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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 28 septembre 2021
Sa note : 17/20

LINE UP

-Steven Victor "Tyler" Tallarico
(chant+harmonica+claviers+percussions)

-Joseph Anthony "Joe Perry" Pereira
(chœurs+guitare+percussions)

-Bradley Ernest "Brad" Whitford
(guitare)

-Thomas William " Tom" Hamilton
(guitare sur "Uncle Salty"+basse)

-Joseph Michael "Joey" Kramer
(chœurs sur "Home Tonight"+batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Scott Cushnie
(claviers sur "Big Ten Inch" et " No More, No More" )

-Jay Messina
(marimba sur "Sweet Emotion")

TRACKLIST

1) Toys in the Attic
2) Uncle Salty
3) Adam's Apple
4) Walk This Way
5) Big Ten-Inch Record
6) Sweet Emotion
7) No More No More
8) Round and Round
9) You See Me Crying

DISCOGRAPHIE


Aerosmith - Toys in the Attic
(1975) - hard rock - Label : Columbia



Un album pour montrer son aptitude à écrire de bonnes chansons, un autre pour trouver son identité : Aerosmith en est là avant la parution de Toys in the Attic, son troisième LP en deux ans – rythme effréné des seventies oblige. Quelques singles placés dans les charts permettent à la section de Boston de calmer l'impatience des pontes de sa maison de disque et de préparer l'accélération décisive qui la propulsera sur les cimes du succès. Pour en arriver là, il est indispensable de pousser les manettes un peu loin. Et un peu plus fort.

L'engin démarre pleine balle sur un riff speed et féroce, faisant place aux inflexions insolentes de Tyler qui affirme son style affûté en net contraste avec la retenue dont il faisait preuve sur le premier effort longue durée. Le refrain, rehaussé de chœurs en écho, est direct, le solo est court, le résultat est percutant. D'une énergie affolante, "Toys in the Attic" impressionne. Le duo Tyler/ Perry qui l'a composé, peu prolifique jusqu’alors, prouve qu'il peut aussi faire des merveilles à l'écriture. "No More No More", autre occurrence signée des deux fortes têtes, est moins mémorable et il faut un solo de six-cordes tendu en bout de course pour que s'estompent les influences rythm' and blues, certes sympathiques mais un peu trop aimables en cette période où il faut montrer les muscles pour s'imposer. La remarque vaut davantage encore pour "Big Ten-Inch Record", reprise d'un « dirty blues » à double sens – salace, évidemment - enregistré en 1952 par Bull Moose Jackson. Aerosmith propose une version assez fidèle à l'originale, un peu trop sans doute pour les amateurs de gros rock mais qui témoigne de la capacité du quintet à la jouer jazzy. Cette plaisante régression n'empêche nullement de se rendre compte à quel point le duo a su élever son niveau d'exigence, plus précisément sur le formidable "Walk this Way".
Batterie chaloupée à la manœuvre, riff funky inspiré des Meters mais bien plus lourd que ses modèles, scansion rapide à la guitare qui bouscule le chant sur les couplets et contraint Tyler à adopter un phrasé aussi singulier que précipité, le tout bonifié par un refrain hyper catchy : on pourra toujours tiquer sur le solo en fade out mais l'évidence est là, ce titre est un instant classic. Si tout n'est pas de cet acabit, la qualité est toutefois au rendez-vous. Ainsi "Uncle Salty", qui laisse entendre un collectif à la cool, sent fort le hamac et la fumette avant que l'ambiance ne se tende lorsque s'insinue un refrain insistant qui se duplique de manière inquiétante, faisant songer à une réminiscence du Pink Floyd époque A Saucerful of Secrets. Impression renforcée par les chœurs paranoïaques qui psalmodient inlassablement l'intitulé de "Round and Round" (« and round, and round, and round... ») tandis que des guitares crissantes zèbrent une atmosphère psychédélique alourdie par un motif à la Led Zeppelin. La mise sous tension n'est pas permanente, ce que confirme le tempo relâché d'"Adam's Apple", dont le thème grinçant finit néanmoins par impacter en raison d'une rythmique heavy qui ne connaît pas de répit – Tyler pousse un cri.
Au rayon douceurs, le client n'est pas logé à la même enseigne. Les amateur(e)s de pâtisseries saturées ont de quoi se repaître avec "You See Me Crying", ballade de clôture avec orchestre qui démarre par un joli thème au piano. Malheureusement, les vocalises acérées de Tyler ne se marient guère avec ces préciosités – malaisante montée dans les aigus juste avant le climax à mi-parcours – tandis qu'on entend à peine le reste de la formation noyée sous les cordes. Le producteur Jake Douglas a beau avoir accompli un travail remarquable sur cet enregistrement en mettant en valeur la puissance du gang, il n'est pas non plus George Martin, de sorte que l'imitation d'un bijou finement ciselé des Beatles vire au générique de fin d'un épisode de série télé du dimanche après-midi. Joe Perry tente bien de reprendre la main en dernier ressort mais son solo tombe un peu comme un cheveu sur la soupe. "Sweet Emotion" est bien plus convaincant. Avec son riff de basse obstinée qui rappelle lui aussi "Let there be more Light" de Pink Floyd, le morceau intrigue, d'autant que Perry ânonne la ligne « sweet emotion » en utilisant une talk box. Malgré une allure raisonnable, l'intensité grimpe de plusieurs crans à la faveur des interventions nerveuses de Tyler et de guitares implacables, en opposition avec un refrain délicieusement alangui. Du nectar.


Avec Toys in the Attic, Aerosmith fait davantage que franchir un cap. Grâce à une poignée de compositions d'anthologie, le groupe nord-américain change véritablement de dimension et peut prétendre intégrer le cercle des meilleurs pourvoyeurs de hard rock en ce milieu des années soixante-dix. Il ne reste plus aux cinq acolytes qu'à transformer définitivement l'essai en s'affranchissant d’influences un peu trop encombrantes afin de délivrer le chef d'œuvre qui les assoira sur l'Olympe.



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