1915

CHRONIQUE PAR ...

2
Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 16/20

LINE UP

-Damien Paquet
(chant)

-Mickael Vallesi
(guitare)

-Stéphane Legrand
(guitare)

-Guillaume Maucelli
(basse)

-Mehdi Kadouj
(claviers)

-Julien Nicolas
(batterie)

TRACKLIST

1)The Descent of a Warrior
2)The Imperfection of the Soul
3)Errare Humanum Est
4)Dogmas Fall
5)Isolement
6)Insomnia
7)A Heart In Escape
8)Lamentation
9)Evil Spells Approval
10)Declaration of War
11)End of a Belief
12)The Beginning of a Truth
13)The Result of a Destiny

DISCOGRAPHIE


Furia - Kheros



Furia commence à s’imposer en figure incontournable du paysage heavy français. Liant un niveau très imposant à une ambition conceptuelle et musicale bienvenue, la formation tente visiblement avec ce Khéros -troisième chapitre de la trilogie commencée avec A La Quête Du Passé- d’atteindre une certaine forme de maturité artistique. Et croyez-moi, cet album aux multiples facettes impressionnant de maîtrise ne passe pas loin du jackpot. Furia n’est pas un groupe de mickeys mais bien la formation française de heavy/thrash/death la plus technique que j’ai entendue.

Ce qui frappe dès la première écoute chez Furia, c’est ce côté fondamentalement débridé et presque sauvage qui suinte de leurs compos. Le growl de Damien Paquet est assez furieux dans le genre aigu/scandinave: c’est presque black et très efficace. Tant qu’on parle d’influences scandinaves, autant le dire tout de suite: les premières secondes de l’album donnent l’impression de se trouver face à un énième clone d’In Flames ou Soilwork tant les riffs en twin lead sont familiers, trop familiers… Mais quelques minutes suffisent pour comprendre qu’on évolue dans une dimension propre au groupe. Tout en fonçant à bride abattue, le premier titre "The Descent Of Warrior" enchaîne les idées et c’est assez terrible: après ce début très Göteborg arrivent un break électro terriblement bien pensé, avant que les claviers ne partent brusquement tutoyer le black symphonique ou que les chœurs de type « guerriers vikings » (ou rugbymen en folie, c’est selon) ne viennent ajouter un côté tribal fortement jouissif. C’est un patchwork inédit, et c’est entraînant en diable.

Le terme patchwork n’est pas trop fort, car Furia semble vénérer trois formations qui l’influencent plus que toutes autres: In Flames, Fear Factory et Cradle Of Filth. Les passages en twin lead ont déjà été cités, ainsi que les claviers symphoniques qui rappellent par moments très fortement le style de Martin Powell. Pour le côté Fear Factory, deux caractéristiques sont présentes: la tendance des claviers à produire des nappes de bruitages synthétiques et technoïdes de type futuriste pour habiller les riffs mais surtout un goût pronnocé pour les rythmiques en salves de type « mitraillette » parfaitement suivies par la batterie (écoutez "Lamentations"…). L’ami Julien Nicolas est un des meilleurs batteurs que j’ai entendu dans cet exercice avec le maître Raymond Herrera lui-même: les guitares accélèrent comme pas possible et il suit tout ça de ses pieds véloces comme qui rigole. Les guitares rythmiques sont assassines, la basse bastonne, et en plus le son est proprement monstrueux. Le syndrome du groupe français qui sonne amateur est vraiment totalement absent, et c’est bien…

Furia varie les ambiances et les styles d’une manière assez systématique, et lors des premières écoutes j’ai même trouvé que le groupe manquait d’identité… D’un titre à l’autre on entend des passages très typés death mélodique, mais aussi des envolées épiques qui vont tutoyer le Film Score Metal de Rhapsody grâce à de somptueux arrangements de claviers… mais dans une tonalité infiniment plus « virile » et moderne que chez les Italiens dragonophiles. J’en prends pour preuve l’excellent instrumental "A Heart In Escape" qui combine sonorités d’orchestres et samples modernes pour un résultat qui fait plus B.O.F de Matrix que de Bilbo Le Hobbit. Cette capacité de Mehdi Kadouj à faire le grand écart entre approches symphoniques et modernes est une des caractéristiques fondatrices de cet album, et s’inscrit tout à fait dans le concept. Car Khéros est un concept-album dont les paroles en français (malgré quelques passages en anglais) sont purement narratives, et tirées d’un récit épique pensé par le groupe et que je vous laisse découvrir. Sachez juste qu’il marie valeurs et imagerie médiévale à l’époque moderne avec talent.

Marier ce qui n’était pas a priori fait pour aller ensemble, tel semble être le credo de Furia. Les passages de heavy mélodique, de thrash moderne et les rythmiques syncopées néo-core s’enchaînent avec bonheur, le chant hurlé protéiforme laisse soudain sa place à des vocaux clairs et puissants digne d’un Maiden, les passages les plus formels et mélodiques précèdent des breaks avec des percussions tribales… C’est totalement imprévisible et de fait assez puissant. L’unité existe bien, apportée par cette fureur et cet enthousiasme qu’exsude chaque compo… et par cette démarche de synthèse du métal qui n’apparaît clarement qu’après plusieurs écoutes. Comme l’usage du terme « patchwork » l’a sous-entendu plus haut, le reproche évident que l’on fera à Furia concerne leur échec à totalement digérer leurs influences les plus évidentes. Mais Khéros reste un album étonnant et bourré jusqu’à la gueule de métal de très grande qualité dont la fraîcheur saura parler aux fans de métal tous styles: la fin de l’album est particulièrement exceptionnelle! Une bien belle réussite pour un groupe qui pourrait passer dans la cour des grands s’ils continuent sur cette lancée. Bravo!




©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 6 polaroid milieu 6 polaroid gauche 6