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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 17/20

LINE UP

-Albert Witchfinder
(chant+basse)

-Peter Vicar
(guitare)

-Earl Of Void
(batterie)

TRACKLIST

1)Harbinger
2)Strange Horizon
3)The Ambassador
4)From The Void
5)The Wandering Jew
6)Into The Realms Of Magickal Entertainment
7)Dunkelheit

DISCOGRAPHIE


Reverend Bizarre - Harbinger of Metal
(2004) - doom metal - Label : Spikefarm



Sept chansons, soixante-quatorze minutes de metal, cet EP annonce la couleur rien qu’avec ses caractéristiques purement numériques. Ce sera encore du true doom des familles. D’ailleurs, le terme d’EP est quelque peu usurpé puisque à part "Dunkelheit" composée par le maître Varg Vikernes de Burzum, toutes les autres chansons sont des compositions originales faites uniquement pour cet EP. Pour ma part j’appellerai ça plutôt un album… enfin bref. Autre chose, la couverture, comme la précédente magnifique toile de Goya qui ornait In The Rectory Of The Bizarre Reverend, cette fois-ci c’est encore à un bouc auquel nous avons droit, étonnamment semblable mais pourtant peint par un certain M.E. Winge en 1872.

Cet EP s’ouvre avec "Harbinger", une longue intro plus qu’une réelle chanson puisque sans chant et particulièrement lancinante. Premier contact, et première mise en ambiance. Toutefois, l’amateur de Reverend Bizarre lui n’est pas perdu puisque le son Bizarre est là et bien là, impossible de se tromper sur la provenance de la came. Cette levée de rideau nous propose donc une ouverture bien langoureuse et étrangement dérangeante. Lente elle l’est certainement, mais le Reverend ne nous avait pas habitué à si dépressif. Ou si, mais pas autant quand même. Là c’est d’un véritable brûlot suicidaire qu’il s’agit. En plus, pour la première fois Albert Witchfinder nous dévoile la face extrême de son chant. Pas désagréable pour un sou d’autant que sa rareté rend ses interventions encore plus effrayantes. Cette entrée en matière est des plus éprouvantes, mais elle est courte. Plutôt une intro vous disais-je.

Et en effet "Strange Horizon" qui déboule dans la continuité renforce cette impression première. Nous avons droit à un vrai riff plutôt qu’à des accords de gratte sporadiquement donnés en boucle. Le rythme s’est accéléré aussi pour revenir à quelque chose de plus conventionnellement Reverend Bizarre car même si le groupe n’est pas un TGV, il ne descend dans les tréfonds de la mélasse que peu souvent finalement. On retrouve un air moins malsain et plus respirable. La mort s’éloigne mais n’allez pas croire que cela devient un paysage éblouissant. Ne vous fourvoyez pas à ce point! Reverend Bizarre est une entité apte à décourager le plus brave d’entre vous et à retirer son dernier souffle au plus résistant. On parle de doom là, et pas le moins extrême.

Ces deux premières pistes nous auront permis de nous refamiliariser avec la musique du groupe et force est de constater qu’on ne l’avait pas oubliée. Les riffs pachydermiques typiques, la basse étonnamment présente et ce chant clair si désespéré. Ah celui-là on n’allait pas l’oublié! Une des forces du groupe qui en compte tant. Il est assuré avec un brio peu commun. Il est notre porte parole pour l’au-delà tout au long du disque. Assurément il ne portera pas de nouvelles bien bonnes mais ce n’est plus grave. Cela fait un moment maintenant que nous ne nous soucions plus guère de la vie. L’important est d’atteindre ce seuil de recueillement qui nous fera profiter pleinement de cette musique opaque et marécageuse. Nous sommes aidés en cette quête par les claviers si doom qui parsèment l’œuvre aux moments les plus justes comme sur la fin de "Strange Horizon". Ces claviers qui se font orgue pour nous ensevelir de la dernière poignée de terre.

Après un tel départ en trombe (façon de parler), le groupe a du mal à tenir la distance, ce qui est compréhensible. Pourtant n’allez pas croire que la musique devient inintéressante. Elle reste dans la catégorie label de qualité supérieure élevée à la carcasse de corbeau. Et elle réserve ses surprises aussi. Prenez ce solo de batterie à la dixième minute de "From The Void" en guise de break. Il dure au bas mot trois minutes. Il n’a aucune justification. Il est là parce que le groupe en a décidé ainsi. Et ma foi, on ne peut pas s’en plaindre. Certains le trouveront long, ils auront certainement raison. Mais ma foi aveugle dans ce groupe me fait dire qu’il est terrible. Pas une démonstration technique, loin de là, mais un feeling constant et une création de doom drum sous nos oreilles ébahies.

La musique pour reprendre de plus belle derrière et nous n’en serons que plus accablés par la mélancolie. Finement joué de la part du groupe qui prouve qu’il en a encore sous la pédale en terme d’inspiration. Autre moment d’inspiration divine, lorsque sur "The Wandering Jew", pavé polymorphe d’une vingtaine de minutes, le groupe s’amuse avec une utilisation particulière de la guitare à nous amener au septième ciel. Cela sonne diaboliquement original et donne encore de l’eau au moulin de cet EP décidément pas comme les autres, loin d’être un simple bouche trou. Notons cette "Into The Realms Of Magikal Entertainment" toute à la basse magnifique et étrangement courte, incitative au respect absolu envers ce groupe clairement hors normes.

Un EP de superlatifs de part sa longueur et sa qualité. Reverend Bizarre nous ressert quasiment la même sauce et nous l’acceptons volontiers. Peut-être à l’avenir le groupe devra-t-il remuer ses épinards, mais pour le moment la recette est tellement bonne qu’on ne peut décemment se plaindre. Encore une leçon de doom assénée par ce groupe décidément unique. Et encore meilleur que In the Rectory Of The Bizarre Reverend, très fort.

P.S: la reprise de Burzum, "Dunkelheit", s’adapte particulièrement bien à la musique du groupe qui en fait sien. Je ne connais pas l’originale, mais cette version est copieusement troublante. Dans le mille encore.




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