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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été mise en ligne le 11 mai 2008
Sa note : 16/20

LINE UP

-Jacko
(chant)

-Peter
(guitare)

-Teo
(guitare)

-M-Key
(claviers+samples)

-Lucio
(basse)

-Lele
(batterie)

TRACKLIST

1)The Man With the Book and the Gun
2)Warshow
3)Ten Years Alone
4)Akeldama
5)Dark Side 5
6)Morning Star
7)The Hanged Man
8)Pull the Trigger
9)Hands of Aion

DISCOGRAPHIE

Aion (2008)

Figure Of Six - Aion



Donc parfois une scène est complètement saturée. Les albums sortent en masse et ils se ressemblent tous. Aigri, amer, le chroniqueur se retrouve à devoir réécrire cinquante fois la même chose en variant les formules un minimum, exercice extrêmement chiant qui peut avoir au final des conséquences dramatiques comme une consommation d’alcool accrue ou l’apparition d’un goût malsain pour le prog. Et parfois une lumière apparaît soudainement, et un groupe inattendu permet de retrouver le goût de la vie que l’on pensait disparu. Cette scène c’est le metalcore / melodeath, et le groupe salvateur qu’on n'attendait plus est Figure Of Six.

On ne les attendait d’ailleurs d’autant pas qu’ils sont italiens, origine qui n’est perceptible que via le léger accent du vocaliste Jacko. Car pour le reste on est dans un son de type suédois / US le plus pur : le mix et le mastering étant signés Tue Madsen on se retrouve fort logiquement avec une prod de porc à tous les niveaux, avec une mention très bien pour le son de batterie qui martèle littéralement la face. Ledit Jacko possède d’ailleurs un organe fort efficace : très crédible dans son registre metalcore braillé aigu, il possède également un chant clair assez bon, ce qui fait du bien tant les hurleurs de metalcore ont souvent tendance à se prendre pour des chanteurs mélodiques doués alors que non. Pour les riffs on retrouve l’influence conjointe de la scène suédoise pour les mélodies, ainsi que des incontournables Fear Factory pour la tendance à balancer de la rythmique calée sur la double pédale. Passons maintenant à ce qui place Figure Of Six à part dans cette scène...

En dehors d’une tendance à être extrêmement efficace et carré (ce qui est bien, mais n’aurait pas suffi), le groupe italien compte en ses rangs un atout de choix : M-Key, dont le clavier et les samples sont tellement bien utilisés qu’on se dit que ça devrait toujours être comme ça. L’osmose entre les multiples sons et approches qu’il trouve et les riffs de guitare est tout simplement confondante, et la manière dont il élargit la palette du groupe provoque le respect. Nappes d’ambiance, piano mélancolique, sons de jeux vidéo, plans clairement electro/dub, arrangements orchestraux symphoniques... c’est une recherche de tous les instants magnifiée par la qualité de la prod qui a su parfaitement inclure l’instrument dans le mix. Ajoutez à cette variété bienvenue un très grand sens de la composition (aucun enchaînement n'est raté) et vous obtenez un album rempli jusqu’à la gueule de tubes intelligents où violence et mélodie vont sans cesse de pair.

Le groupe propose une musique sur laquelle on accroche immédiatement et qui en plus se révèle ciselée au quart de poil au fur et à mesure qu’on l’écoute. On frôle donc une intensité cinématique avec les nappes de l’intro et des couplets de "Warshow" alors que les riffs power/thrash et les attaques de double qui émaillent le tout collent baffe sur baffe. Les blasts qui ouvrent "The Man With the Book and the Gun" sont en symbiose totale avec les arrangements à multiples niveaux (sons de cloche, nappes symphoniques...), les riffs mélodeath font sauter partout et le terrible beat-down du milieu achève l’auditeur. L’enchaînement entre le sample de cordes totalement improbable qui ouvre l’énorme tube "The Hanged Man", le plan electro pur qui suit et le metalcore aussi violent que catchy du reste est une démonstration de savoir-faire en bonne et due forme. Et là encore, en réécoutant l’album on réalise la finesse avec laquelle le sample de cordes en question est repris en arrière-plan durant le refrain en chant clair... Figure Of Six a encore frappé.

Il y a l’instrumental "Dark Side 5" qu’on ne voit absolument pas venir et dont les atmosphères Tooliennes et postcore transportent, le lien avec l’orientation générale du groupe étant de plus évident. Il y a le titre final "Hands of Aion" et ses 6’46, ses multiples développements et dont la mélodie de clavier et le riff d’ouverture restent gravés tant ils sont individuellement réussis et carrément surpuissants une fois mis ensemble. En gros, il y a toutes ces surprises qu’on ne pensait plus trouver à l’écoute d’un skeud de metalcore, et qui cette fois-ci pleuvent. C’est du bonheur. Alors bien sûr tout n’est pas parfait : le recours systématique au chant clair sur les refrains est irritant et l’ombre des ténors de la scène suédoise reste encore trop présente. Mais quand on voit que ces ténors ont sorti des derniers albums décevants, de heavy mélodique à chant hurlé sans relief (Soilwork) ou de metalcore qui donne franchement l’impression que le groupe ne veut plus avancer (In Flames), on se dit que le petit nouveau fait du bien par où il passe.


Aion est un album de metalcore / melodeath inventif, ambitieux, pensé, extrêmement bien joué et catchy en diable. Sans être exempt de défauts il permet de se rassurer sur la question de l’évolution du genre, dont on aurait pu croire qu’elle avait atteint ses limites. Figure Of Six relance la machine avec une sacrée classe, et on ne peut qu’espérer que leur renommée grandira car ils le méritent. Que ça fait du bien tout ça...


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