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CHRONIQUE PAR ...

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Adam Weishaupt
Cette chronique a été mise en ligne le 03 septembre 2008
Sa note : 18/20

LINE UP

-Glenn Danzig
(chant+guitare)

-Doyle
(guitare+chant)

-Jerry Only
(basse+chant)

-Arthur Googy
(batterie)

TRACKLIST

1)20 Eyes
2)I Turned Into a Martian
3)All Hell Breaks Loose
4)Vampira
5)Nike A Go Go
6)Hatebreeders
7)Mommy, Can I Go Out and Kill Tonight? (live)
8)Night of the Living Dead
9)Skulls
10)Violent World
11)Devils Whorehouse
12)Astro Zombies
13)Braineaters

DISCOGRAPHIE

Walk Among Us (1982)
Earth A.D. (1983)
Static Age (1997)

Misfits - Walk Among Us
(1982) - hardcore punk Horror Punk - Label : Ruby Records Slash Records



D’un côté, New York, de l’autre, le New Jersey. Pendant que baisouillent dans la première les héroïnes sophistiquées de Sex and the City, le second sert de théâtre à la stagnation des employés modèles Dante Hicks et Randal Graves. Pendant que Batman nettoie Gotham avec rectitude, le Toxic Avenger fait fuser les entrailles des crapules de Tromaville, NJ, à mains nues. Et pendant que les Ramones, en plein Manhattan, capturaient un semblant d’innocence héritée des années 50, les Misfits s’attaquaient au revers de la médaille de l’après-guerre tout en cultivant l’art du mullet inversé en plein Lodi, NJ.

Des bruits d’orage, un riff lancinant, un chanteur horrifié, une paire de moustaches trop fournies et deux trois cloches bien senties en mode Le Cottage de Satan avaient suffi à faire de Black Sabbath le groupe de rock le plus maléfique de tous les temps, dont le nom seul était à même de faire claquer de terreur des milliers de dentiers conservateurs à l’unisson (enfin, jusqu’à ce que l’arrivée de Ronnie James Dio n’en fasse le groupe favori des rôlistes). Autant dire qu’en matière d’alliage rock/horreur, tout restait à faire. Puis arrivent les Misfits : jeunes (Doyle n'a que 18 ans), fauchés, trop bagarreurs pour leur bien et celui de leurs adversaires, grimés en loubards toxiques qui hanteraient, sur fond de crépuscule radioactif, les ruines de la côte est encore fumante des missiles de Khrouchtchev, enfants de la télé et de la radio menés par un certain Glenn Danzig… Bref, Walk Among Us est leur premier album à atterrir dans les bacs de leur vivant (son aîné enregistré en 1978, Static Age, ne sera pas disponible hors de la fameuse Box Set avant 1997) et les vingt premières secondes de "20 Eyes" devraient suffire à fixer quiconque serait tenté par l'expérience, puisque « tout y est » : roulement de batterie hystérique, riff minimaliste bourdonnant et la voix de Danzig... Qui rappelle quand même pas mal celle de Jim Morrison.

Il ne s'agit pas d'une pâle copie ou même d'une bonnne imitation. Les deux chanteurs partagent tout simplement ce grain à la fois profond, chaleureux et nonchalant, et de toutes façons, le phrasé hardcore suffit à dissocier les deux voix d'emblée. Ce qui fait plus précisément de Danzig le jumeau maléfique du chanteur des Doors, c'est son côté crooner de l'enfer qui culmine en des chœurs complètement uniques et irrésistibles qui n'ont jamais été aussi explosifs que sur Walk Among Us. Donc : du punk « à la Ramones » (c'est à dire largement tributaire des tubes des années 50/60) en plus rapide et plus crade, en décalage complet avec un chanteur exalté et ces fameux chœurs d'une intensité pas possible ("I Turned Into a Martian" et surtout "Hatebreeders" laissent sans voix, à ce niveau). Un mélange extrêmement osé qui en marquera plus d'un, de Rob Zombie à Fat Mike de NoFX. Pour ce qui est de l'apport horrifique, les morceaux débordent de références à La Quatrième Dimension, aux univers de George Romero ("Night of the Living Dead", monstrueuse) et d'Ed Wood (la très rockabilly "Vampira") ou à des sujets plus macabres (l'extrait live "Mommy, Can I Go Out and Kill Tonight?", qui préfigure la brutalité de Earth A.D.) enrobés tantôt dans un humour aussi noir que douteux ("Braineaters"), tantôt dans une irrévérence corrosive et jubilatoire ("Skulls").


Aucune trace de conscience politique ou sociale dans ces textes horribles remplis de violence gratuite et de stupre, mais une rage bien présente, suffisament maîtrisée pour que Walk Among Us soit aussi catchy que profondément intense. Le ululement de victoire des blousons noirs post-apocalyptiques du futur des années 50 réimaginé à l'aube des années 80, lancé à la face d'un paysage lunaire dominé par des araignées géantes et des voitures trop rapides. Un classique aussi, qui n'a rien perdu de son impertinence ou de son charme déviant. À écouter une fois la nuit tombée.


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