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CHRONIQUE PAR ...

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Cosmic Camel Clash
Cette chronique a été importée depuis metal-immortel
Sa note : 12.5/20

LINE UP

-Patrick Scantlebury
(guitare+claviers)

-Øyvind Sundstrøm
(guitare)

-Stein Erik Svendheim
(batterie)

TRACKLIST

1)A Survey
2)The Expulsion
3)Sins of Omission
4)...But A Memory
5)Mausolos
6)Curtainraiser
7)Mandaughter
8)Nebolous Termini
9)Cone

DISCOGRAPHIE


Frantic Bleep - The Sense Apparatus
(2005) - metal prog - Label : Earache Records



Frantic Bleep est un groupe de Norvégiens qui se prennent beaucoup la tête. Mais alors beaucoup. Ce groupe de métal progressif est composé d'individus ne manquant certes pas d'imagination ni de bonne volonté, et qui en plus se permettent d'être de bons musiciens. Les jeunes pousses dans le domaine du prog étant assez rares, Frantic Bleep mérite que l'on s'intéresse à son cas. The Sense Apparatus est un album ambitieux musicalement, mais qui pêche par excès de zèle à mon humble avis.

Premier chapitre: la production. Sans être particulièrement massive ou marquante, elle est de bonne facture et s'adapte bien aux nombreux changements de registres du groupe. Les passages heavy sont brutaux, les passages mélodiques éthérés sont lisses et aériens, enfin bref on peut dire que tout ça est pertinent. Au niveau des instruments la guitare est la grande gagnante, avec un son un peu gras et légèrement «trop» saturé très agréable, plus quelques «murs sonores» ici et là. La basse est un pur soutien, et si on peut l'entendre en tendant l'oreille, ni le son ni le jeu ne retiennent réellement l'attention. Les nappes de claviers sont parfaitement intégrées. La batterie sonne bien quoique peut-être mixée un peu trop en arrière, mais c'est là chipoter car caisse claire, grosse caisse et cymbales sont parfaitement discernables. La production du chant est bonne sans être parfaite, car elle manque de puissance par moments, mais j'y reviendrai.

Pour ce qui est du niveau des musiciens, on est ici devant un groupe de pros, pas d'erreur possible. Le riff d'ouverture du premier titre, "The Expulsion", fait très Symphony X, et les différentes parties rythmiques et lead parsemant cet album sont toutes d'un niveau honorable au moins. Le chanteur est un cas particulier. Il oscille entre un chant clair doux et agréable et un chant black beaucoup moins fréquent et très spécial: point d'agressivité ni de haine ici, on est plus dans un chant malsain et décadent à la Mayhem, référence renforcée par les passages parlés (comme dans "Grand Declaration Of War"). C'est assez inattendu, surtout que le reste de la musique n'a rien de black! Les passages pop et mélancoliques sont le point fort du groupe, avec ce chant clair qui rappelle par moments Akerfeldt d'Opeth. Les chœurs sont extrêmement réussis et soignés, et ceci tout au long de l'album. Par contre, dans certains passages où il ne se double pas lui-même, le chanteur fait preuve d'un manque flagrant de puissance dans son chant clair, comme sur le titre "Sins of Omission". On le sent doué, mais il lui manque le «petit plus» qui lui permettrait de resplendir. Le batteur est très efficace et créatif, et soutient les compos à merveille. Vous l'aurez compris, pas de problème d'exécution chez Frantic Bleep.

L'adjectif qui vient le plus rapidement quand on tente d'évoquer la musique de Frantic Bleep est «cérébral». C'est vraiment très très pensé, complexe, «break sur break sur break», avec moult changements de tempo et de style. Il semble que pour préserver l'unité de ses compos le groupe ait opté pour une «recette» de composition: trouver un riff particulièrement parlant et s'en servir comme pivot pour chacun de ses titres. Donc la plupart des chansons fonctionnent selon le même schéma: riff alambiqué d'ouverture, puis variations, puis breaks mélodiques dépressifs toujours très jolis, avec des retours fréquents au riff d'ouverture histoire que l'auditeur s'y retrouve. Au niveau des influences c'est varié, avec des réminiscences de métal gothique à la Moonspell ou Paradise Lost ici et là (surtout quand le chant est grave), une touche fort bienvenue de heavy suédois -y compris au niveau du chant- sur le titre "Mandaughter"… les amateurs de parallèles trouveront sûrement également des éléments rappelant Pain Of Salvation ou Devin Townsend, je les laisse chercher.

La démarche de composition de Frantic Bleep atteint d'ailleurs ses limites par ce biais: les chansons sont hachées, et il semble que le groupe n'a pas osé développer son approche jusqu'au bout. Si ça avait été le cas, ils nous auraient gratifiés de titres de dix minutes dans la grande tradition prog, mais ici les titres sont d'un format «juste» long, entre cinq et six minutes pour la plupart. De fait, chaque plan proposé par le groupe n'a pas vraiment le temps de se développer avant de brutalement laisser la place à un autre, et on se retrouve souvent frustré. Il suffit qu'un plan apparaisse comme particulièrement réussi pour qu'il soit interrompu par un break, et l'approche d'aller-retour plan principal-plans secondaires décrite plus haut ne pallie pas ce problème.

On a souvent l'impression d'être face à un groupe trop cérébral, ayant absolument voulu nous prouver sa science des transitions (indéniable) au détriment de la dynamique des chansons. Un titre comme "Nebolous Termini" semble sans queue ni tête, et on se demande où ils veulent en venir: ça ne décolle jamais, et se contente d'être une suite d'expérimentations souvent assez réussies… Mais ce n'est pas en collant des plans à la suite les uns des autres que l'on écrit une chanson! On note également la présence de plans creux et pompeux, où le groupe semble se prendre vraiment très au sérieux. Le dernier titre est raté, c'est un genre d'outro lente et pénible intitulée "Cone" (fallait pas en fumer tant que ça!), et on peut malheureusement compter pas mal de passages «prétentieux» dans ce disque, qui rabaissent sa qualité.

Pour conclure, le cas Frantic Bleep est complexe à juger. Le groupe présente de réels points forts, en particuliers dans ses très nombreux passages mélodiques/pop toujours réussis, avec d'excellents chœurs. Les parties de guitare sont en général inventives, et le groupe ne tombe jamais dans la démonstration technique stérile, travers propre aux groupes évoluant dans ce genre musical. Mais l'inaptitude de Frantic Bleep à créer une musique réellement entraînante est un handicap de poids, et il lui faudra travailler pour faire disparaître cette impression de «décousu» qui envahit la plupart de ses compos. Il serait dommage que Frantic Bleep ne dépasse jamais le stade du groupe «à moments», à savoir capable de coller la chair de poule à un auditeur trois fois par chanson mais jamais sur un titre en entier. De plus, le groupe n'est pas à mon sens assez varié d'une chanson sur l'autre au niveau des structures. Trop de breaks tuent le break, et c'est en essayant d'être imprévisible à tout prix que Frantic Bleep en devient trop souvent ennuyeux. Accordons-leur une chance, car cet album est quand même loin d'être un ratage, et les fans de prog pur y trouveront peut-être leur compte.


A essayer.


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