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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 12 août 2008
Sa note : 14.5/20

LINE UP

-John McCrea
(chant+guitare+orgue)

-Gabriel Nelson
(basse+mandoline+guitare+piano)

-Vincent DiFiore
(trompette+choeurs)

-Todd Roper
(batterie+choeurs)

+ moult guests à la guitare

TRACKLIST

1)Satan Is My Motor
2)Mexico
3)Never There
4)Guitar
5)You Turn the Screws
6)Walk on By
7)Sheep Go to Heaven
8)When You Sleep
9)Hem of Your Garment
10)Alpha Beta Parking Lot
11)Let Me Go
12)Cool Blue Reason
13)Where Would I Be ?

DISCOGRAPHIE


Cake - Prolonging The Magic
(1998) - pop rock - Label : Capricorn




« QUOI ? C’est quoi ce délire ? » fut mon cri. Nous étions en 1998, Fashion Nugget était déjà un de mes albums préférés de tous les temps, j’étais fébrile comme pas possible en regardant le livret de ce Prolonging The Magic qui venait de sortir… et je n’en croyais pas mes yeux en constatant le remplacement du guitariste et du bassiste qui m’avaient donné tant de joie. Exit Greg Brown, exit le fantastique Victor Damiani qui m’avait motivé à commencer la basse… incroyable, et plus qu’énervant. La sentence était tombée : cet album serait forcément pourri.


Vous voulez foutre un line-up en l’air ? Facile : prenez un leader incontesté et compositeur en chef et faites en sorte que le tube qui rend le groupe soudainement énorme soit la seule chanson composée par un autre membre sur l’album. Le titre fantastique "The Distance" était tout entier le bébé du guitariste Greg Brown, et ce dernier n'a tout simplement pas supporté que le grand manitou John McCrea récolte tous les lauriers de sa gloire. Il s'est donc cassé fonder Deathray avec l'über-bassiste Damiani dont la place fut reprise par le bassiste des débuts Gabriel Nelson, alors qu'il fut tout simplement impossible de trouver un guitariste capable d'assurer le poste de Brown. Il y a donc cinq guitaristes invités sur ce Prolonging The Magic, dont Xan McCurdy qui deviendra à terme le nouveau guitariste du groupe. Autant dire que niveau circonstances d'enregistrement on fait moins chaotique…

Et pourtant, tout cela sonne diablement comme du Cake, merci à McCrea qui restera quoiqu'on en dise le dépositaire du son du groupe. La production ressemble assez à celle de Fashion Nugget à deux grosses nuances près : le son légendaire et râpeux de Greg Brown n'y est plus et la basse de Gabe Nelson est à peine moins présente dans le mix que celle de Damiani dans l'album d'avant. Parlons-en de Nelson d'ailleurs : l'homme est indéniablement bon et ses lignes groovent… mais il lui manque ce petit quelque chose qui fait les grands, et si toutes les parties de basse de cet album sont très bonnes on n'y retrouve aucune ligne légendaire comme celle de "The Distance" ou "I Will Survive". Le chant de McCrea n'a pas bougé d'un poil, toujours aussi posé et paisible, et la seule grosse différence est qu'on ne trouve du chant rappé sur l'album que dans l'intro de "Never There".

Sans être moisi le moins du monde Prolonging The Magic ne tient pas réellement les promesses annoncées par son titre. Le principal reproche à lui faire concerne la guitare qui pose problème : dénué d'une forte personnalité pour tenir la six-cordes, cet album voit les intérimaires de service jouer des parties assez génériques. On retrouve ainsi les mêmes motifs rythmiques syncopés dans la plupart des titres un peu enlevés. La guitare fait carrément la même chose sur "Let Me Go" et "Hem Of Your Garment", les riffs de "Walk On By" et "Guitar" sont beaucoup trop proches, etc… Le manque d'un réel guitariste lead est également très palpable quand on écoute le son tout naze alloué à l'instrument, et le tout serait affreusement plat si le boss n'était pas un aussi bon compositeur et écrivain. Car McCrea n'est pas n'importe qui, et certaines des compos de cet album méritent amplement leur place dans le panthéon du groupe.

Au rayon calme il y a la ballade / valse mélancolique et poignante "Mexico" qui entraîne l'auditeur dans un tourbillon de regrets ainsi que le dernier titre "Where Would I Be" à l'intro presque celtique et aux accents Calexiquiens où la finesse des arrangements surpasse carrément Fashion Nugget dans l'art consommé de superposer les lignes mélodiques. "You Turn The Screws", probablement destinée à Brown («you tear down the bridge (…), you shake my hand, you break down the band»), développe des ambiances en béton et un refrain ou McCrea brille de mille feux aux chant. Et il y a bien sûr "Never There" : groove massif, lignes de chant et de trompette addictives, ce single évident permet à McCrea de composer son "The Distance" à lui. Ca lui aura sûrement fait du bien, et au passage ça donne une chanson mortelle. Dommage qu'à côté de ça on trouve un ribambelle de chansons oubliées aussitôt écoutées…


Donc voilà, Prolonging The Magic n'est pas Fashion Nugget et il faut s'y faire. Cake n'a pas pu composer deux albums légendaires à la suite, et l'absence de Brown et Damiani y est très clairement pour quelque chose. Il reste tout de même un album composé par McCrea, donc présentant une dose conséquence de compos qu'on retient et qu'on se surprend à chanter longtemps après. Donc une fois passée la douloureuse surprise d'il y a dix ans, on peut admettre finalement que cet album n'est pas tout pourri… mais bon à défaut d'être excellent.


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