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CHRONIQUE PAR ...

15
Flower King
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 15/20

LINE UP

-Thom Yorke
(chant+guitare+claviers)

-Jonny Greenwood
(guitare)

-Colin Greenwood
(basse)

-Philip Selway
(batterie)

-Ed O’Brien
(guitare)

TRACKLIST

1)Everything in Its Right Place
2)Kid A
3)The National Anthem
4)How to Disappear Completely
5)Treefingers
6)Optimistic
7)In Limbo
8)Idioteque
9)Morning Bell
10)Motion Picture Soundtrack

DISCOGRAPHIE

OK Computer (1997)
Kid A (2000)
Amnesiac (2001)
There There (EP) (2003)
Hail to the Thief (2003)
In Rainbows (2007)

Radiohead - Kid A
(2000) - post rock - Label : Parlophone



Je ne sais pas comment aborder cette chronique. Tout comme je n’ai su, longtemps, comment aborder cet album. Acheté deux-trois mois après sa sortie, parce qu’on parlait un peu partout de ce disque « bizarre », « expérimental », « déroutant » ce qui n’a pas manqué de me titiller, et que le nom de Radiohead, fatalement, était revenu dans plusieurs discussions musicologiques entre adolescents pubères, lorsque l’on commence à voir plus loin que le bout de la FM.

Et puis, c’était aussi l’époque où mes disques pouvaient encore se compter sur les doigts d’une main, ce qui fait qu’on leur porte encore une attention toute particulière et qu’on les fait tourner, tourner, jusqu’à épuisement, et qu’importe si on y trouve réellement son bonheur. Et avec ce Kid A, je ne le trouvais effectivement pas, et ceux qui y ont déjà prêté une oreille le comprendront sans peine: quelle idée, aussi, de commencer l’aventure Radiohead par celui-là… J’écoutais sans trop comprendre ce qui se passait, sans creuser… J’écoutais sans entendre. Je ne saisissais pas les intentions de "Everything In Its Right Place" et sa multiplicité de climats sonores qui s’entrechoquent, morceau en proie à une schizophrénie aiguë, prêt à rompre à tout moment, une crise de démence tétanisante que je considère aujourd’hui comme l’une des plus grandes compositions du groupe. Mais à l’époque le troublant "Kid A" me laissait pareillement de marbre, tandis que l’emphase bruitiste et cacophonique de "The National Anthem" m’horripilait particulièrement… Je n’étais pas habitué à tant d’intensité et de folie.

En fait, "Optimistic" doit bien être le seul morceau à m’avoir accroché à la première écoute, et pourtant, avec le recul, je le classe parmi les titres les plus faibles de cette livraison: un ton plus rock que le reste de l’album, mais une accroche mélodique moins prononcée, moins convaincante que les titres d’ OK Computer, pour un résultat assez mitigé. J’y repense: il y avait également « In Limbo » qui m’avait plu dès le départ, et continue de me charmer encore aujourd’hui: comment ne pas se laisser prendre par l’ambiance hypnotico-futuristico-planante de ce voyage vers l’inconnu, bercé par le chant aveuglant des guitares, alors que l’espace ne semble plus être qu’un océan de reverb… Avant le réveil brutal et chaotique qui vous laissera complètement hagard. Il ne fait pas bon rester dans les Limbes…

Hormis ces quelques exceptions, je restais complètement perdu. Toutes ces sonorités, ces atmosphères, ces claviers… Pourquoi faire? Mais ce Kid A m’avait déjà piégé dans ses filets, et bon nombre des mantras obsédants qui le composent allaient avoir raison de moi… "Treefingers", essai « ambient » dont l’aspect statique n’a pas fini de vous envoûter: laissez votre imagination vous guider à l’écoute de ce titre, laissez-là vous dépeindre des paysages, des univers entiers où ne semblent subsister que le vide… Et quelques éclats de beauté. "How To Disappear Completely", mélopée fascinante qui prend tout son temps pour vous combler, et qui bénéficie notamment de l’utilisation de cet instrument magique que sont les Ondes Martenot. Et que dire alors de l’énorme "Idioteque", dont l’incroyable rythmique, je suis prêt à le parier, vous obsèdera toute votre vie: elle restera dans un coin de votre tête, prête à ressurgir à tout moment… Et vous aimerez ça. Et que dire de l’aspect mélodique, de cette fragilité suicidaire qui parcourt le titre de part en part et nous laisse sonnés, bouleversés. Mais il m’a fallu du temps pour m’en rendre compte… pour réaliser la puissance émotionnelle de ce disque. Même si, bien sûr, quelques titres me laissent encore perplexes et ne suscitent en moi que très peu d’enthousiasme… Mais pour combien de temps?


Voilà pourquoi je ne sais comment aborder cette chronique: car au-delà de la valeur affective qu’on peut porter à nos tout premiers disques, qui restent bien malgré eux (et malgré nous?) rattachés à une période de notre existence faite de bonheurs et malheurs intenses, le fait est que je ne sais toujours pas si j’en ai terminé avec ce disque, si je l’ai définitivement cerné. Non pas qu’il possède pour toujours une aura de mystère comme les très grands disques, mais… Ma vision actuelle de « Kid A » est-elle totalement séparée de celle qui était mienne auparavant? Je ne le sais. Rendez-vous dans quelques années?


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