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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 13 juin 2022
Sa note : 13/20

LINE UP

-Miland "Mille" Petrozza
(chant+guitare)

-Sami Pekka Olavi Yli-Sirniö
(guitare)

-Frédéric Alexandre Leclercq
(basse)

-Jürgen "Ventor" Reil
(batterie)

A participé à l’enregistrement :

-Sofia Portanet
(chant sur "Midnight Sun")

TRACKLIST

1) Sergio Corbucci Is Dead
2) Hate über alles
3) Killer of Jesus
4) Crush the Tyrants
5) Strongest of the Strong
6) Become Immortal
7) Conquer and Destroy
8) Midnight Sun
9) Demonic Future
10) Pride Comes Before the Fall
11) Dying Planet

DISCOGRAPHIE


Kreator - Hate Über Alles
(2022) - thrash metal - Label : Nuclear Blast



(For English version, scroll down)

La grippette qui a fait salement tousser la planète au début de la décennie n'avait pas de raison d'épargner le monde de la musique, au point que même les rois du bagarre metal ont dû rentrer les muscles face au microscopique ennemi. Bon nombre de sorties ont été repoussées et c'est après une attente record de plus de cinq années que Kreator livre son quinzième album. Ce délai de parution a-t-il coïncidé avec un délai de réflexion, prémices d'un changement de style ? OK, personne n'y croit.

Afin de muscler leur nouveau bourre-pif, les boss du thrash européen ont fait appel à Arthur Rizk, guitariste chez les épiques Sumerlands et Eternal Champion mais aussi artisan du son de nombreux méfaits heavy/ thrash confidentiels (Afflictive Nature, Dirt Merchant, les Péruviens de Goat Semen...) ainsi que d'autres plus connus (Cavalera Conspiracy, Power Trip) en attendant les prochaines livraisons de Soulfly et Municipal Waste prévues cet été. L'arrivée en 2019 du bassiste nordiste Frédéric Leclercq (Sinsaenum, Loudblast) après son départ de Dragonforce, en remplacement de Christian " Speesy " Giesler, pouvait renforcer l'hypothèse folle d'une incursion vers le power metal. L'entame du tendrement intitulé Hate über alles balaie immédiatement cette théorie grotesque. À l'ouverture martiale façon musique de blockbuster comme le groupe en conçoit depuis Phantom Antichrist (2012) succède un riff frénétique joué à un train d'enfer. Mille Petrozza lance l'un de ses fameux cri qui tuent - enfin, qui blessent, on est plus à l'époque d'Extreme Aggression – avant d'enchaîner sur un couplet vite expédié puis de profiter d'une baisse de tempo pour brailler le titre à la manière d'un slogan de manif. S'ensuit un solo supersonique et mélodieux, rattrapé par le refrain martelé jusqu'à la fin. Bref, de l'archi classique - les patriarches font le coup depuis vingt ans (quarante, si on enlève le terme "mélodique" de la phrase précédente).
Plusieurs compositions se déclinent sur le même modèle, telle "Killer of Jesus", encore plus speed, vitrifiée par un chant qui déraille encore plus et plombée par un ralentissement encore plus prononcé sur le refrain, gimmick qui casse invariablement la dynamique. Toutefois, le riff thrash eighties bien virulent fait passer la pilule, de même pour la rarissime modulation harmonique sur "Conquer and Destroy" ou encore la mélodie fervente de "Demonic Future". Les refrains, en revanche, sont peu marquants, à l'exception de celui de "Midnight Sun", single sur lequel intervient une chanteuse – une première dans l'histoire du gang allemand. Et il faut reconnaître que la mélopée mélancolique psalmodiée par la dénommée Sofia Portanet confère une aura spectrale qui bonifie le morceau dynamisé par un riff vibrionnant. Pour apprécier complètement la proposition, il faut bien sûr s'accommoder du chant hurlé aux intonations peu variées de Petrozza, là aussi rien de nouveau mais le flow du daron peut fatiguer à la longue.
Néanmoins, ce dernier parvient à surprendre à l'occasion de la piste finale, amorcée comme il se doit depuis Enemy of God (2005) par une série d'arpèges entrecoupés de coups de grosse caisse annonçant un thème guerrier à tempo lent. Les guitares crissent et dissonent, suggérant l'imminence de la fin du monde. Plutôt que concocter un ultime tumulte, la horde d'Essen ménage une tension sourde en soutien à un discours pré-apocalyptique égrené sur une trame mélodique qui n'est pas sans rappeler The Cube de Supuration et boucle avec l'introduction acoustique du recueil. Le Rhénan habituellement vociférant fait également le coup du chanté parlé sur "Pride Comes Before the Fall", moins marquant bien que vivifié par les sprints virtuoses de Sami Yli-Sirniö. Le guitariste finlandais compense partiellement l'écriture moins fulgurante du trois-à-la-suite "Crush the Tyrants"-"Strongest of the Strong"-"Become Immortal" dont les scansions scolaires relevant tantôt du melodeath tantôt d'un heavy metal commun neutralisent la fougue des tontons teutons, surtout quand des chœurs pseudo-héroïques à la Blind Guardian s'en mêlent.


Une fois recensées les déviances aussi rares que timides – une dame qui chante, une conclusion (faussement) apaisée – le constat concernant le millésime 2022 de Kreator est simple : la formation germanique n'a quasiment pas bougé depuis sa précédente réalisation. Et celle d'avant. Et celle d'encore avant. Y trouvera probablement son compte le public amateur de vélocité teigneuse ayant besoin d'un assaisonnement mélodique pour faire passer le cocktail - bien frappé, le cocktail : les fondamentaux du melothrash concocté par les vétérans sont en tous points respectés. Assez chiche en séquences mémorables, Hate über alles risque cependant d'avoir plus de mal à séduire celles et ceux qui espéraient une variété autre que le positionnement du levier de vitesse.

Un commentaire ? Un avis ? C'est ici.



The flu that had the planet coughing at the beginning of the decade had no reason to spare the music world, so much so that even the kings of metal brawl had to lower their fists against the microscopic enemy. Many releases were postponed and it is after a record wait of more than five years that Kreator delivers its fifteenth album. Does this delay to release coincide with a period of reflection, the first signs of a change in style? Nobody believes that.

In order to beef up their new stuffing, the European thrash metal's bosses have called on Arthur Rizk, guitarist with the epic Sumerlands and Eternal Champion but also involved in the sound of many confidential heavy/ thrash releases (Afflictive Nature, Dirt Merchant, Goat Semen (from Peru)...) as well as others more known (Cavalera Conspiracy, Power Trip) while waiting for the next deliveries of Soulfly and Municipal Waste scheduled for this summer. The arrival in 2019 of bassist Frederic Leclercq (Sinsaenum, Loudblast) after his departure from Dragonforce, replacing Christian "Speesy" Giesler, could reinforce the crazy hypothesis of a foray into power metal. The opening of the tenderly titled Hate über alles immediately sweeps away this preposterous theory. The martial blockbuster-like opening, as the band has been doing since Phantom Antichrist (2012), is followed by a frenetic riff played at a fast pace. Mille Petrozza launches one of his famous screams that kill - well, that hurt, we are no longer in the era of Extreme Aggression - before moving on to a verse quickly dispatched and then take advantage of a drop in tempo to scream the title like a slogan of demonstration. Then follows a supersonic and melodic solo, caught up by the chorus hammered until the end. In short, very classic - the patriarchs have been doing this for twenty years (forty, if we remove the word "melodic" from the previous sentence).
Several compositions are based on the same model, such as "Killer of Jesus", even faster, vitrified by a vocal that goes even more off the rails and lead by an even more pronounced slowdown on the chorus, a gimmick that invariably breaks the dynamics. However, the virulent eighties thrash riff makes the pill pass, as well as the rare harmonic modulation on "Conquer and Destroy" or the fervent melody of "Demonic Future". The choruses, on the other hand, are not very striking, except for the one of "Midnight Sun", a single we can hear a female singer - a first in the history of the German gang. The melancholic melody chanted by Sofia Portanet confers a spectral aura that enhances the track energized by a vibrating riff. To fully appreciate this song, we must of course accommodate the screamed vocals with little varied intonations of Petrozza, there too nothing new but the flow of the boss can get tired in the long run.
Nevertheless, he manages to surprise on the final track, started as it should be since Enemy of God (2005) by a series of arpeggios interspersed with bass drum blows announcing a slow tempo war theme. The guitars crunch and are dissonant, suggesting the imminence of the end of the world. Rather than concocting an ultimate tumult, the Essen horde spares a dull tension in support of a pre-apocalyptic discourse ginned up on a melodic framework that is reminiscent of Supuration's The Cube and loops with the collection's acoustic introduction. The usually vociferous Rhenish also does the spoken word on "Pride Comes Before the Fall", less striking although invigorated by the virtuoso sprints of Sami Yli-Sirniö. The Finnish guitarist partially compensates for the less dazzling writing of the three-in-a-row "Crush the Tyrants"-"Strongest of the Strong"-"Become Immortal", whose academic scansion, sometimes melodeath and sometimes common heavy metal, neutralize the ardor of the Teutonic legends, especially when pseudo-heroic choirs a la Blind Guardian get involved.


Once the rare and timid deviations are taken into account - a lady singing, a (falsely) appeased conclusion - the observation concerning Kreator's 2022 vintage is simple: the Germanic formation has hardly moved since its previous production. And the one before. And the one before that. The audience, who loves the velocity of the band and needs a melodic seasoning to make the cocktail go down well, will probably find it to their liking: the fundamentals of the melothrash concocted by the veterans are respected. Quite lacking in memorable sequences, Hate über alles might however have a harder time seducing those who were hoping for a variety not limited to the positioning of the gearshift.


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