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CHRONIQUE PAR ...

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Kroboy
Cette chronique a été mise en ligne le 10 mai 2008
Sa note : 18.5/20

LINE UP

-Mark Osegueda
(chant)

-Rob Cavestany
(guitare+chant)

-Gus Pepa
(guitare)

-Dennis Pepa
(basse)

-Andy Galeon
(batterie)

TRACKLIST

1)Seemingly Endless Time
2)Stop
3)Veil of Deception
4)The Organization
5)Discontinued
6)Room With a View
7)Stagnant
8)XTC
9)Disturbing the Peace
10)Falling Asleep

DISCOGRAPHIE


Death Angel - Act III
(1990) - thrash metal de haut vol - Label : Geffen Records



En 1968, Bob Beamon accomplit l'un des plus grands exploits de l'Histoire du sport en pulvérisant le record mondial du saut en longueur. Alors qu'il n'avait jamais atteint plus de 8m33 auparavant, son bond d'anthologie le fit retoucher le sol quelques 8m90 plus loin, ajoutant plus de 50 cm à la référence mondiale de l'époque. Le secret de cette performance miraculeuse selon son auteur ? « Fermer les yeux, oublier l'environnement, et tout lâcher ». Une maxime qu'a dû méditer Death Angel avant d'écrire Act III.

Terminés les atermoiements de Frolic Through the Park, où les Californiens semblaient tiraillés entre attachement aux racines et volonté de développer un style plus personnel. Cette fois, Death Angel s'accorde la liberté de faire ce qui lui plaît, au risque de décevoir les puristes du thrash qui voyaient en lui l'un des plus grands espoirs du genre après un premier album du feu de Dieu. Non pas que Death Angel ait complètement changé de style, mais les Californiens se sont cette fois totalement affranchis des poncifs chers aux amateurs de thrash dans sa plus simple expression. Exit donc les «Kill», «Evil» et autres «Violence», Death Angel met volontairement à l'écart toute notion d'agressivité au profit d'une approche plus positive (même si le groupe sait encore sonner « méchant », comme sur le couplet de "XTC"). Un pari osé, mais payant avec ce thrash plus léger et paradoxalement beaucoup plus riche.

Indéniablement, "Stop" est un des exemples les plus parlants de cette nouvelle approche. Nul ne saurait remettre en cause l'appartenance de ce titre au thrash, mais on navigue pourtant à des années-lumière de Slayer. La raison ? Des riffs moins frontaux, plus accessibles (à comparer avec l'accélération finale typiquement thrash old school), presque heavy. Et surtout, des refrains beaucoup plus travaillés, avec la présence de… chœurs et d'harmonies vocales (les puristes ont dû s'étrangler à l'époque et les traiter de vendus). Voilà le cocktail gagnant qui sert également de base à "Seemingly Endless Time", "Falling Asleep" ou l'impeccable "The Organization". Si on rajoute des breaks à foison, vous comprendrez bien que les structures sont beaucoup moins linéaires que sur un album lambda d'Exodus, d'autant qu'Act III n'est pas un album du genre à proposer 10 fois le même titre.

Depuis le long instrumental brouillon "The Ultra-Violence" sur l'album du même nom, on savait que les musiciens de Death Angel savaient faire bien autre chose que maltraiter la caisse claire et gratter frénétiquement la corde à vide. Act III leur offre l'occasion de montrer de nouveau l'étendue de leurs aptitudes techniques, avec un supplément de maturité dans la composition qui leur permet d'éviter de tomber dans l'esbroufe stérile. La multiplication des plans leur permet de toucher un peu à tout avec une grande maîtrise. On trouve aussi plusieurs longues intros à couper le souffle, avec des enchaînements qui semblent toujours couler de source, comme sur "Discontinued" ou "Stagnant". Et à l'heure où la fusion commençait à déployer ses ailes, on se régale avec la touche funky présente sur ces 2 mêmes titres. Tout en progression, "Discontinued" se hisse carrément parmi les incontournables de cet album.

Enfin, comment ne pas mentionner la coloration acoustique, particulièrement courageuse sur un album de thrash ? D'autant que Death Angel ne s'est pas contenté de planquer ces titres en fin d'album, quand les fans sont déjà repus. "Veil of Deception" déboule dès la troisième piste, pour un titre 100% acoustique. Une véritable surprise, mais savamment calculée puisque ce titre est une pure merveille, avec une mélodie à se damner. 2 minutes 30 de pur plaisir, qui se terminent sur un mélange de jouissance et de frustration, comme une éjaculation précoce ! Il y aussi la ballade "A Room With a View", et son intro à jouer sur la plage pour faire tomber les gonzesses. Un titre d'ailleurs sorti en single sous le nom de D.A., Death Angel touchant là les limites d'un nom très restrictif. Car comme l'avouait à demi-mot Rob Cavestany, auteur de ce titre et leader du groupe, difficile de vendre une telle musique avec un nom pareil.


Act III est considéré comme un classique de la deuxième vague du thrash, au moment où celui-ci se faisait moins direct et plus technique. Mais en réalité, il s'agit d'un disque qui va bien au-delà du thrash, et qui mérite amplement sa place parmi les intemporels du metal, ceux qui peuvent transcender les clivages et plaire au plus grand nombre. Malheureusement, la grave blessure d'Andy Galeon dans un accident de tour-bus (encore un !), l'éviction du label suite au refus de poursuivre avec un autre batteur mais aussi la frustration d'un succès public bien en deçà du succès critique auront eu raison pendant longtemps de Death Angel. Chienne de vie…


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