1960

CHRONIQUE PAR ...

14
Dr Gonzo
Cette chronique a été mise en ligne le 20 avril 2008
Sa note : 13/20

LINE UP

-Steven
(chant+basse)

-Wes Lee
(guitare+chant)

-Jeff
(guitare)

-Walter a.k.a. 808
(batterie)

TRACKLIST

1)Chained to the World
2)Serpento
3)Maelstrom
4)Daris II
5)Looking into the Makers Eyes
6)Eternal Crawl
7)Waiting to Die

DISCOGRAPHIE


Heavy Lord - Chained to the World
(2007) - doom metal stoner Stoner Sludge Doom Thrash ... - Label : Solitude Productions




En Hollande, il y a du fromage, des tulipes, de la drogue, des putes et Heavy Lord. Pour un tas de raisons plus ou moins valables, il va falloir me limiter à ne parler que du groupe. Il est formé de quatre jeunes gens pleins de bonne volonté venus poser leur pierre sur un édifice qui n'en manque pourtant pas.


Heavy Lord, comme son nom l’indique fait dans le lourd. Le très très lourd même, si lourd en fait que le groupe glisse souvent du stoner vers le doom, à l’aide de riffs – oui, c’est un lieu commun, mais y a pas d’autres mots – pachydermiques et d’ambiances légèrement poisseuses. Toutefois, Heavy Lord ne va pas jusqu’au très très très lourd, et se limite à un doom bon enfant, sans aller plus loin, se permettant parfois même de revenir à une attitude plus seventies, groovy, psyché, blablabla, le genre de conneries qu’on vous sort dès qu’un groupe de stoner se tape un solo, voyez ? Les breaks sont bien menés et contrebalancent généralement bien le thème principal. Groupe à deux guitares oblige, le duo soliste se sent le devoir de jouer leur solo ensemble, et nous ramener à la glorieuse époque des harmonies épiques. Mais même lorsqu’Heavy Lord titille le kitsch a base de cuir et de clou, un relatif bon goût règne, on est pas dans la parodie involontaire, ni dans l’imitation aveugle.

Bien sûr et c’est évident, le groupe doit, comme tous les autres, tout à Black Sabbath, mais n’hésitent pas a se réclamer des derniers « poids lourds » (hihihi) du genre, tels Electric Wizard, Goatsnake, et s’axent dans une tradition plus evil en citant St-Vitus, Crowbar, Sleep et Cathedral sur leur myspace. Ainsi, niveau son, on est plus dans cette branche où les guitares sonnent plus thrash, plus metôl, là où l’on est tristoune et en colère, plutot que dans le camp d’en face où l’on redescend à peine d’un trip fleuri à l’acide. Du coup, chez Heavy Lord, les guitares sont très lourdes, mais sonnent un peu froid. Le chanteur se racle perpétuellement et semble désespérément demander une cuillère de miel (ça c’est le côté evil), et l’ensemble de la production est saturé de basse, sans être trop étouffé. Rien d’audacieux dans la texture sonore que pourraient avoir les instruments, tout reste bien à sa place, respectant scrupuleusement les poncifs du genre.

Bon, bah voilà, que dire de plus ? C’est sympa, ça s’écoute, et ça peut dépanner si vous vous êtes lassé du dernier Electric Wizard, ou de Down III, ou bien que vous n’en pouvez plus d’attendre le prochain Goatsnake. Commençant leur album par deux titres « catchy » (autant que peut l’être une chanson d’un groupe de doom), au riff pataud, mais mémorable, avec break dansant à la clé. S’ensuivra une piste plus ambient de dix minutes qui pose les limites du groupe, et même de ce genre de groupe en général. Parfois les riffs sont bons, les morceaux pas mal, mais dans l’ensemble comment les différencier les uns des autres, les distinguer de leurs références ? Certes, après “Maelstrom”, longue piste un peu relou citée plus haut suit un morceau entre le thrash et le punk (“Darius II”) cassant le train-train doom, mais sans être très surprenant non plus. Le genre devient tellement codifié que la redite, en plus d’être inévitable devient carrément nécessaire. Alors quand à la base, le dit-genre ne produit pas la musique la plus variée qui soit, au bout d’une dizaine, ça peut commencer à devenir ennuyeux.


Bon effort en somme, quelques bonnes et moins bonnes surprises çà et là (“Looking Into The Makers Eyes” est assez longue pour être à la fois terrible et toute pourrie), mais en définitive, une fois que le cd nous a craché ses cinquante minutes « stoner-doom-sludge-et-mon-cul-sur-la-commode », même si on a aimé, on regarde la longue liste d’albums « cultes » sortis parfois près de dix ans avant cet effort, et on réalise que peu de chemin a été parcouru depuis. Alors du coup, un irresistible « pourquoi ? » jaillit de tout cela. Pourquoi ressasser comme ça continuellement, même quand c’est bien fait ? Loin de répondre à cette grande question, Heavy Lord se contente de répliquer « pourquoi pas ».


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