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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 03 septembre 2021
Sa note : 15/20

LINE UP

-Scott Holderby
(chant)

-Danny White
(guitare)

-Jim Taffer
(guitare)

-Arthur Liboon
(basse)

-Gannon Hall
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Charles "Chuck" Billy
(chœurs)

-Ken Elkinton
(chœurs)

-Sothira Proudflesh
(chœurs)

-Paul Moraga
(chœurs)

-John Bryant
(chœurs)

-Rich Wilde
(chœurs)

-Andrew "Andy" Anderson
(chœurs)

-Michael "Mike" Coons
(chœurs)

-Aaron "DJ Pause" Vaughn
(claviers+platine sur "Every Day's a Holiday" et "Super Freak")

TRACKLIST

1) State of Mind
2) Spectacle of Fear
3) Every Day's a Holiday
4) Spellbound
5) Sever and Splice
6) The Artist
7) Shatter
8) Reckless Abandon
9) Super Freak (Rick James cover)
10) Numb

DISCOGRAPHIE


Mordred - Fool's Game
(1989) - thrash metal fusion - Label : Noise Records



Toutes les escouades virulentes ayant contribué à mettre la Bay Area de San Francisco sur le devant de la scène dans les années quatre-vingts n'ont pas eu la même destinée, ni les mêmes ambitions, que Metallica ou Megadethni le même talent », ajouteront ceux qui ont eu le cran d'écouter Hirax). Mordred fait partie de ces gangs errant dans les ruelles mal éclairées d'une semi-gloire précaire, dispersable au moindre coup de vent. Heureusement, la troupe californienne dispose de quelques atouts lui permettant de se distinguer du tout venant thrash, qu'elle expose sur Fool's Game, premier LP paru alors que la décennie dorée touche à sa fin.

Après une première démo qui fleure bon le suivisme de gamins écumant les concerts de leurs idoles, l'affaire prend une tournure plus originale avec l'arrivée du chanteur Scott Holderby et d'un... DJ, Aaron "Pause" Vaughn. Celui-ci ne fait pas partie officiellement de la formation et n'apparaît que sur deux titres de Fool's Game. Il faut admettre pourtant que ces derniers figurent parmi les plus marquants de la réalisation. Gimmick funky, scratchs et basse slapée : "Every Day's a Holiday" ne ressemble pas vraiment à "Strike of The Beast" d'Exodus et le refrain irrésistible contribue à la réussite de ce morceau décontracté. Les intonations flûtées de Scott Holderby sont parfaitement adaptées à cet plaisant mélange – il y a aussi des guitares suffisamment énergiques pour rappeler que si Noise Records, le label phare du thrash allemand en quête de nouveaux territoires, a signé le collectif, ce n'est pas complètement par hasard. En revanche, la reprise du hit "Super Freak" de Rick James, l'autre occurrence sous influence funk, trop lourde, convainc moins. La faute en partie au jeu dénué de groove du batteur Gannon Hall qui s'applique essentiellement à taper fort sur tous les temps et aux inflexions nasillardes d'Holderby en mode branleur de la Côte Ouest. Si ces dernières, peu communes dans la sphère thrash où la puissance est le maître-mot, apportent une coloration spécifique à Mordred, elles peinent à renforcer le dynamisme des compositions. La majorité d'entre elles progressent à la faveur de riffs saccadés typiques du thrash metal déroulés par des gardiens du temple tels que Exodus et Testament, en moins véloces mais pas forcément moins énergiques.
Ainsi, "Reckless Abandon" qui évoque les premiers Megadeth et surtout "Shatter" avec son refrain accrocheur incitent à se secouer rudement la couenne mais finissent par frustrer, en raison du manque de coffre du vocaliste qui ne parvient pas à les transcender. Néanmoins, celui-ci n'est pas le seul responsable du son « en-dedans » de l'enregistrement, les guitares quelques peu étriquées n'étant pas particulièrement avantagées par le mixage, à l'exception notable des solos, tous excellents. Ce sont eux qui rattrapent les refrains respectivement plat et balourd de "Spectacle of Fear" et "Sever and Splice" de même que le confus "Numb" en clôture. Autre instrument mis en valeur : la basse d'Arthur Liboon, qui tour à tour gronde et claque, rehaussant le rapide "Spellbound" rescapé des démos ou encore "State of Mind" en ouverture, dont la coda en fade out sur une rupture ingénieuse à la "Good Mourning/ Black Friday" (Megadeth, toujours) mais peu exploitée fait naître quelques regrets. L'alchimie fonctionne davantage sur "The Artist", durant lequel les six-cordes de Danny White et Jim Taffer se font successivement mélodiques et tranchantes, préparant le terrain à un refrain tendu et ponctué de chœurs en mode uppercuts à l'instar des autres pistes. Une accélération vivifiante et un solo encore meilleur que d'habitude se finissant en twin achèvent d'en faire l'un des moments forts du recueil.


À l'orée des années quatre-vingt-dix, le thrash metal mute et Mordred participe au processus. Bien que le groupe de Frisco respecte les règles de base, il profite de son essai inaugural pour s'évader ponctuellement vers des contrées funk/rap inédites dans le milieu. À rebours de la tendance technique et brutale incarnée par Dark Angel et Vio-lence, le quintet privilégie la mélodie à la férocité, à l'image de son chanteur fluet et si tout n'est pas encore complètement en place et pleinement inspiré, le potentiel affiché sur cet attachant Fool's Game fait naitre de réels espoirs quant à la diversification bienvenue du genre initié par Metallica.



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