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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 06 septembre 2021
Sa note : 16/20

LINE UP

-Nicholas "Nicky" Charles Moore
(chant)

-Paul "Samson" Sanson
(guitare)

-Chris Aylmer
(basse)

-Pete Jupp
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Ian Gibbons
(claviers)

-Jo Julian
(claviers sur "Danger Zone")

TRACKLIST

1) Danger Zone
2) Stealing Away
3) Red Skies
4) I'll Be Round
5) Test of Time
6) Life on the Run
7) Turn Out the Lights
8) Losing My Grip
9) Young Idea

DISCOGRAPHIE


Samson - Before the Storm
(1982) - heavy metal hard rock N.W.O.B.H.M. - Label : Polydor



Samson, question lose, c'est quelque chose. Son ancien chanteur, Bruce Dickinson, qui s'est barré pile au moment où le groupe se voyait proposer un juteux contrat discographique après plusieurs deals foireux, a dit de ses anciens compagnons : « dès qu'il y avait une mauvaise décision à prendre, ils la prenaient ». Pendant que celui qui se faisait appeler naguère Bruce Bruce triomphe auprès des metalheads avec Iron Maiden grâce à The Number of the Beast en cette année 1982, Paul Samson ne se laisse pas abattre par ce énième coup du sort et délivre avec ses acolytes son quatrième LP, Before the Storm. La gloire sera-t-elle enfin au rendez-vous ?

Les fans de la NWOBHM se marrent sûrement en lisant la question mais cette dernière n'est pourtant pas si incongrue. Samson a en effet livré une prestation remarquée au Reading Festival de 1981, qui n'a pas eu comme unique conséquence le débauchage de son talentueux vocaliste mais aussi de pouvoir signer avec Polydor, une maison de disque prestigieuse qui ne semble pas menacée d'une faillite imminente – ça change de la précédente. La question est de savoir si la formation londonienne en a encore sous la voûte plantaire après trois albums de bonne facture mais dont le succès est resté circonscrit aux amateurs de heavy metal locaux. Amorce tranquille malgré l'alarme liminaire, "Danger Zone" bénéficie d'un riff affûté et d'un refrain ardent, sur lequel Nicky Moore, le nouveau titulaire du micro, montre ses aptitudes... bluesy. Du blues musclé, mais du blues quand même, complémentaire de la scansion lourde que développe ses camarades, à la croisée d'un hard rock à la AC/DC et de la mouvance heavy metal à laquelle est associée Samson. Les tendances rock de ce dernier ne pouvaient trouver meilleur chantre, Moore étant un shouteur expérimenté qui roule sa bosse depuis une grosse décennie dans le milieu – il a notamment œuvré au sein de Hackensack, collectif pionnier de hard blues. Un double solo nerveux fait espérer une montée de tension qui ne viendra malheureusement pas, toutefois l'occurrence est prometteuse.
Étrangement, le démissionnaire Dickinson qui vient de s'embarquer avec le futur du metal a contribué à l'ambiance décontractée typique de la décennie précédente qui imprègne "Red Skies", l'un des trois morceaux sur lesquels l'escrimeur en spandex est crédité. Les arpèges initiaux évoquent le quart de tube "Vice Versa" qu'il enregistra avec ses anciens complices, mais la mélodie vocale est plus amicale, ornée de chœurs mignons dont on a du mal à croire qu'ils pussent seoir à l'interprète d'"Hallowed by thy Name". Les accords acides de la six-cordes compensent quelque peu cet accès d'émollience alors que "Turn Out the Lights" et "Losing My Grip", les deux autres compositions co-signées Dickinson se révèlent plus énergiques - dommage que la première dont le thème nerveux rappelle "Street Fighting Gang" de Saxon soit dotée du seul refrain fade de la réalisation tandis que les « nanana » qui rythment la seconde se font un peu trop répétitifs. D'une manière générale, une louche de puissance supplémentaire en faveur de la guitare aurait sûrement été appréciée par les jeunes gens qui se sont entichés des formidables Tygers of Pan Tang, Diamond Head, Holocaust et consort.
Néanmoins Paul Samson se débat comme un beau diable et dynamite le frustrant "I'll Be Round" qui débute tel un Whitesnake circa 1980 (du bon, donc) avant de se terminer en queue de poisson sans même un solo, contrairement au fougueux "Life on the Run" dont le riff basique est rattrapé par la basse qui tagadade, des couplets alertes et un refrain une fois de plus délectable, avec variation harmonique et chœurs. C'est d'ailleurs lorsque le quatuor lâche franchement les chevaux qu'il suscite le plus d'enthousiasme. Ainsi sur "Stealing Away", emmené par le galop de la quatre-cordes du fidèle Chris Aylmer qu'aiguillonne une guitare au tranchant et aux chromatismes très AC/DCiens – encore un superbe refrain – et sur le carrément speed "Test of Time", tonifié par les inflexions nerveuses de Moore et le riff mordant décoché par Samson : l'alliage entre la chaleur seventies et le heavy moderne en pleine explosion n'est pas loin d'être parfait. Before The Storm est conclu par un bel accès de mélancolie, une ballade intitulée "Young Idea" sur laquelle la troupe trouve l'équilibre entre tendresse (si) et vigueur, jusqu'à ce que Paul Samson fasse tout péter en appuyant à fond sur l'accélérateur - pas celui d'une Lamborghini mais tout de même – méchant baroud d'honneur avant un retour au calme puis un fade out qui freinent le bel élan.


À la croisée des chemins, tandis que sa carrière a besoin d'un coup de fouet salutaire, Samson tente l'évitement en proposant une synthèse entre le hard rock bluesy des années soixante-dix incarné par son nouveau chanteur et la dureté d'un heavy metal en pleine mutation. Sorte de passerelle entre le Ready An' Willing de Whitesnake et Point of Entry de Judas Priest, Before the Storm n'a sans doute pas l'aura de ces deux œuvres majeures - le budget mis dans la production n'est clairement pas le même - mais offre d'agréables moments, entre mélopées sensibles et accès rageurs. En résulte un objet étrange, attachant et un peu hors sol – anachronique pour tout dire, tandis que des hordes de fous furieux venus du Nouveau-Monde s'apprêtent à ravager estrades et enceintes. Mais en attendant l'orage, il n'est pas interdit de goûter une dernière fois aux délices doux-amers du monde d'avant.



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