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CHRONIQUE PAR ...

5
Fishbowlman
Cette chronique a été mise en ligne le 24 août 2008
Sa note : 13/20

LINE UP

-Alice Cooper
(chant)

-Danny Johnson
(guitare)

-Mike Pinera
(guitare)

-Erik Scott
(basse)

-Craig Krampf
(batterie)

-Duane Hitchings
(claviers)

TRACKLIST

1)Who Do You Think We Are
2)Seven & Seven Is
3)Prettiest Cop on the Block
4)Don't Talk Old to Me
5)Generation Landslide '81
6)Skeletons in the Closet
7)You Want It, You Got It
8)You Look Good in Rags
9)You're a Movie
10)Vicious Rumours

DISCOGRAPHIE


Cooper, Alice - Special Forces
(1981) - hard rock - Label : Warner



Alice Cooper a connu un très long passage à vide dans sa carrière, au niveau des ventes en tout cas. Sa côte de popularité est allée decrescendo après Welcome To My Nightmare et ce n'est que 10 ans plus tard qu'il a retrouvé le succès, d'abord avec Constrictor et surtout avec Trash. Un nombre impressionnant d'albums méconnus est sorti pendant cette longue traversée du désert. Alice Cooper était devenu un loser, ses prestations scéniques gargantuesques et ses costumes excentriques n'excitaient plus grand monde en pleine ère punk.

Les fans de la première heure avaient pour la plupart déserté en masse depuis son virage vers des albums « opéra-rock » sur fond de variété américaine (Lace And Whiskey, From The Inside), fidèle à ce qui se faisait à l'époque. De plus en plus d'orchestrations, de moins en moins de spontanéité, le rock de la seconde moitié des années 70 était devenu complètement aseptisé, le mouvement punk n'est pas arrivé par hasard. Pourtant, à l'écoute de Special Forces, pas grand chose ne semble avoir changé du côté d'Alice tellement l'album sonne comme du bon vieux rock 'n' roll. Depuis Flush The Fashion, le changement était notable : finies les orchestrations pompeuses, place à un rock dépouillé, direct, nettement moins théâtral qu'autrefois et dépourvu d'artifices, avec en plus des éléments new-wave propres au début de la nouvelle décennie. Special Forces s'inscrit également dans cette lignée. À en juger son look « destroy » et les clips d'époque tournés dans des décharges, Alice Cooper ressemblait plus à un clodo, à croire qu'il avait choisi de faire sa « révolution » punk à ce moment.

Dès l'intro « futuriste » de "Who Do You Think We Are", l'ambiance se fait plus sombre, menaçante... Special Forces apparaît vite comme plus travaillé que Flush The Fashion, qui lui donnait vraiment l'impression d'avoir été composé à l'arrache. S'ensuivent des riffs bien gras, on sait qu'on aura affaire à un bon album de rock 'n' roll, l'étincelle créative des jeunes années en moins. D'emblée, le son impressionne, d'une solidité à toute épreuve et mettant en valeur les compétences des musiciens, certainement son meilleur line-up depuis le Alice Cooper Band. Là, on a à nouveau l'impression d'écouter un vrai groupe soudé et non des requins de studio comme durant la seconde moitié des années 70. Techniquement bien meilleur que les musiciens du Alice Cooper Band, c'est bien sous ce line-up que l'on trouve la meilleure version d'"Under My Wheels" en concert. Quant à Alice, il n'est pas au meilleur de sa voix, il n'a plus la gouaille d'antan, l'alcool et la drogue ne devaient pas être étrangers à cette situation. Il n'y a qu'à voir à quel point il apparaît diminué physiquement, c'était visible rien que sur la pochette. Ceci dit, le timbre qu'il emploie, rauque et menaçant, colle parfaitement à l'atmosphère du disque.

Special Forces est relativement convenable dans son ensemble, avec des morceaux rock sur lesquels il est bien difficile de ne pas taper du pied. Les riffs n'avaient jamais été aussi simples et décisifs, cela évoquerait presque l'époque Muscle Of Love, pas de place pour les ballades ici. Alice Cooper n'a pas son pareil pour coller à son époque, c'est en toute logique que l'on retrouve, sur trois titres en fait, des clins d'oeil électroniques à la new-wave. Pour la reprise de Love, "Seven & Seven Is", l'ajout de ces bidouillages électro apporte une bonne dynamique à ce morceau rock 'n' roll à la base. Mais la version des Ramones est quand même supérieure ! Dans ce style new-wave, "You Want It, You Got It" est rigolo également, déroutant au départ et irrésistible à l'arrivée. Quant à "Skeletons in the Closet" et ses claviers classieux, on tient là une perle méconnue de cette époque, les mélodies pop y sont sublimes. L'inédit "Look at You Over There" s'inscrivait également dans ce style, dommage qu'il n'ait pas été retenu sur l'album en lieu et place du raté "Don't Talk Old to Me", le seul titre vraiment mauvais de Special Forces.

Sinon, une reprise live pas très utile de "Generation Landslide" (un des classiques de Billion Dollar Babies), version électrique, légèrement ralentie, elle y perd de sa finesse d'origine et c'est là où on voit qu'Alice Cooper chantait sur un registre plus étendu et moins rauque autrefois. Pour le reste, du rock bien burné et efficace qui saura ravir les amateurs ("You Look Good in Rags", "Prettiest Cop on the Block"), de même qu'à la fin tout s'enchaine à vitesse grand V avec "You're a Movie", imparable avec son riff rock 'n' roll, ses claviers new-wave discret, un Alice « j'm'en foutiste » qui parle plus qu'il ne chante, et "Vicious Rumours", plus speed, qui donne l'impression d'avoir été torché à la va-vite.


Special Forces forme une trilogie avec Flush The Fashion et Zipper Catches Skin, il reste le meilleur des trois. Une période attachante pour Alice Cooper même si imparfaite, oubliée et pas très populaire auprès des fans du fait de l'absence de hits et d'ambition artistique ; cela n'empêche pas de passer un bon moment. Tout cela reste plus jouissif que le son FM de Constrictor et Trash.


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