18763

CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 04 septembre 2021
Sa note : 20/20

LINE UP

-Sabine Lutzenberger
(chant)

-Ernst Horn
(claviers+programmation)

Ont participé à l'enregistrement :

-Susann Weiland
(chant)

-Jan Harrison
(violon+hautbois+cornet)

-Uschi Laar
(harpe)

-Riccardo Delfino
(vielle à roue)

TRACKLIST

1) Funerali
2) Les Habitants du Soleil
3) Omnis mundi creatura
4) Begirlich im den Hertzen Min
5) Je chante par Couverture
6) Gegen einen Teufel
7) Fama Tuba
8) Lösespruch
9) Sancte Sator
10) Du bist Min
11) Do tagte ez
12)  Les Habitants du Soleil (reprise)
13) Iuvenes
14) Selig

DISCOGRAPHIE

Helium Vola (2001)

Helium Vola - Helium Vola
(2001) - ambient neoclassique - Label : Chrom Records



- C’est là que je veux en venir, madame. Je sais que le diable est le seigneur de ce triste royaume. Je ne suis cependant pas certain qu’il existe un ailleurs plus clément. Et si nous n’avions que cela ? demanda-t-il d’une voix tremblante.
Frédéric désigna du doigt les montagnes au-dessus desquelles s’amoncelaient les nuages noirs qui amenaient l’orage. Ermessende le suivit du regard et tous deux s’abîmèrent à nouveau dans le silence.*

« Nous appartenons définitivement à la terre. » Cette phrase, tirée des "Habitants du soleil", illustre la malédiction dont nous sommes victimes, la puissance du joug que nous impose le seigneur de ce triste royaume, pour reprendre l'expression de Frédéric. Et nos ébauches de rébellion sont vaines. Nos maigres tentatives pour rejoindre les Cieux se voient immédiatement contrecarrées par la fatale pesanteur. Mais malgré tout… Comment ne pas être pris d’un fol espoir en écoutant Sabine chanter ? L’amertume reflue un instant. Le cœur s’apaise. Helium Vola apaise autant qu’il électrise. Le néoclassique célestiel n’était pas une nouveauté en 2001, l’intégration de beats secs comme la terre noire non plus. Ernst le sait, lui qui fut impliqué dans d’autres projets brillants comme Deine Lakaien ou Qntal. Mais là, on confine au sublime. Helium Vola fait la part belle aux titres où Sabine l’Impératrice règne sans partage, en allemand ou en français – l’enchaînement "Begirlich in dem Hertzen min", "Je chante par couverture" n’a pas d’équivalent dans le monde de la musique.
Néanmoins, une partie significative de l'album se base sur des morceaux où chœurs et beats dominent l’ensemble – les deux classiques "Omnis mundi creatura" et "Selig" en premier lieu, mais également "Faba Tuba", par exemple. C’est qu’elle cède de bonne grâce sa place, Sabine. Aucune trace d’ego mal placé sur ce chef-d’œuvre où le duo se met absolument au service d’une belle cause : la complétude musicale, le fameux mélange entre résignation et espoir, ciel et terre, ombre et lumìère. Helium Vola nous réserve des moments ténébreux ("Gegen einen Teufel", "Sancte sator" ou le mélancolique et presque metal "Do tagte ez"), mais ressort toujours en pleine lumière. Une lumière automnale, douce et désarmante qui fait fondre notre âme et nous plonge dans un état de stupeur. Comment ne pas frissonner en écoutant "Du bist Min" ou "Minne und Treue" ? Alors, bien sûr "Selig", bien sûr "Omnis...", mais Helium Vola va tellement plus loin. Tellement plus loin… Les œuvres de Deine Lakaien (quel premier album grandiose…) ou Qntal possèdent leur moments extraordinaires, mais à mon avis, aucun n’atteint ce degré de perfection. La perfection n’est pas de ce monde ? Helium Vola non plus.

Pourtant, la duchesse ressentait les mots qui tournoyaient dans son esprit. Et si nous n’avions que cela ? Je ne sais pas, je ne sais pas, se répétait-elle. Elle aurait voulu chasser cette idée comme l’on écarte un insecte bourdonnant du revers de la main. Et si nous n’avions que cela ?*

*Un grand merci à Céline Rosenheim, qui m’a autorisé à utiliser un extrait de son roman Consolament pour l’intro et l’outro de la chronique.



©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 7 polaroid milieu 7 polaroid gauche 7