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CHRONIQUE PAR ...

17
Lucificum
Cette chronique a été mise en ligne le 10 juin 2008
Sa note : 19/20

LINE UP

-Vladimir
(tout)

TRACKLIST

1)Dismay
2)No One by My Side
3)The Fecal Rebellion
4)Ganglion
5)Une Existence dont plus Personne ne Jouit
6)So Frail

DISCOGRAPHIE

Carriers Of Dust (2006)
Gangrene (2008)

Mirrorthrone - Gangrene



Six titres. Soixante-cinq minutes de musique. Un homme. Et voila, c’est fait. Une nouvelle définition du black metal symphonique est née. Faisant voler en éclat tous les mètres-étalons posés jusque là - parfois avec brio par des groupes comme Anorexia Nervosa, Limbonic Art ou Dimmu Borgir - Gangrene se pose en tant qu’œuvre quasi parfaite, dont la liste des qualificatifs élogieux rendrait cette chronique aussi fastidieuse à lire que le dictionnaire des synonymes au chapitre « louanges ». Mais comment ne pas parler de cette pièce magnifique sans tomber dans ce travers votif ?

Mirrorthrone, c’est Vladimir. Seul à toutes les manettes de A à Z – de la composition à l’enregistrement, en passant par l’artwork -, le Suisse avait déjà frappé très fort avec son deuxième album du concept Mirrorthrone, Carriers Of Dust. Sorti en 2006, cet album avait fait très mal et s'était permis de (re)poser les bases d’une recette somme toute déjà éprouvée par le passé, mais qui se trouve ici magnifiée dans les grandes largeurs – et ces mots sont soigneusement pesés. Pour faire simple et passer directement à ce qui nous intéresse, on se bornera à réduire un peu abusivement Mirrorthrone à du black metal symphonique/orchestral, avec ici et là des composantes neo-classiques. Mais ne vous laissez pas limiter par cette dénomination un poil pompeuse : Mirrorthrone ne s’écoute pas, Mirrorthrone se vit et se ressent de la même manière que nul ne pourra réellement connaître les effets d’une drogue simplement en lisant ses effets - il faut tester par soi-même*.

Ceux qui avaient connu Carriers Of Dust savent donc bien de quoi il s’agit, vu que les grandes lignes sont les mêmes. On retrouve cet élan majestueux, cette violence oscillant entre le blast-beat de l’extrême et les ténèbres des arrangements orchestraux qui hantaient le précédent opus, ces mélopées de chant clair et ces textes transpirant la misanthropie, la tristesse et la haine – autant de sentiments destructeurs qui animent la musique de Mirrorthrone. Mais à cet assemblage sans concession que Vladimir avait mis en place sur Carriers Of Dust, il faut ajouter ici une nouvelle composante qui est distillée de façon intelligente tout le long de Gangrene : aussi étonnant que cela paraisse on y trouve une certaine douceur et une mélancolie plus poignante que par le passé. À grands renforts de pianos théâtraux, Vladimir délaisse parfois l’agression sonore pour installer des ambiances toujours très sombres et pessimistes, mais flirtant parfois avec un certain intimisme romantique.

Ainsi le chant presque tendre de "So Frail" qui arracherait une larme aux plus endurcis des black metalleux, ainsi les guitares déchirantes au début de "The Fecal Rebellion", ainsi encore le chant clair prédominant sur "No One by My Side" ou enfin les guitares acoustiques de "Une Existence dont plus Personne ne Jouit"… et pourtant, qu’on ne se méprenne pas : Gangrene est au moins aussi violent que son prédécesseur, mais d’une façon un poil différente. Les blast surhumains sont toujours aussi présents, comme sur les brûlots que sont "Ganglion", "Dismay" ou la fin incroyablement intense de "The Fecal Rebellion". Plus varié, donc, mais aussi plus équilibré : six titres variant de huit à seize minutes, là ou Carriers Of Dust affichait une balance trop inégale dans sa construction, on pourrait dire que sans faire de concessions, Vladimir rend sa musique légèrement plus abordable sur Gangrene.

On a déjà abordé les caractéristiques du chant de Vladimir sur cet opus, on insistera donc plus globalement sur sa très grande qualité. Que ça soit du hurlement black, du growl profond ou du chant clair, Vladimir fait preuve d’une totale maîtrise de son organe, parvenant à être à la fois aisément compréhensible dans sa diction et torturé comme jamais, hurlant son désespoir et sa haine avec la même intensité. Son chant clair, qui n’a rien d’un chant lyrique, interpelle par sa justesse et par son timbre expressif et reconnaissable, mais surtout par la facilité que possède Vladimir de pondre des airs chantés simples mais toujours très à propos ("No One by My Side" ou "Dismay") qui contribuent largement à la dynamique de l’œuvre. On terminera par signaler la grande qualité de la production, claire, profonde et efficace, étonnamment dynamique quand on sait être en présence d’une autoproduction.


Il y aurait encore beaucoup – trop – à dire sur Gangrene. Sur sa variété, son intensité. Sur ses sons de synthés qui font de rapides incursions vers l’electro à quelques moments et ses textes en totale adéquation avec la voix de Vladimir. Sur les sentiments provoqués par son écoute, et l’addiction que cela procure. Sur son côté éminemment baroque dans les harmonies et romantique dans la construction. Mais - comme la drogue évoquée plus haut – vous en avez assez lu : il faut maintenant tester. Vous êtes prévenus, vous n’en sortirez certainement pas indemnes.



*message à nos jeunes lecteurs influençables : ceci n'est pas une incitation à la drogue. La drogue, c'est comme le NU metal : c'est le mal.



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