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CHRONIQUE PAR ...

9
Adam Weishaupt
Cette chronique a été mise en ligne le 22 août 2008
Sa note : 16/20

LINE UP

-James Fogarty
(chant+guitare+claviers)

-Sir Brodrick
(basse)

-Milton Peterson
(batterie)

TRACKLIST

1)Sally Forth
2)Bring Me the Head of Metatron
3)Seek the Grail
4)Jacques de Molay
5)Hark the Herald
6)Da Vinci's Code

DISCOGRAPHIE


Jaldaboath - Hark The Herald (EP)
(2008) - black metal folk inclassable "Tumultuous Teutonic Templar Thrash" - Label : D.T.M. Productions



« On ne les voit jamais peignés, rarement lavés, la barbe hirsute, puants de poussière, maculés par le haubert et la chaleur », nous dit saint Bernard de ses Templiers. Pour schématiser, c'est là le genre de mecs qu'on adorerait voir débarquer en plein concert de Blackmore's Night : cramponnant leurs épées à deux mains, aspergeant les scouts du premier rang du sang de leurs parents, fauchant le public de leurs chevaux lancés au galop, coupant net le hurlement de Candice Night d'un coup de masse d'armes et gardant ce bon vieux Ritchie prisonnier dans l'espoir d'en tirer une rançon que personne ne paiera jamais.

Jaldaboath, c'est un peu la réponse à ce type d'attente tout à fait saine et compréhensible. Sauf qu'une fois le massacre fini, après avoir foutu le feu au stand de T-shirt, bouffé les cadavres et suspendu un baphomet en plomb au dessus de la scène, Jaldaboath joue. Du «Tumultuous Teutonic Templar Thrash», pour être plus précis. Ce genre bien nommé correspond à une sorte de thrash crado, délicieusement punkisant dans son humilité brutale, dont les aspects mélodiques sont pris en charge par des samples de musique médiévale jouée sur des instruments traditionnels. Par dessus tout ça, James Fogarty (fondateur et ex-membre de The Meads of Asphodel) alterne entre growl, chant black (tous deux rendus encore plus kitsch par un filtre « mystique » graisseux), spoken word et un chant clair complètement exubérant tout droit sorti de Monty Python And The Holy Grail. Tous ces éléments sont fusionnés avec une pèche et une inventivité confondantes qui laissent rêveur quant aux possibilités d'expérimentation qu'offre le format album (la redoutable "Hark the Herald" ou les breaks folkloriques de "Seek The Grail" parlent d'eux-mêmes à ce niveau). Bref, le TTTT, c'est quelque chose.

Rien qu'au niveau de l'ambiance. De l'intro atmosphérique qui regorge de bruits de batailles crasseuses et de nappes vaguement grégoriennes, à l'éclat de rire grotesque sur fond de crépitement de bûcher qui conclue la lugubre "Jacques de Molay", tout participe à l'immersion de l'auditeur dans un univers ésotérico-guerrier où cohabitent humour et mystère. Le côté bidouillage, la relative sobriété musicale ainsi que cet humour flegmatique pratiqués par les musiciens tranchent dramatiquement avec le reste de la scène folk, ce qui en fait probablement la seule formation du genre susceptible de plaire à celles et ceux qui trouveraient particulièrement indigeste le lyrisme emphatique de groupes comme Turisas ou Mägo de Oz. Ça reste épique, bien entendu, n'ayez pas peur. Mais pas exactement du genre « menton levé, un pied sur le torse de mon adversaire mort dignement au combat ». Non, on est plus dans une atmosphère suffocante d'illuminisme pouilleux, de vengeances ourdies des siècles à l'avance, de sièges, de pillages, de viols, de dents gâtées, de camaraderie ambigüe, de quêtes et de cavalcades effrénées de plusieurs jours, sans pause, avec trois flèches enfoncées dans le flanc, poursuivi par les assassins du roi qui en veulent au Trésor de l'Ordre.


À la croisée des chemins entre Excalibur de John Boorman, Le Pendule de Foucault d'Umberto Eco, Les Visiteurs, les seuls éléments qui méritent d'être retenus de Braveheart (autrement dit, la violence et la boue), les Monty Python, Ministry, Killing Joke et Rob Zombie (tous trois synthétisés sur "Da Vinci's Code"), Jaldaboath signe un EP intense et fascinant. À première vue, le potentiel créatif semble conséquent même s'il faudra attendre la sortie d'un éventuel album pour être fixés. Gageons qu'avec un liant efficace (une histoire, par exemple) et une texture sonore plus ample, l'album en question marquera les esprits durablement. À surveiller de près, donc.

http://www.myspace.com/jaldaboathofficial


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