès le son : Dave Fortman reprend l'approche de Ross Robinson, celle d'un mur sonore où la prod des guitares est grasse mais également beaucoup moins précise. Et comme si le fait de ne plus constituer le squelette des chansons les avait vexés, les riffs de guitare en sont devenus bêtes : qu'ils soient violents ou mélodiques ils sont systématiquement dépourvus de l'inventivité et des brisures de rythme permanentes propres à Vol. 3. Taylor a presque complètement récupéré son growl, il est revenu à un niveau de violence qui réjouira les fans, et comme il a encore fait des progrès en chant clair tout ça devrait être synonyme de joie... mais du coup il se cantonne à une alternance violence / mélodie très classique. Le chant-caméléon qui ne restait jamais le même plus de quelques secondes appartient au passé, et le registre parlé-rappé est carrément aux abonnés absents. A la place de l'audace de tous les instants de Vol. 3 Slipknot propose un album placé tout entier sous le signe de la simplicité, voire de la facilité.

Varié par contre, All Hope Is Gone l'est assurément. Les chansons sont toutes très typées et on trouve quasiment une approche par titre. La violence est incarnée par "Gematria", "The Black Ice" et "All Hope Is Gone", la douceur pure par "Snuff", le glauque-expérimental par "Gehenna" et les autres compos évoluent au milieu de tout ça. Mais c'est à peu près le seul compliment franc que mérite l'album car sorti de ça on ne rencontre que redite ou platitude. Le heavy mélodique pratiqué sur "Dead Memories" rappelle Stone Sour la pêche en moins, la facilité des thèmes restant comme un os en travers de la gorge. Quand on croit retrouver la complexité rythmique qu'on avait tant aimé avec "Butcher's Hook" c'est une fausse alerte : la batterie a beau être en décalage constant les riffs sont répétitifs à mourir et le résultat est d'une chiantise sans égal. Le bourrin "This Cold Black" aligne un couplet calqué sur ceux de "The Heretic Anthem" : riff bas du front, double pédale au taquet et hurlements. Exactement comme l'intro de "Gematria" reprend le principe de celle de "People = Shit" : on fait monter la violence, on s'arrête sur le riff de guitare seul, la deuxième guitare arrive, et on envoie la sauce. Répétition, quand tu nous tiens...

L'innovation n'est pas complètement absente d'All Hope Is Gone mais quand elle survient elle tombe à plat en général. "Wherein Lies Continue" est basé sur un rythme écrasant inhabituel mais tourne en rond. Taylor s'essaye à la voix de tête sur "Gehenna" mais ça ne donne pas une direction à cette compo ennuyeuse. Il n'y a guère que "Vendetta" qui surprenne un minimum en combinant rythme qui swingue et harmonies de guitare... ce qui ne suffit pas à rendre la chanson mémorable. "Snuff" en fait des tonnes pour détrôner "Circle" dans la famille ballade acoustique arrache-culotte mais arrive justement après la bataille : comme la plupart des tentatives de cet album, le groupe l'a déjà faite en mieux. L'émotion semble surfaite et l'approche ne surprend plus... et c'est bien ce qui manque à l'album. On s'était habitué à un Slipknot aventureux et imprévisible et on doit se contenter d'un Slipknot efficace dans le meilleur des cas, comme dans "Sulfur" ou "All Hope Is Gone", deux bonnes petites claques de métal semi-extrême qui font du bien... mais ne réinventent strictement rien. Quand on voit que le break de "Psychosocial" n'est qu'une pâle copie de celui, génial, de "The Blister Exists", on a vraiment de la peine.

Un aparté pour évoquer l'édition spéciale de cet album qui est chroniquée ici : le digipak est vraiment superbe et on sent que le groupe a fait un gros effort même si penser à une fente pour ranger le livret n'aurait pas été du luxe. La relecture de "Vermillion pt.2" se contente de substituer des claviers à la guitare acoustique et constitue un remix bonus inutile de plus. "Child of Burning Time" est un titre Stone Sourien mélodique quelconque, et si la pop de "Til' We Die" est plaisante, l'étirer sur 5'45 est un non-sens total. Vous ne trouverez sur le DVD que des images contemplatives des membres dans les champs avec leur têtes géantes, des extraits fugaces d'enregistrement de guitare et de voix... claire, alors qu'on aurait bien aimé entendre les hurlements de Taylor sans effets par-dessus. Ajoutez à ce contenu totalement vain le fait que le DVD ne boote pas correctement sur certains PC (problème rapporté par plusieurs personnes) et c'est le pompon. Comme la version spéciale ne coûte que 3-4 euros de plus que la version de base on ne va pas trop se plaindre, mais ne vous attendez surtout pas à quoi que ce soit de spécial.


Déception. GROSSE déception. Les Slipknot venaient de prouver qu'ils étaient capables de dépasser toutes les espérances placées en eux, et ils se sont sentis obligés de nous démontrer leur capacité à être intensément quelconques. Prévisible, policé et propret jusque dans ses moments de haine, All Hope Is Gone est l'anti-Vol.3. En fait c'est aussi l'anti-Iowa et l'anti-Slipknot : on n'y trouve ni nouveauté réjouissante ni torrent de haine impressionnant. On n'y trouve même pas de vraie laideur, d'ailleurs. On n'y trouve rien.


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