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CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 10 septembre 2008
Sa note : 18/20

LINE UP

-Corey Taylor
(chant)

-James Root
(guitare)

-Mick Thompson
(guitare)

-Paul Gray
(basse)

-Chris Fehn
(percussions)

-Shawn Crahan
(percussions)

-Sid Wilson
(platines)

-Craig Jones
(samples)

-Joey Jordison
(batterie)

TRACKLIST

1)Prelude 3.0
2)The Blister Exists
3)Three Nil
4)Duality
5)Opium of the People
6)Circle
7)Welcome
8)Vermilion
9)Pulse of the Maggots
10)Before I Forget
11)Vermilion Pt.2
12)The Nameless
13)The Virus of Life
14)Danger - Keep Away

DISCOGRAPHIE


Slipknot - Vol. 3: (The Subliminal Verses)



Avec leur premier album les Slipknot avaient prouvé qu'ils pouvaient cogner fort et plaire aux kids. Avec Iowa, ils avaient prouvé que les gens qui les prenaient pour un nouveau groupe de pop-métal à la mode se fourraient gravement le doigt dans l'œil. Le doute n'était plus permis : Slipknot était capable d'atteindre des degrés de violence que beaucoup de groupes de métal établis n'effleuraient même pas... quitte à perdre sa pertinence musicale en chemin. Il manquait donc encore au groupe un GRAND album, une oeuvre qui les qualifierait en tant qu'artistes et pas seulement en tant que bourrins. Ô joie : Vol 3 est cet album.

Le pari n'est pourtant pas gagné d'avance : la production de Rick Rubin tranche énormément avec celle de Ross Robinson et choque presque tant les guitares sont crues. Les instruments ne sont pas vraiment liés et l'impression de mur sonore habituelle du groupe a totalement disparu. Faux handicap : en leur attribuant un son sans artifices et en plaçant une guitare strictement de chaque côté Rubin met le travail de Thompson et Root très en avant. On comprend exactement ce qu'ils jouent et on admire : non seulement les fameux soli de guitare (faussement présentés comme LA nouveauté) sont généralement bons et très Slayeriens, mais les rythmiques surtout sont exceptionnelles. Les riffs partent d'une base core/métal et en gardent le côté accrocheur tout en les brisant, les rallongeant, les déplaçant... "Opium of the People" ou "Welcome" sont autant d'exemples de titres catchy où les guitares se réinventent en permanence : hachées, décalées, indépendantes et boostées par le placement d'un Joey Jordison franchement exceptionnel. Autre faux handicap : Corey Taylor s'est atomisé la voix sur la tournée précédente et a presque complètement perdu son growl. Conséquence : il module sans cesse son chant, passant sans arrêt de sa voix parlée à ce qui lui reste de sa voix hurlée, puis à un chant plus ou moins clair. Ce qui ajoute encore à la variété et la dynamique de l'album.

Les arpèges et le chant plaintif de "Prelude 3.0" permettent de rentrer doucement dans le sujet, avant que "The Blister Exists" ne débarque et n'annonce le changement de manière radicale. Pas de montée en blast à la "People=Shit" ou "Gematria", mais une guitare qui shredde en complément d'un riff hardcore alors que Taylor commence déjà à enchaîner tous ses registres. Inattendu et puissant, presque autant que le break soudain de musique militaire qui suit. Tel est Vol. 3 : ambitieux, sans complexes et brillant dans tous les domaines. "Three Nil" commence par un blast death-metal, embraye sur du thrash, aligne break sur break et culmine sur un refrain radio-friendly. Les intros à tiroirs de "Welcome" ou "Pulse of the Maggots" comportent plus de riffs que certaines chansons entières d'autres groupes réputés, alors que les ambiances inquiétantes à base de samples et scratches du début de "Vermillion" laissent leur place à du métal mélodique de très haute volée. Le groupe arrive à enchaîner n'importe quel genre à n'importe quel autre avec un brio insolent : qui d'autre aurait pu écrire "The Nameless", titre légendaire où la folie rythmique des couplets est brutalement coupée par des refrains volontairement les plus sucrés possibles ? Énorme coup de provoc, mais aussi coup de génie donc on ignorait le groupe capable.

La joie que procure "Circle" (véritable épure interprétée par Taylor seul à la guitare acoustique) n'a rien à voir avec celle offerte par le riff éléphantesque de "Duality" et ses couplets chuchotés ultra-catchy. Mais l'intensité est la même. Il n'y a guère que "The Virus of Life" pour être vraiment lourdingue car cette expérimentation glauque n'apporte rien et rappelle les mauvais travers de la deuxième moitié de l'album Slipknot. "Before I Forget" est un poil trop single dans l'esprit : sur un album aussi varié et sans limites, la seule chanson proposant une structure pop-métal fait forcément tache... on note d'ailleurs que le chant clair n'est utilisé sur un vrai refrain et pas juste sur un plan que là, et c'est dommage car prévisible voire convenu. Mais c'est tout. Sorti de ces quelques faiblesses on passe d'un moment de gloire à l'autre, qu'il s'agisse des couplets hystériques de "Opium of the People" à l'émotion de "Vermillon pt.2", sans compter la superbe outro "Danger – Keep Away", toute en samples et en chant clair, peut-être le plus beau titre calme de l'histoire du groupe. Slipknot part dans tous les sens à longueur d'album sans jamais perdre son identité et la victoire est totale : impossible de nier en toute bonne foi leur statut de musiciens hors pair et de compositeurs de premier ordre à l'écoute de cet album.


Il est toujours pénible pour un chroniqueur de voir un cliché tel que « l'album de la maturité » se profiler à l'horizon, mais là on ne peut pas l'éviter. Vol. 3 est l'album qu'on retiendra dans dix ans, celui où les Slipknot ont prouvé que tous les styles de musique peuvent leur servir de terrain de jeu. Qu'ils sont capables de quitter délibérément une formule à succès pour se lancer dans l'expérimentation brute. Vol 3. n'est pas seulement le meilleur album de Slipknot, c'est un grand album de métal tout court.


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