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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 11 octobre 2021
Sa note : 16/20

LINE UP

-Bernadette Jean "Kelly" Johnson
(chant+guitare)

-Kim McAuliffe
(chant+guitare)

-Dinah "Enid" Williams
(chant+basse)

-Denise Dufort
(batterie)

TRACKLIST

1) Demolition Boys
2) Not for Sale
3) Race with the Devil (The Gun cover)
4) Take It All Away
5) Nothing to Lose
6) Breakdown
7) Midnight Ride
8) Emergency
9) Baby Doll (live)
10) Deadline

DISCOGRAPHIE

Demolition (1980)
Legacy (2008)

Girlschool - Demolition
(1980) - heavy metal hard rock N.W.O.B.H.M. - Label : Bronze Records



« Nous sommes devenus un groupe de filles parce qu'aucun garçon ne voulait jouer avec nous. » Celle qui parle est Kim McAuliffe, chanteuse et guitariste de Girlschool. Le machisme sans vergogne qui régnait à la fin des années soixante-dix dans le milieu musical en général et le rock en particulier aura eu au moins une conséquence positive, à savoir la création de - bons - groupes 100% féminin au caractère bien trempé. Runaways, Slits et, donc, Girlschool vont s'ingénier à prouver que la volonté de jouer dans un « band » n'a aucun rapport avec le taux de testostérone de ses membres, tout comme le talent d'ailleurs. Démonstration avec Demolition, le premier album de Girlschool.

Formation apparue en 1975 sous le nom de Painted Lady avant l’adoption trois ans plus tard du libellé de la face B d'un single de Paul McCartney & Wings, Girlschool sort une démo début 78 (avec notamment "Let's Spend the Night Together" des Rolling Stones) puis un single en novembre 79 intitulé "Take It All Away", paru sur City Records, label fondé par un ami spécialement pour l’occasion. La chanson tombe dans les esgourdes de John Peel, DJ influent de Radio One qui la passe dans son émission. Lemmy Kilmister l'entend, estime que c’est du bon rock n’ roll et décide par conséquent de prendre le quatuor sous son aile. Les filles n'ont pas entendu parler de Motörhead mais accepte le tutorat de l'escogriffe qui les fait signer chez Bronze records, le label qui abrite son gang au tournant des années quatre-vingts. S'ensuivent deux autres singles et une tournée en ouverture de la Tête de Moteur et des expérimentés Gallois de Budgie. Demolition sort en juin 1980. Quelle recette appliquer pour séduire les foules ? Est-ce bien le but, d'ailleurs ? Étrangères à l’image sexy affichée par les Runaways de Joan Jett et Lita Ford, idoles teen glam manipulées par un entourage composé de cocaïnomanes libidineux ayant deux fois leur âge, autant qu’au militantisme débridé des punkettes Slits, les Londoniennes jouent du rock - tendance lourde - ce qui leur vaut d'être affiliées de manière quelque peu abusive à leurs camarades velus de la New Wave Of British Heavy Metal qui essaiment à la même période. Le tout sans afféterie ni discours militant. D'égale à égal.
C'est en tout cas ce qui transparaît sur "Demolition Boys", énergique opener sur lequel retentit une sirène interrompue par un riff rock, tendance heavy et imparable. Entraîné par une basse à la fois grondante et groovie, une allure soutenue et un chant incisif, le morceau confirme que ces dames ne sont pas là pour prendre la relève des Supremes. Le refrain simplissime mais bien amené est tendu, la troupe donnant l'impression d'accélérer la cadence sur la deuxième occurrence, ce qui est bon signe. Un solo alerte, assez proche de ceux délivrés par Fast Eddie Clarke chez Motörhead et une conclusion dans une cacophonie de chute de matériaux divers achèvent de vivifier la prometteuse entame. Cependant, tout le recueil n'est pas fait du même métal. Non par manque de gniaque - hormis "Breakdown", toutes les propositions sont guidées par un dynamisme savoureux – mais plutôt en raison de refrains pas forcément marquants, tel celui trop aimable de "Not For Sale" pourtant menée à la baguette par une Denise Dufort métronomique, ou dont la répétition finit par lasser - sur le sinueux "Nothing to Lose" et le vicieux "Midnight Ride". "Baby Doll" ne rend pas tout à fait justice à l'énergie des Britanniques - quitte à sélectionner une face B, il aurait sûrement été plus judicieux de choisir l'obsédante "Furniture Fire", étrangement écartée de la tracklist.
En revanche, la reprise de "Race with the Devil" de The Gun permet aux jeunes femmes de montrer de quel – bon – bois elles se chauffent, bien aidées il est vrai par le riff infernal de ce semi-classique de 1968 ainsi que par la production claire de l'expérimenté Vic Maile, qui avait travaillé en tant qu'ingénieur du son pour des pointures telles que The Who, Led Zeppelin, The Kinks ou encore Jimi Hendrix, et quelques groupes punk à la fin des années 1970. Les Anglaises se montrent particulièrement convaincantes lorsqu'elles élèvent la cadence, notamment sur "Emergency", salve mordante rehaussée par le chant faussement ingénu d'Enid Williams, également détentrice d'une quatre-cordes joufflue, en opposition avec les deux bretteuses Kelly Johnson et Kim McAuliffe avec qui elle partage également le micro sur le reste de l'enregistrement. Deux solos tendus concluent brillamment l'affaire en moins de trois minutes, le genre de gourmandise qui ne peut que plaire à Lemmy. Tout comme, à n'en pas douter, le motif vénéneux du bien nommé "Deadline" en clôture, aiguillonné par un tempo rapide, une batterie alerte, une basse autoritaire, des guitares tranchantes et un chant énervé, le tout bonifié par un refrain percutant. Une fin marquante qui donne envie d'en entendre davantage.


Débuts réussis pour les pensionnaires de Girlschool qui montrent une capacité flagrante à rocker avec vigueur et talent sur leur LP inaugural. Demolition ne casse sans doute pas la baraque de la manière dont son titre et sa pochette le suggèrent mais réserve un lot fourni de séquences dynamiques et de mélodies accrocheuses. Quelques baisses de régime empêchent de crier au chef d'œuvre mais fortes de cette tentative convaincante, les quatre jeunes femmes suscitent l'espoir raisonnable que l'avenir du hard rock et du metal ne se conjuguera pas uniquement au masculin à l'orée des eighties. Et rien que pour ça, Kelly, Enid, Kim et Denise méritent une reconnaissance éternelle.



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