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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 15/20

LINE UP

-Kirk Windstein
(chant+guitare)

-Warren Riker
(guitare)

-Rex Brown
(basse)

-Craig Nunenmacher
(batterie)

TRACKLIST

1)New Dawn
2)Slave No More
3)Angel Wings
4)Coming Down
5)Fall Back to Zero
6)Underworld
7)Dead Sun
8)Holding Something
9)Moon
10)The Violent Reaction
11)Lifesblood

DISCOGRAPHIE


Crowbar - Lifesblood For The Downtrodden
(2005) - stoner sludge - Label : Candlelight



Imaginez un arbre, disons un chêne. Lentement, très lentement, quelqu'un vous attache à cet arbre, en prenant son temps. Vous ne pouvez rien faire. Ensuite, tranquillement, sans se presser, cette personne va prendre une pelle dans la cabane au fond du jardin. Revient vers vous, sans hâte. Se campe en face de vous. Vous toise. Et là, consciencieusement, se met à vous mettre des coups de pelle dans la tronche. Doucement. Inexorablement. Les coups s'enchaînent dans une lenteur infinie, envoyant votre tête bouler à gauche (pause…), puis à droite (pause…), puis à gauche (pause…), et ainsi de suite jusqu'au trépas. Bienvenue dans l'univers de Crowbar.

Je ne connaissais Crowbar que de réputation, mais la presse était claire: Crowbar c'est lent et c'est lourd. Et bien j'ajouterai que Crowbar c'est TRÈS lent et TRÈS lourd. Mais commençons par le début, à savoir le son: c'est… devinez quoi... lourd et gras! La basse de Rex (ex-Pantera, Down) est très grosse et très métallique, la batterie est claire et précise, et surtout le son de guitare est énorme. On se rapproche du stoner, avec un son oscillant entre metal et gros heavy-rock, ça dégouline littéralement, c'est du bonheur. Pour ce qui est de la performance des musiciens, je m'attarderai surtout sur le batteur, dont le jeu est très travaillé. Il est souvent « en l'air », à savoir en break plus ou moins permanent. On peut dire qu'au lieu de battre simplement le tempo il joue des riffs, et c'est plus que plaisant. Le chant est aussi assez travaillé, variant selon les compos. En gros Kirk est un hurleur thrash capable de mettre des notes dans ses grunts, et même capable de passer en chant clair pour un résultat assez surprenant.

Dès le premier titre, "New Dawn", l'ambiance est posée: le tempo est lent, et les riffs éléphantesques. Crowbar évolue dans une sphère de violence contenue, et va rarement plus vite que le mid-tempo de base. Parfois le groupe nous fait le coup de la diversion, avec un tempo plus enlevé, comme l'intro du très bon "Angel Wings" (avec un chant rappellant Phil Anselmo). Mais il y a une signature Crowbar, que j'appelle « l'inexorable retour à la lenteur » : un tempo rapide s'installe parfois, mais on sait qu'il ne va pas durer et qu'au détour d'un riff la batterie va de nouveau imposer ce rythme lancinant, écrasant, très doom. L'étiquette « doom-core » est d'ailleurs acceptée par le groupe. Cette caractéristique a quelque chose d'implacable que je trouve très plaisant: voilà un groupe qui a trouvé son créneau et qui ne laisse jamais l'auditeur s'en échapper. Malgré quelques lueurs çà et là, cette ambiance de fin du monde au compte-gouttes revient toujours, on ne peut absolument pas s'en dépêtrer. J'aime.

Le fait de ralentir le tempo à l'extrême donne également un pouvoir fantastique à la guitare: Crowbar développe ses riffs sur des mesures interminables, et le résultat c'est un nombre impressionnant de riffs complètement mortels, comme dans "Underworld" ou "Holding Something" ou n'importe quel autre titre, en fait. Les conclusions des plans sont vraiment terribles, et de plus Crowbar ne rechigne pas à rallonger ses mesures pour caser ses riffs en entier. Résultat : certaines mesures sont asymétriques et le groupe part dans des recherches rythmiques très inattendues, presque prog dans l'esprit, mais ici tout est au service du riff qui tache, qui écrase, qui ramone. Que du bon, quoi.

Le groupe dévoile sur des titres comme "Fall Back to Zero" ou "Coming Down" une autre facette de ses talents: le couplet ambiancé/mélancolique avec du chant clair. C'est aussi le style dans lequel il est le plus inégal. Le premier exemple est une compo très réussie, assez enlevée et variée. La mélodie d'entrée rappelle les premiers Machine Head, et le retour final à la lenteur nous rappelle qu'on est toujours chez Crowbar. Le deuxième exemple, par contre, est un ratage: "Coming Down" est une compo répétitive, dont le refrain et sa phrase répétée encore et encore tapent sur le système. De plus, le groupe semble moins à l'aise dans cette approche plus moderne que dans son habituel déluge de riffs ultra-lents : même s'il y a des chances pour que Crowbar ait été vraiment influencé par Tool ou Mudvayne (surtout), je retrouve des traces de ces deux groupes dans les passages atmosphériques… En moins bien. Le chant clair/éructé de l'ami Kirk est parfois limite dans son côté « vomi », et sa justesse laisse à désirer dans les passages en chœur (en particulier dans l'outro ratée "Lifesblood"). Mais bon, au moins il essaye, on ne peut pas lui enlever ça.

Donc pour finir, Crowbar est quand même un groupe possédant une sacrée identité. Impossible de ne pas reconnaître la patte de la formation d'un titre sur l'autre, même si les titres « power-thrash hyper lent » sont plus inspirés que les titres « métal ambiancé torturé ». Le groupe sait développer sa formule de base pour atteindre des résultats surprenants: le titre "Holding Something" marie les deux tendances pré-citées, et propose un long passage instrumental composé uniquement de riffs qui est un succès total! Le chant pêche quand même par ses excès, avec certaines lignes vraiment pas inspirées, comme sur le titre "Moon". Et quelques compos plus pauvres viennent rabaisser la note de cet album qui reste tout de même fort réussi. Je n'ai plus qu'à me procurer les autres maintenant…




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