2349

CHRONIQUE PAR ...

1
Blackmore
Cette chronique a été mise en ligne le 12 août 2008
Sa note : 15/20

LINE UP

-Daniel Balavoine
(chant+claviers)

+ divers guests

TRACKLIST

1)Correspondances
2)La porte est close
3)La réponse
4)Mon pauvre Gunther
5)J'entends cogner ton cœur
6)Lise Altmann
7)Les aventures de Simon et Gunther... Stein
8)Lady Marlène
9)La lettre à Marie
10)Ma musique est mon patois

DISCOGRAPHIE


Balavoine, Daniel - Les Aventures de Simon et Gunther
(1977) - pop prog - Label : Barclay



« WTF ? Balavoine ? De la variétoche chez les eternolzs ?? Je savais bien que c'était tous des vendus à la cause des labels ! Brûlons les avec des allumettes ! » s’écriera sans doute le lecteur outré en entamant la lecture de cette chronique. Oui mais voilà, Balavoine étant un peu mort, il n’y a guère plus que les tenanciers de karaoké ou de jeux télévisé idiots pour s’y intéresser. Alors pourquoi ressortir son cadavre pour le violer une fois de plus en place publique au lieu de le laisser reposer en paix ? Parce que le monsieur a sorti un album qui pourrait peut être bien plaire aux proggeux courageux. Chronique d’une exhumation.

Les aventures de Simon et Gunther est un concept album. Oui, comme beaucoup de disques prog sortis chez les rosbeefs à cette époque. Rien d’étonnant puisque Balavoine avait pour ambition de sortir un disque qui puisse supporter la comparaison avec les grands noms de l’époque (de Queen à Genesis). Ceux qui ricanent au fond peuvent d'ores et déjà prendre la porte. Reprenons. Si Balavoine surestimait sans doute sa capacité à accoucher d’un grand classique qui puisse rivaliser avec Thick As A Brick ou The Lamb Lies Down On Broadway, force est de constater qu'il s'en tire relativement bien et pour pas mal de bonnes raisons.

En premier lieu, grâce à son concept qui sort des clichés de l’époque (fantaisisto-psychédélico-fumette) pour s’attarder sur un fait historique dramatique : le mur de Berlin. On connaissait le Balavoine engagé des interventions télévisées de l’époque ou des textes de certaines chansons (notamment sur ses derniers disques) mais ce trait de caractère se retrouve déjà dans cette histoire touchante, triste et jamais moralisatrice. L’album retrace ainsi l’épopée de Gunther, idéaliste allemand perdu du côté de Berlin-Est, et de son jeune frère Simon qui se retrouve de l’autre côté du mur. Les deux hommes échangeront plusieurs lettres avant que Gunther ne mette au point un plan d’évasion qui se terminera plutôt mal pour lui. Une histoire particulièrement bien mise en valeur par des textes, certes simples mais émouvants et évocateurs, ce qui n’est pas si fréquent dans le genre.

C’est ensuite l’aspect musical qui se distingue par ses qualités. Car le disque mixe avec réussite le côté très pop de Balavoine et les structures plus complexes des autres concepts de l’époque. En gros, on se retrouve avec un disque aux morceaux très variés (on passe d’une valse à de la pop ou du prog) qui possèdent pour la plupart des structures changeantes et bourrées de petits breaks. C’est le cas pour des titres comme "La Réponse" et "Ma musique et Mon Patois" qui contiennent leur lot de claviers Banksiens et de proguitude ou bien "Les aventures de Simon et Gunther" qui doit beaucoup à "Bohemian Rhapsody" (Chœurs et Grattes Queeniens au programme). Les arrangements sont généralement réussis et saxophone, cordes, piano, clavier ou accordéon se côtoient sans provoquer d’ulcère et retranscrivent bien l’ambiance du folklore musical allemand.

Bien que cette dernière remarque puisse faire fuir les quelques téméraires qui avaient tenu jusque là, il faut préciser que cet aspect n’est vraiment rédhibitoire que sur le morceau instrumental qui ouvre le disque à savoir "Correspondances". Ce dernier mélange donc assez maladroitement genesiserie et feeling kraut rockien pour un résultat plus proche des BO de porno allemand de l’époque que du grand concept album épique. Toujours au chapitre des foirades, ajoutons le final de "J’entends cogner ton cœur" et son clavier bontempi qui demandera pas mal de tolérance de la part de l’auditeur ou bien encore celui de "Ma musique et mon patois" qui, malgré une bonne entrée en matière et la volonté de faire un titre très pop-proguesque ,se termine dans un cauchemar country.

Mais cela n’a que peu d’incidence sur l’ensemble d’un disque très inspiré n’hésitant jamais à contrebalancer une ambiance happy (résultant parfois de l’orientation pop-prog) avec des mélodies plus sombres tendant vers la conclusion dramatique du titre "Lady Marlène" ou l’auditeur assiste aux derniers moments de Gunther face au peloton d’exécution. Ce dernier morceau propose en outre une très belle construction musicale qui débute au chant/piano pour se voir, petit à petit, rattraper par l’ensemble des instruments dont la fameuse guitare Quennienne déjà citée. On notera encore que le titre "Ma musique et Mon Patois" n’a rien à faire avec le concept (on se demande d’ailleurs ce qu’il fait là) et que l’ensemble ne dépasse pas les 36 min de musique, ce qui tranche avec d’autres concept albums interminables.


Suite à la sortie du disque et de son succès d’estime, Balavoine se fera repérer par Michel Berger qui lui donnera alors le rôle de Johnny Rockfort dans Starmania. La suite, tout le monde la connaît : Balavoine deviendra assez vite une icone pop notamment via l'album Le Chanteur (qui succède aux Aventures de Simon et Gunther) mais abandonnera en route la moindre complexité musicale. Ce qui est fort dommage quand on voit les qualités de compositeur dont il fait preuve ici. Reste un excellent concept album qui devrait plaire aux curieux qui n'ont pas peur de se ridiculiser en société (Astuce Blackmorienne : vous pouvez AUSSI l'écouter en cachette).


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 2 polaroid milieu 2 polaroid gauche 2