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CHRONIQUE PAR ...

5
Fishbowlman
Cette chronique a été mise en ligne le 12 août 2008
Sa note : 14/20

LINE UP

-Eddie Vedder
(chant)

-Stone Gossard
(guitare)

-Mike McCready
(guitare)

-Jeff Ament
(basse)

-Jack Irons
(batterie)

TRACKLIST

1)Brain Of J.
2)Faithfull
3)No Way
4)Given To Fly
5)Wishlist
6)Pilate
7)Do The Evolution
8)Untitled
9)MFC
10)Low Light
11)In Hiding
12)Push Me, Pull Me
13)All Those Yesterdays

DISCOGRAPHIE

Ten (1991)
Vitalogy (1994)
No Code (1996)
Yield (1998)
Binaural (2000)
Riot Act (2002)

Pearl Jam - Yield
(1998) - rock grunge - Label : Epic Records



No Code avait nettement moins marché que les trois premiers Pearl Jam ; la politique « anti-commerciale » du groupe consistant à limiter le plus possible les clips et les passages TV avait porté ses fruits avec un album pour le moins déroutant. Qu’à cela ne tienne, Pearl Jam aimerait bien avoir un peu plus de succès cette fois-ci parce que, quand même, il ne s’agirait pas non plus de tomber dans l’anonymat. Avec Yield, Eddie Vedder semble suffisamment préparé et arrivé à maturité pour affronter cette terrible épreuve : vendre des disques. 

Nettement moins torturé que No Code, Yield affiche un retour à une musique plus abordable, la rage du groupe s’en trouve canalisée et elle n'explose que sur quelques brûlots. A part ça, on peut recenser moultes ballades dans un format « pop-rock » des plus classiques comme "Pilate", alternant le calme et la tempête, les relents folk sur l’apaisant "Low Light", magnifique, ou même ce "Wishlist" qui ferait presque office de berceuse. Sur, cette musique là est agréable à l’écoute et n’agressera pas les oreilles, oubliées les incursions « bruitistes » présentes sur No Code et Vitalogy, Pearl Jam s’est désormais bien assagi. En fait, le problème de Yield vient plus de la forme, certains morceaux ont tendance à ne jamais décoller complètement… à être bien mou du gland quoi ! Que ce soit le single "Given To Fly", "Faithfull" ou "In Hiding", le constat est le même : absolument rien à reprocher concernant la qualité des compos, ici plus aériennes, mais l’absence d’énergie se fait cruellement ressentir. Forcément, il apparaît difficile de succéder à 3 (ou 4, c’est selon) bombes d’affilé. Après les années folles et un succès démesuré, la gueule de bois commence, Pearl Jam ne s’en remettra jamais complètement.
 
Heureusement, il reste quand même quelques titres bien pêchus, le groupe sait toujours y faire en la matière. On peut en recenser quatre sur Yield : "Brain of J.", "Do The Evolution", "Push Me, Pull Me" et "MFC". "Brain of J." en ouverture mettra tout le monde d’accord avec des riffs plombés, un Eddie Vedder rageur et un refrain tendance schizophrénique : un classique digne des premières heures de Pearl Jam… et ce sera malheureusement le seul du disque à soutenir cette comparaison. Sur les autres titres, la hargne est toujours contenue et les cris d’Eddie Vedder paraissent forcés, sans conviction. "Push Me, Pull Me" est un morceau punk assez banal (Eddie Vedder se la joue à la Iggy Pop sur les couplets) que les remix et les bruitages diverses ne parviennent pas à sauver. Fort heureusement, si Yield se veut plus accessible et si Eddie Vedder commence à se montrer plus détendu et moins blasé pendant les interviews, Pearl Jam n’en oublie pas pour autant son pessimisme désormais légendaire, nous voilà rassurés ! "MFC" le montre bien, à travers un tempo soutenu, un refrain pop-punk, l’austérité des riffs, la tristesse perceptible dans la voix d’Eddie, tout cela ne respire pas à proprement parler la joie de vivre.
 
Servi par une production en tout point remarquable par le fidèle Brendan O’Brien, ce dernier n’a pas hésité à coller des p’tits effets en tout genre comme sur "No Way", une bonne compo rock, moderne, plaçant la batterie plus en retrait selon la volonté du groupe… là où Jack Irons avait tendance à cogner comme un porc sur No Code. Yield multiplie les références « 60’s », chose assez nouvelle pour Pearl Jam comme sur les passages calmes de "Faithfull", le refrain musclé de "Pilate" qui n’est pas sans rappeler les Kinks ou les Beatles, ou même sur l’agressif "Do The Evolution", avec un riff que n’aurait pas renié un Keith Richards électrique, saturations à fond. "Do The Evolution" ne décolle vraiment que lors de ses passages avec les claviers à l’ancienne, les chœurs et l’effet « fuzz » sur les guitares, là on touche au grandiose. Dommage que ce type de passage soit si rare sur Yield.


Pour terminer, un titre plus calme ("All Those Yesterdays"), où on sent Eddie Vedder à la fois apaisé et désabusé, une très belle conclusion. Si Yield est le dernier disque réellement intéressant et inspiré de Pearl Jam, il marque aussi le début d’un certain train train routinier dont le groupe aura le plus grand mal à se défaire.


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