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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 28 juin 2022
Sa note : 14/20

LINE UP

-Daisy Chapman
(chant+piano)

-Daniel Änghede
(chant+guitare)

-Mark Furnevall
(chœurs+claviers)

-Bo Jonas Stålhammar
(guitare+claviers)

-Pontus Blom
(basse)

-Ben Wilsker
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Johan Weber
(guitare)

-Kalle Widén
(guitare)

-August Eriksson
(saxophone)

TRACKLIST

1) Rebel Drones
2) Barricades
3)
All These Words
4) Days Of Summer
5) The Lord He Giveth And He Taketh Away
6) Shut It Down
7) Kindle The Fire
8) Drag Nets
9) Sanctuary
10) The Haunting
11) Stand In Your Light

DISCOGRAPHIE


Venus Principle - Stand In Your Light



Ramener à soi, patiemment, les ondes filantes pour les transformer en un faisceau d'énergie libératrice qu'on lancerait vers le ciel, catapultant les émotions trop lourdes que l'on destine au néant. Stand in Your Light, le premier album de Venus Principle, peut laisser cette impression, sorte de ferveur onirique qui caractérise le post rock de bon nombre de formations œuvrant dans le même genre. Cependant, celle-ci se présente avec un certain avantage.

Le groupe ne part pas de rien puisqu'à l'exception du bassiste, il est constitué d'anciens membres de Crippled Black Phoenix (CBP pour faire vite) qui ont quitté le projet de Justin Greaves en estimant que ce dernier bridait leur volonté d'intégrer le processus créatif. Parmi eux Daniel Änghede, ex compagnon de Heike Langhans, l'ancienne chanteuse de Draconian qui a participé au superbe LP inaugural de Light Field Reverie, avec qui il avait formé Ison et dont les humeurs sombres teintent le recueil douloureux de Venus Principle. Les intentions, assumées, consistent à élaborer une musique dans l'esprit de CBP, mais en mélangeant les états d'âme de chaque compositeur et arrangeur au gré des échanges à distance imposés par les confinements successifs, chaque musicien (et musicienne) enrichissant les propositions soumises par un(e) autre. Le constat est limpide : Stand in Your Light aurait tout à fait sa place dans la discographie de Crippled Black Phoenix – certains éléments, le claviériste Mark Furnevall et le batteur Ben Wilsker, y sont restés dix ans, pas uniquement pour l'appât du gain, a priori. L'état d'esprit de la matrice est donc préservée, sanctuarisée pourrait-on dire à mesure que se succèdent ces plages saturées d'une mélancolie tenace et d'un feu froid qui s'embrase à l'occasion de montées en puissance évoquant les compatriotes d'Anathema ainsi que leur inspirateur commun Pink Floyd, celui de The Dark Side of the Moon et Wish you were Here. Le chant masculin rappelle fréquemment celui de Vincent Cavanagh des premiers nommés, sur l'hypnotique "Shut in Down" par exemple, et les solos de guitare stellaires ceux de David Gilmour, notamment sur "Days Of Summer".
Pas de saturation, aucun cri, juste une légère agitation sur "The Haunting", sorte de proto stoner – oui, « proto » car une partie du propos du sextet est clairement ancré dans les seventies virginales, celle d'avant la crasse revendiquée et les éructations menaçantes. Cette orientation éthérée laisse à distance en quelques occasions, faute d'accroche véritable, comme sur "Kindle The Fire", "Sanctuary" malgré un final ardent ou encore "Stand In Your Light", conclusion aux remous timides. Néanmoins, ces occurrences en retrait demeurent plaisantes grâce à un élément déterminant : les harmonies vocales tissées par le duo Daisy Chapman/ Daniel Änghede. Elles prennent une large part dans le sentiment d'immersion générale, entre flottement et élévation, et ce dès "Rebel Drone", longue exposition (en partie coupée dans la version single) initiée par l'entremêlement féérique des deux voix. Celles-ci sont régulièrement renforcées par des chœurs lorsque la tonalité se fait plus fiévreuse, notamment sur l'élégiaque "All These Words" qui se rapproche du rock psychédélique de Lykantropi, troupe suédoise également menée par un duo mixte aux arrangements vocaux à tomber.
Les deux chanteurs principaux savent aussi émouvoir chacun pour leur part, Madame avec "The Lord He Giveth And He Taketh Away", prière lancinante qu'une cassure transforme en supplique - ou en malédiction- , Monsieur sur " Barricades", bonifié par un refrain marquant et un solo de claviers faisant songer à un mélange entre "Riders on the Storm" des Doors et "Isis and Osiris" d'Ayreon. Et quand les deux têtes de proue se répondent, cela crée une intensité singulière que l'on aurait souhaité percevoir davantage au cours de l'enregistrement à l'écoute des intrigantes inflexions de "Drag Nets", sur lequel Chapman se place dans le sillage de Liz Frazer sur fond de guitare à la Cocteau Twins et qui bénéficie en sus d'un gimmick astucieux et de pertinentes interventions au saxophone. Des « audaces » payantes.


Porté par des titres d'une intensité palpable et une écriture majoritairement inspirée, Stand in Your Light démontre que Venus Principle est un collectif crédible dépassant largement le statut de rassemblement d'imitateurs revanchards. Certes, on pourra rechigner sur les quelques temps faibles de cette œuvre sans doute trop longue qui peine parfois à émerger d'une ouate un peu trop protectrice. Mélange de rêves et de cendres, tour à tour volatile et enflammée, la réalisation possède toutefois un charme indéniable qui devrait envoûter les amateurs de rock tourmenté aux accents héroïques.





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