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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 25 avril 2022
Sa note : 14/20

LINE UP

-Andrea "P." Petucco
(chant+guitare+violon)

-Matteo "G." Gresele
(guitare)

-Matteo "B." Bernardelle
(basse)

-Andrea "S." Stefani
(batterie)

TRACKLIST

1) Sub Specie Aeternitatis
2) Inexorably Ousted Sente
3) Coincidentia Oppositorum
4) Imperative Imperceptible Impulse
5) Horror Vacui
6) Human Interface to no God

DISCOGRAPHIE


Ad Nauseam - Imperative Imperceptible Impulse
(2021) - death metal Abscons - Label : AvantGarde Music



« Ah ben c’est queq’chose ! » Ainsi éructa Robert. Car il en connaît un rayon en choses, Robert. Et il n'est pas né de la dernière pluie, Robert. D’ailleurs, il est fort en pluie aussi. Mais il s’égare facilement, Robert. Focus. Ad Nauseam donc. Robert, on lui a conseillé car il aime dire qu’il est dur, même si au fond de son cœur il est quand même un peu doux. Mais ça, il le dira jamais à personne ! Un dur à cuire, forgé dans le roc. Et Ad Nauseam, on lui a dit que c’est l’Italie absconse. Il sait pas ce que ça veut dire « absconse », mais ça sonnait dur. Alors il s’est lancé. Il a pris cher.

Dissonances. Blast. Changements multiples. Polyrythmie. Tachycardie. Ok, pour Robert ça fait beaucoup, ces conneries. Il s’attendait pas à ça. Il comprend pas. Ça part dans tous les sens, c’est dur ça oui, mais c’est pas brutal. Il a mal. Il est en PLS. Et le pauvre sera accompagné par toute une cohorte de compagnons metal. Oui, Imperative Imperceptible Impulse (rien que le nom de l’album est un sacré indice du degré de philosophie des gusses) n’est pas fait pour le manant. On entre dans l’écoute admirative de ce morceau comme dans un sentier rugueux à flanc de montagne au dénivelé intimidant : humble. Et concentré, la glissade menace à chaque pas. Que les choses soient claires, personne ne comprendra cette sortie au pied levé. Seulement après l’empilage des écoutes en retient-on le corps. On perçoit les traits de compositions. Ils sont au moins au nombre de deux. Le premier, une fascination pour avancer dans les accords inattendus. Accoler des parties a priori ignorantes l’une de l’autre. Le deuxième, plaquer des accélérations sur le rythme, le découpage, la dynamique de jeu, jouer sur les temps.
On comprend que Robert soit hagard. On avance les tympans endoloris dans cette succession à la fois identique et morphique en permanence. Le creuset est très clairement défini le long des six abus auditifs mis à notre déraison. Pour autant, cela se fait dans la désunion totale. Fil d’Ariane. Vous allez devoir le chercher et le trouver. Car il existe pour de vrai. Imperceptible (tiens tiens), ténu et indispensable. L’on découvre des mélodies cachées malgré l’abrasivité maladive. N’en espérez pas un déluge d’effluves sucrées, évidemment. Leur simple présence suffit pourtant à rassurer sur les intentions finales des Italiens : produire de la musique. Musique dotée d’un enrobage aussi unique que son expression. Jugez. Ils sont allés jusqu’à créer leurs propres instruments de musique pour en tirer les sonorités les plus parfaitement cohérentes à leur vision de l’enveloppe sonore. Ils ont enregistré eux-mêmes leurs pièces d’orfèvre afin d’en exposer les moindres détails, parfaire la dynamique du master et créer un rendu quasi vivant tant il est organique. Les saturations sont faibles et ne sont pas sans rappeler la particularité de Beaten to Death.
Musicalement, Robert, malgré ses connaissances encyclopédiques, est perdu. Pourtant s’il était plus curieux, il saurait qu’il entend poindre le Deathspell Omega le plus dissonant de Drought. Ou le Gorguts ultra sec de Colored Sands. Et aussi forcément Ulcerate. Toutes proportions gardées à chaque fois. Ad Nauseam se place constamment un peu à côté de tout avec cette production si épurée, très peu saturée. Ses compositions demeurent également uniques dans cette volonté constante de progression, de faire vivre la musique pour l’amener à une stade supérieur, à l’étape suivante. Aussi technique soit-il, cet album est finalement peu démonstratif, ce qui est tout à son honneur et un tant soit peu… abscons au vu de ce qui passe par nos cages à miel. Une expérience unique vraiment, au-delà de la musique quasiment tant nous sommes ballotés sauvagement en même temps qu’avec toute la délicatesse du monde rendue possible par l’esprit free jazz qui habite cette parade.


Robert a fini. C’est juré, on l’y reprendra plus. Il n’a rien compris, n’arrive toujours pas à comprendre. Robert il a même dit qu’il ne serait plus un dur désormais. Il laisse ça aux fous. Lui, dorénavant, il va écouter Sonata Arctica et Nightwish. Et puis même les durs, ils ont du mal. Il le sait, il les a entendus le dire.





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