1924

CHRONIQUE PAR ...

24
Crafty
Cette chronique a été mise en ligne le 15 avril 2008
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Beth Gibbons
(chant)

-Adrian Utley
(programmation+divers)

-Geoff Barrow
(programmation+divers)

TRACKLIST

1)Silence
2)Hunter
3)Nylon Smile
4)The Rip
5)Plastic
6)We Carry On
7)Deep Water
8)Machine Gun
9)Small
10)Magic Doors
11)Threads

DISCOGRAPHIE

Dummy (1994)
Third (2008)

Portishead - Third
(2008) - indus electro sombre et krautrockien - Label : Island Records



Années de disette… Le trip-hop cherche toujours à droite à gauche de nouveaux noms, mais finit invariablement par se retourner vers les anciens, ceux qui lui ont taillé un nom, pas seulement dans la musique de pub. Parmi ces noms figurent Massive Attack, Tricky, Portishead… Bristol en fait. Et ça faisait longtemps que Portishead n’avait plus rien sorti de nouveau. Depuis le Roseland NYC Live, il y a dix années, plus rien si ce n'est Beth Gibbons et Rustin Man. Avec un titre qui n’en dit rien si ce n’est le numéro de l’album, Third s’annonce fin 2007 à travers quelques concerts…

Et tout commence par "Wicca", renommé "Silence", peut-être parce-que ces dix années d’attente méritaient un silence total des auditeurs (ça serait un brin présomptueux, isn’t it ?). Comme si les seigneurs de toute une scène étaient revenus pour faire voir aux serfs que la noblesse n’est pas un concept si farfelu. Il faut dire que le trip-hop n’a jamais eu de valeurs fixes. Il peut être chaud, lounge, sensuel ; ou alors froid, clinique, sinistre. Pour Portishead c’est plutôt la dernière catégorie. «Third» représentera sans doute une nouvelle avancée dans le domaine. Le début sonne comme du Portishead normal (si tant est qu’on puisse vraiment le distinguer avec seulement deux albums) et presque trop banal, malgré tout avec une mention spéciale à "The Rip", au démarrage faussement simple, avec sa lente progression et l’apparition d’une batterie entêtante et d’un synthé moog moite.

Plus l’album avance, plus on sent le côté clinique de la musique du groupe. Une sorte d’ode à la froideur qui se marie à plusieurs sauces, y compris l’indus sur le dyptique "Plastic" - "We Carry On" (ce dernier étant fortement influencé par les Silver Apples), indubitablement un des temps forts de Third. Guitares aériennes, rythmique martiale (bien plus rapide qu’à l’accoutumée), Beth Gibbons au bord de la rupture, systématiquement, et ce son hypnotique, qui prend aux tripes, comme "Roads" ou "Glory Box" ont su le faire en leur temps, de manière sensiblement différente. Puis vient l’étonnant "Deep Water", une simple intro acoustique à l’ukulélé suivie par des chœurs tout droit sortis des champs cotonniers du sud des États-Unis des années trente. D’autant plus étonnant que ce titre ouvre l’immense "Machine Gun", sacré premier single de Third. Ce titre aurait pu figurer sur la bande originale de Christiane F. tant il évoque "Sense of Doubt" du grand Bowie par son atmosphère berlinoise des années quatre-vingt, une autre pépite.

L’album ne faiblit pas réellement par la suite, mais peine quand même après de tels titres. Du haut de ses sept minutes, "Small" paraît en effet un peu longuette à défaut d’être superflue. Elle souffre aussi de ses suivantes, d’abord "Magic Doors", qui raconte bien plus de choses en deux fois moins de temps et ensuite "Threads", inquiétant final, lancinant et oppressant, qui a des airs de Guerre des Mondes (pas le mauvais film sorti récemment). Deux chansons portées par la voix si particulière de Beth Gibbons, d’une élégance rare. Cette voix sanglotante, assistée par une rythmique froide, des vrombissements effrayants et des distorsions d’un autre monde vient clore en beauté ce qui se révèle être le premier challenger au titre d’album de l’année 2008.


Si quelques titres plus faibles empêchent l’album de concourir dans la catégorie chef d’œuvre, il n’en reste pas moins que Portishead a évité de faire du surplace, et que les dix années écoulées ne l’auront pas été en vain. Alors que 2008 est l’année de tous les espoirs pour la scène trip-hop, avec les retours attendus des leaders Massive Attack et de l’enfant terrible Adrian Thaws (alias Tricky), Portishead vient de frapper un grand coup, qui pourrait faire balancier avec une scène dubstep naissante dans la patrie de Shakespeare.


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