2341

CHRONIQUE PAR ...

14
Dr Gonzo
Cette chronique a été mise en ligne le 12 août 2008
Sa note : 18/20

LINE UP

-Gary Arce
(guitare)

-Mario Lalli
(guitare)

-Brant Bjork
(basse)

-Bill Stinson
(batterie)

TRACKLIST

1)Heavy Light
2)Aqua Beard
3)Scraping the Barrel
4)Draggin Balls
5)Extraterrestrial Highway
6)Spiritual Hangover
7)Progressive Guillitine
8)Expanding Darkness

DISCOGRAPHIE


Ten East - Extraterrestrial Highway
(2008) - stoner ambient psychédélique Heavy Surf un peu Bizarre - Label : Lexicon Devil Alone Records



Que peut-on bien faire pour tuer le temps quand on habite au beau milieu du désert américain, et que tous ses petits camarades sont des légendes du rock dit « stoner » ou « desert » selon l’humeur ? Et bien si on s’appelle Mario Lalli (ou Gary Arce, ça peut aider) et qu’on est à l’origine du groupe Yawning Man (qui inspirera et poussera Josh Homme et sa bande à se lancer, et avoir les conséquences que l’on connaît), on monte un jam band qui risque assez probablement de tout déchirer sur son passage.

Les deux vétérans s'occupent donc des parties guitares, appellent leur pote Brant Bjork pour tenir la basse, et Bill Stinson pour la batterie, s'enferment quelques heures dans un studio, et enregistrent leurs jams pendant quelques heures. Quelques sessions plus tard, pouf, le groupe nous a chié Extraterrestrial Highway. Décrire cet album piste par piste n’a de fait pas de réel intérêt car les distinguer les unes des autres aux premières écoutes est tout sauf évident. A l’auditeur de voir si cela peut représenter un défaut en soi, ici, cela semble relativement voulu. La progression constante accompagne l’immersion dans un univers musical évoquant un voyage à travers de grands espaces et évite l’écueil d’un bœuf entre potes qui ferait du surplace. Bien sûr, c’est répétitif, et c’est fait pour, mais petit à petit, un break en amène un autre, la seconde guitare suggère un nouveau thème à la première, et la basse n’hésitera pas à les accompagner avec entrain.

Classer Extraterrestrial Highway est une tâche franchement délicate. L’appellation de jam band leur ira comme un gant, puisque c’est un groupe qui joue des morceaux aux structures souples, les exploitant en roue libre avec pas mal d’improvisation à la clé, sans vraiment s'imposer de limites de temps - dépasser les dix minutes sera chose fréquente. Mais le terme reste vague, alors, on va essayer de définir tout ça, mais je ne promets rien. Y’a un côté surf, déjà, par l’usage d’une reverb abondante et de guitares leads qui restent souvent cristallines. À côté de ça, certains riffs font penser à du punk ralenti, et l’influence des morceaux instrumentaux de Black Flag se fait sentir. Certains breaks alambiqués évoqueront probablement les belles heures du rock psychédélique à l’ancienne, voir du prog encore balbutiant, tandis que les multiples inspirations latino-funko-jazzy des divers membres (Brant Bjork et Mario Lalli en tête) peuvent poindre ici ou là.

Bref, restons-en au « Black Sabbath goes surfing » qui les décrit sur leur myspace pour se débarrasser de cet exercice un peu vain. Comme dit précédemment, le groupe s’axant vers un rock instrumental un poil ambient, il faut savoir où l’on met les pieds avant de se lancer dans une écoute sous peine de s’emmerder. Mais un peu de familiarité avec les efforts solo de Brant Bjork (bassiste sur cet album) ou les divers projets de Mario Lalli et Gary Arce (Fatso Jetson et Yawning Man) permettra de se laisser immerger dans un univers musical pas forcement évident au premier abord. Car l’appellation d’ « all stars stoner band » qu’on peut lire parfois reste trompeuse, on est très loin de Kyuss, Fu Manchu et consorts, même si le désert reste la thématique implicite de l’album. Ça commence par du rock groovy "classique" un peu sableux avant d'évoluer au fil des pistes vers quelque chose de plus obscur, psychédélique et expérimental(à partir de "Draggin Balls", quatrième piste, les choses partent en testicules sans réellement chercher à revenir.)


Pour apprécier cet album, il faudra être à la base client d'une conception de la musique un peu à l'ancienne, axée sur l'improvisation et les textures sonores. En plus de ça, connaître les travaux des membres respectifs est un plus non négligeable, et donc accrocher à toute la scène dite « desert rock ». C'est peut-être une des raisons faisant que le groupe n'a que peu d'audience et c'est bien dommage. Dans le doute, écouter par curiosité peut tout aussi bien fonctionner, et sur un malentendu, qui sait, l'auditeur toute garde baissée pourrait se mettre à prendre son pied sans retenue.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 7 polaroid milieu 7 polaroid gauche 7