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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 14/20

LINE UP

-Trevor Phipps
(chant)

-Buz McGarth
(guitare)

-Ken Susi
(guitare)

-Chris Rybicki
(basse)

-Mike Rudberg
(batterie)

TRACKLIST

1)My Heart Bleeds No Longer
2)One Step Away
3)Fuel The Fire
4)Only The People
5)Stings of Conscience
6)My Desire
7)Vanishment
8)Shattered By The Sun
9)Monition
10)Stronghold

DISCOGRAPHIE


Unearth - The Stings Of Conscience
(2001) - hardcore metalcore - Label : Autoproduction



Unearth nous vient du Massachusetts et se pose en double héritier: il est à la frontière de la scène hardcore américaine et du métal moderne européen. Et comprenez métal européen au sens large, allant du black au heavy suédois en passant par le heavy-metal traditionnel et une touche de death. Donc nous voici, une fois n'est pas coutume, devant un groupe de métal extrême généraliste qui tente de se forger une identité tout en évitant le simple collage. Et en voilà une tâche qu'elle n'est pas facile de nous jours!

Le premier riff de la première chanson est frappant de par son côté archétype : il me rappelle certains riffs de Bleed The Sky que j'ai chroniqué en même temps qui rappellent eux-mêmes des riffs de Chimaira. Et juste après tout bascule: le titre part dans des harmonies de guitare qui rappelent Cradle Of Filth ! C'est assez bien enchaîné, ce qui n'était pas évident à la base, car le côté foncièrement dissonant des riffs hardcore modernes (vous savez, une grosse rythmique sous accordée avec des notes aigües qui font « zwiii » de temps en temps) s'accorde assez mal avec le côté harmonie du heavy européen. Mais ici ça passe tout à fait, et quand une rythmique black speed s'installe ensuite on se sent chez soi. Un bon point pour le groupe qui a poussé plus que ses petits camarades le côté européen.

Le chant est l'élément qui ancre le combo dans le hardcore US. Trevor Phipps n'essaye à aucun moment de se la jouer chanteur de heavy ou de black et conserve son identité vocale quelle que soit la musique qui passe derrière lui. J'imagine que nombre de métalleux bloqueront sur ce chant jamais clair qui n'hésite pas à passer en rap hardcore, mais aimant le HxC j'ai plutôt bien apprécié. Le côté complètement cinglé en moins, le chanteur d'Unearth se place dans le même registre que celui d'Eden Maine par exemple (groupe majeur s'il en est). Et derrière lui ça tourne comme une horloge, car les musiciens d'Unearth sont très doués, ce qui est logique vu le style de musique pratiqué. Mention spéciale au batteur dont le jeu est à la fois subtil et violent, et mention bien aux guitaristes aussi doués en rythmiques martelées qu'en arabesques heavy/black... Si vous connaissez le dernier Cradle, le titre "Coffin Fodder" vous donnera une idée de ce que j'entends par là. On entend la basse sans souci, même si ses parties ne sont pas transcendantes sauf rares exceptions. Le son général de l'album est réussi, entre le côté lourd et sale des gros riffs et le côté propre des leads (on n'est quand même pas dans un son heavy à la Angra non plus).

En général, on pourra se dire que la musique d'Unearth est variée et que les transitions sont réussies. Par contre il est fréquent que telle ou telle partie rappelle clairement tel ou tel groupe. Exemple, le title-track "The Stings Of Conscience" enchaîne un certain nombre de clichés: une intro Cradle laisse la place à un pont Paradise Lost, avant le couplet In Flames, le pré-refrain Maiden et le refrain Bloodbath. Vous saisissez, j'espère, que ceci n'est pas qu'une critique négative: d'un côté l'impression de collage est inévitable, de l'autre le naturel avec lequel tout cela s'enchaîne est assez bluffant, et la pertinence du chant est éclatante (ça colle tout le temps). Ce titre me laisse une impression mitigée. C'est un des rares qui dépasse les quatre (et même en l'occurence les cinq) minutes, et sa construction est limite parfaite... Dommage qu'on soit toujours en train d'écouter un autre groupe.

Unearth ne se vautre pas dans les clichés à chaque fois, rassurez-vous. Non, le groupe arrive quand même à nous pondre des riffs très clairement identifiables au niveau du genre (black, death, heavy ou hardcore) mais pas forcément repompés sur les icônes du genre. Mais... pas tout le temps, et parfois au sein d'une chanson ça coince un peu, comme dans "My Desire" qui est gâché par un passage estampillé Cradle Of Filth quand ils pompent Maiden (souvent donc, mais eux l'ont fait en premier!). Les titres les plus courts -entre trois et quatre minutes en moyenne- échappent plus à ce travers, et sont souvent assez efficaces, voire recherchés. Ce format correspond bien à Unearth qui peut ainsi aligner ses riffs et les enchaîner rapidement pour créer de petits brûlots comme "Vanishment". Dommage que la partie start-stop ait déjà été entendu ailleurs mais l'inventivité générale de la chanson fait mouche, car le nombre de riffs pour un titre de cette longueur est remarquable. Ca change sans arrêt, et ça tient très bien la route.


En résumé Unearth est un de ces groupes composés de brutes qui tentent réellement de créer quelque chose de nouveau mais n'y arrivent pas toujours, la faute à des influences pas tout à fait assez digérées. L'album garde tout de même un certaine cohérence artistique, et la correspondance entre chant hardcore-rappé et riffs heavy/black comme death est frappante. En tout cas chaque chanson ou presque renferme son petit moment de joie, et sur quelques titres ce moment s'étend sur toute la chanson. Unearth est clairement au-dessus de la masse des groupes qui sortent par wagons et nous proposent de la soupe sans saveur. Ceci est un premier album qui tape pas mal, et dans cette optique je vous invite à jeter une oreille dessus, si vous aimez à la fois le heavy et le hardcore.


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