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CHRONIQUE PAR ...

98
Tabris
Cette chronique a été mise en ligne le 03 septembre 2021
Sa note : 19/20

LINE UP

-Björn Ove Ingemar "Speed" Strid
(chant+chœurs)

-Anna-Mia Bonde
(chœurs)

-Anna Helena Brygård
(chœurs)

-Carl David Natanael Andersson
(guitare)

-Carl Henry Sebastian Forslund
(guitare+percussions)

-John Fredrik "Manhattan" Lönnmyr
(claviers)

-Charles Petter "Sharlee D'Angelo" Andreason
(basse)

-Jonas Källsbäck
(batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Rachel Hall
(violon)

-Björn Gunnar Rasmus Ehrnborn
(percussions)

-Johan Coma Courten Svensson
(percussions)

-Thomas Plec Johanson
(ring modulator)

TRACKLIST

1) Violent Indigo
2) Midnight Marvelous
3) How Long
4) Burn for Me
5) Chardonnay Nights
6) Change
7) Amber Through a Window
8) I Will Try
9) You Belong to the Night
10) Zodiac
11) White Jeans
12) Moonlight Skies
13) Reach Out (Cheap Trick cover - bonus track)

DISCOGRAPHIE


The Night Flight Orchestra - Aeromantic II
(2021) - hard rock hard FM - Label : Nuclear Blast



(For English version, scroll down)

Journal de bord - J1 - Tabris

« Qu'est-ce que c'est ?
Quelque chose que tu n'imagines même pas.
Qu'est-ce que ça fait?
ça change ta perception du monde...

Toi qui as dérobé aux gouffres électriques, les faisceaux du bonheur et la clef de ton sort, rejoins-moi, je t'attends, et prenons notre essor vers le feu qui t'avive, toi, l'ambre magnétique
»


C'est ainsi que nous nous l'étions imaginée. Tu te souviens ? Nous n'avions pas pu résister à la tentation de coucher sur le papier un peu de cette histoire brossée aux sonorités des émouvantes nappes musicales qui l'avaient initiée. Nous avions tissé une intrigue pour son voyage galactique, et pris à cœur son rêve un peu fou. Mais quel amoureux n'est pas un temps perdu dans l'espace ? Satellite voué à tourner autour des autres planètes ? Depuis, je guettais avec impatience la collision de son arrivée dans la stratosphère, avide de découvrir l'éclat intense de son regard quand elle contemplerait enfin notre univers. Et toi ? N'as-tu pas eu aussi le visage collé à la fenêtre certains soirs ? Quand l'aiguille touchait le sillon du disque bleu ? Et la voilà enfin, se glissant entre ciel et mer, entre accord majeurs et mineurs, tendant la main, nous invitant à quitter le sol et à la rejoindre dans son élan au cœur de la zone crépusculaire, vers l'horizon infini. Je suis si heureuse de la voir enfin. Poussières d'étoiles dans son sillage. A bord du vaisseau mère NFO. Viens. Pour un instant, peut-être seulement, la gravité est défiée. Le ciel change de couleur, j'ai envie de partir, loin, très loin.

Journal de bord – J2 – Merci foule fête
Amber est inquiète. « Vous savez, chaque dématérialisation, chaque recomposition, chaque nouveau voyage est une nouvelle naissance pour moi. Je redeviens un être originel, dénué de peurs et de souvenirs. Je me sens grisée. Tout est fulgurant, en moi, dehors, partout. Et pourtant, je sens la mélancolie des histoires précédentes remplir mon âme de ses mélopées tenaces. Par conséquent, cette course est la plus dramatique de ma vie ». Le bleu du ciel s'est obscurci d'une charge inédite dès que le vaisseau l'a déchiré. "Violent Indigo", qui rappelle d'autres amorces héroïques. Toutes les autres. Celle-ci semble plus dangereuse, toutefois. Alors Amber veut se rassurer. Elle convoque quelques séquences du passé répondant aux noms de "California Morning" et "This Boy's Last Summer" afin de se composer un "Minuit Merveilleux". Elle aime entendre ces tambours obstinés, la basse qui gronde gentiment et le thème enjoué, d'une familiarité réconfortante. Cette aimable régression l'aide à passer le cap de l'accélération, celle qui la mènera vers un nouveau zénith. Nous voilà projetés avec elle dans une boucle synthétique, secouée par des embardées qui trahissent la nervosité de M. Andersson, le conducteur en chef du vaisseau et celle de M. Strid, le capitaine qui hausse le ton dès qu'il perçoit le parfum irrésistible de l'aventure. « How Long ? » Amber explique : « Il fait semblant de demander, mais il connaît déjà la réponse : tout le trajet. La tension ne redescendra plus, comme une attente à la fois insoutenable et perpétuellement comblée. Même quand la vitesse diminuera. Ce qui n'est pas pour tout de suite... »

Journal de bord – J3 – Tabris
Combien de temps ? Mais c'est que depuis le poste d'observation on ne se lasserait pas de contempler le paysage. Amber s'en amuse, elle qui a les mains remplies d'étoiles filantes. Mais il y a décidément quelque chose d'ensorceleur à fendre ainsi l'air à pleine allure. Si familières qu’apparaissent ces petites lueurs juste en dessous de nous, autant de cités alanguies sur des toiles tissées de mots, de sons, de souvenirs, d'interdits, c'est le jour pour lui-même qui s'efface pour découvrir une note de paradis perdu. À la faveur de courbes fendues de chemins secrets, de sommets aigus d'assaut audacieux et de précipices d'ombres mélancoliques. Tout un crépuscule qui se déploie en la vision fabuleuse d'un ailleurs qu'il semble soudain urgent de rejoindre. Et l'audace éhontée avec laquelle nous frôlons chaque nouvelle ligne pour nous enfoncer plus avant dans la nuit brûlante n'est que dangereusement excitante. L'idée même de retrouver plus tard l'aube, de refranchir la ligne, est repoussée farouchement au loin par ce souffle mordant qui vient nous caresser la joue. Amber en éclate d'un rire délicieusement contagieux. Et la cabine du vaisseau explose soudain d'une joie fébrile. « Burn for Me » nous glisse-t-elle alors comme un mantra en nous prenant par la main pour nous entraîner dans un tourbillon de délicieuse frénésie nocturne.

Journal de bord – J4 – Merci foule fête
Le réveil a été difficile après la nuit débordant de transe et d'émotion que nous a réservée Amber. Nous n'étions pas vraiment surpris, du reste : depuis qu'elle a pris son envol, au propre comme au figuré, lors de son troisième périple, Amber a pris l'habitude de se laisser posséder par une exaltation ô combien communicative, en opposition tragique avec les doutes qui l'assaillent. Quelques verres de Chardonnay ont suffi à déclencher de francs déhanchés sur une mélopée faussement légère, comme celle qui la mettait dans tous ses états sur "Paralyzed", l'une de ses chansons favorites. Maintenant, l'heure n'est plus à la danse. Un étrange parfum de nostalgie flotte dans les coursives, évocation tenace des traversées effectuées à bord du Toto 78, prestigieuse embarcation ayant servi de modèle au vaisseau-mère NFO. Cette réminiscence d'un âge d'or révolu est trompeuse, cependant : « Le Changement a déjà commencé » souffle Amber, dans la conscience alourdie de l'hypnopompe. « Je vous avais prévenu : je serai dramatique pendant ce voyage. Celui-ci vous plaît, j'espère ? »

Journal de bord – J5 - Tabris
Que oui, il est même fascinant. Il m'offre même cette illusion. À travers un hublot, le tableau chatoyant continue de défiler sous mes yeux, et d’accords mineurs en accord majeurs résonnant dans le ventre du vaisseau, ce sont des souvenirs qui viennent à présent se juxtaposer comme autant d'hallucinations sur ce présent à l'étrange teinte. C'est qu'à bord, l'on fredonne des airs qui racontent bien des histoires, des rêveries et même, de tendres mensonges offerts comme des confidences, et ils sont si malicieusement composés qu'ils offrent de revoir tant et plus, jusqu'à même cet instant précis, qui est le nôtre, cueilli à pleine mains. Tu te souviens ? Il me semble qu'une éternité s'est écoulée et pourtant, tout est à nouveau si clair, si vif. Tout est là, dans l'étreinte de cette mélodie à la fois cajoleuse et résolue, d'une trouble complicité. Est-ce la silhouette d'Amber qui se tient debout à mes côtés et qui me chante "I Will Try" ? Ou est-ce celle de cette femme sur le quai de gare, qui m'avait lancé ce regard qui voulait dire « toi aussi » ? Joie et mélancolie, tout doucement serrés, l'une contre l'autre dans cet instant qui nous échappait comme grains de sables. Comme ta main que je devais lâcher pour partir seule et incertaine de mon côté, la tête remplie de tendres instants, déjà souvenirs.
Mais le vaisseau prend soudain de l'altitude pour m'enlever à cette parenthèse béate et se lance dans des abords nouveaux, plus périlleux et enivrants. Comme à l'attaque des rives précédentes, le plus jeune arrivant dans l'équipage, John Lönnmyr, s'en donne à cœur joie, toujours prompt à rejoindre M. Andersson au poste de contrôle pour nous offrir les plus beaux angles de vue. Les tonalités s'entrelacent pour former les courbes d'une vision exotique à dévorer des yeux, tandis que Le Capitaine Strid ne tarit pas dans l'expression de sa propre frénésie. L'air se gorge d'électricité, on se sent pris par l'excitation et les joues d'Amber elle-même se parent d'une délicate nuance de pourpre. Alors qu'elle se tourne vers moi et me donne à contempler l'éclat brillant dans son regard, je lui découvre ce quelque chose de farouche, sensuel, presque félin. La soif impérieuse de saisir et figer un instant fébrile et secret, que l'on sait pourtant ténu. Toute une intensité gardée enfouie, d'un coup arrachée pour être précipitée droit devant dans une nuit suggestive. Le temps semble soudain désespérément compté. Goûter chaque seconde de l'échappée avant que cette nuit illusionnée ne s'évapore et que la connexion ne se brise.

Journal de bord – J6 - Tabris
Que se passe-t-il ? J'entends les warnings. Mis un bref instant seulement, car la manœuvre s'opère de main de maître. Un virage guidé par un archet poignant, la douceur des claviers, suivis de l'intention univoque d'un Andersson au riffing suave. Et le vaisseau ronronnant se fige dans les airs. Comme s'il avait enfin atteint sa destination. Le cœur battant, Amber nous invite à la rejoindre sur la plate-forme pour contempler la vision inattendue. Elle nous a conduit hors de la zone de confort. Vers ce cosmos scintillant, gardant mémoire de sa course frénétique, dévoilée à présent, toujours encore à demi-mots. Des impressions fixées sous nos yeux et que l'on croit saisir intuitivement sur l'extrémité de chaque signe composant ce magnifique "Zodiac". Comprendre, ou inventer. L'instant n'aura jamais été aussi grave. Chaque note qui s'écoule, simple et passionnée, perle sur nous en pluie de mélancolie bouleversante. Plus douloureuse et tendre que jamais auparavant. Et de mots en notes, de souffles en touchers délicats, de pulsations en murmures, c'est une détonation qui résonne soudain au fond de mon crâne. Une rupture dans l'illusion. Une plongée dans l'obscurité. Et cependant, le paysage encore fantasmé il y a un instant, ne m'a jamais paru aussi terriblement vrai. C'est alors que plutôt que de l'ignorer ou de m'en défendre, je me surprends à me gorger avidement de la sensation, le cœur mortellement serré par la clameur qui se joue de tout, défie, bouleverse, dans cette fantasmagorie d'une étrange profondeur.

Journal de bord J7 – Merci foule fête
Danser et oublier. Chanter à tue-tête, à s'en soûler, pour avoir l'illusion de se fondre dans la nuit : Amber s'ambiance comme jamais sous les étoiles. Il lui faut bien cela pour oublier que sa véritable quête est un échec. L'amour, évidemment. Un sentiment qui n'est pas prévu dans son univers d'origine qu'elle a fui, avide d'en savoir davantage sur ce magma de sensations complexes. À peine a-t-elle effleuré notre monde qu'elle a deviné l'amertume des séparations et des promesses sans lendemain. Pour lui remonter le moral, l'équipage du NFO sort le grand jeu et pousse toutes les manettes à droite et les curseurs sur le onze. Les hommes, gainés dans un Jean Blanc classe et équivoque, symbole de leur jeunesse retrouvée, sortent les guitares qu'ils attaquent sur un rythme effréné. Amber a rarement vu ses compagnons aussi déchaînés ! Et les malicieuses Airline Annas, qui les accompagnent au chant, ne sont pas en reste !

Journal de bord J8 - Tabris
La nuit dispute les derniers éclats du globe lunaire. Pourrait-on rester ici ? Prolonger l'instant indéfiniment ? Regarder une fois encore à travers la vitre du vaisseau, vers ces étoiles inventées, comme elle, et se bercer encore de ces envolées mélancoliques et ferventes ? Fendre ce bel espace, contempler tout ce qui ne se décrit plus en mots mais que la musique sait si bien atteindre pour nous l'offrir. Mais le voyage touche à sa fin, je le sais, l'aurore qui pointe à l'horizon me promet déjà d'emporter l'illusion. Avant de franchir cette ligne, celle du matin et de son ciel simplement bleu, j'écoute donc cet ultime impulsion, ce quelque chose que l'on ne dit pas souvent d'ordinaire, quand on foule simplement le sol : « Je peux être ton mythe, je peux être tes mensonges. Je pourrais être ton culte, je pourrais être ton vice Je serai tout ce que tu veux, si ça te va. Peu importe l'état dans lequel tu te trouves ». Une si belle promesse. À qui s'adresse-t-elle ? À nous, auditeurs émus ? Ou à un rêve un peu fou, qui pourrait aussi bien être le nôtre ?


Partie, son joli regard évaporé, le riche spectre sonore qui a inspiré cette fantaisie ambrée demeurera. Chaque fois que l'aiguille touchera le sillon du disque – désormais - couleur d'eau et de sable. Une belle musique est de celles qui nous offrent d'inventer, encore et encore, d'émouvantes et intenses échappées, nous arrachant un instant au sérieux et à l'ennui. Peut-on croire qu'on se lassera un jour de ces voyages ?

« You might call us Aeromantics »





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Logbook - Day 1 - Tabris

« What is it?
Something you can't even imagine.
What does it do?
It changes your perception of the world...

You, who stole the beams of happiness and the key of your fate from the electric chasms, join me, I'm waiting for you, and let's flourish, towards the fire that has brought you, magnetic Amber
»


This is how we imagined it. Do you remember it Merci foule fête? We couldn't resist the temptation to lay down on paper a bit of this story, sewn with the sounds of the moving musical layers that had initiated it. We had woven a plot for her galactic journey and taken her slightly crazy dream to heart. But what kind of lover is not lost in space for a while? A satellite destined to revolve around other planets? Since then, I have been eagerly awaiting the collision of her arrival in the stratosphere, eager to discover the intense glow of her gaze as she finally beholds our universe. And what about you? Didn't you also have your face glued to the window some nights? When the needle touched the groove of the blue disc? And here she is at last, sliding between sky and sea, between major and minor chords, holding out her hand, inviting us to leave the ground and join her in her momentum in the heart of the twilight zone, towards the infinite horizon. I am so happy to see her at last. Stardust in her trail. On board the NFO mothership. Come. For a moment, perhaps only, gravity is defied. The sky changes colour, I want to fly away, far, far away.

Logbook - Day 2 - Merci foule fête
Amber is worried. « You know, every dematerialization, every re-composition, every new journey is a new birth for me. I become an original being again, devoid of fears and memories. I feel exhilarated. Everything is dazzling, inside me, outside, everywhere. And yet, I feel the melancholy of previous stories filling my soul with its tenacious melodies. Therefore, this race is the most dramatic of my life ». The blue of the sky darkened with an unprecedented charge as soon as the spaceship tore through it. "Violent Indigo", reminiscent of other heroic beginnings. All the others. This one seems though more dangerous. So Amber wants to reassure herself. She summons some footage from the past called "California Morning" and "This Boy's Last Summer" to compose herself a Wonderful Midnight. She likes to hear the stubborn drums, the gently rumbling bass and the playful, cheerful familiar theme. This lovable regression helps her through the acceleration that will take her to a new zenith. We are thrown into a synthetic loop with her, shaken by lurches that betray the nervousness of Mr. Andersson, the spaceship's chief conductor, and Mr. Strid, the captain, who raises his voice as soon as he senses the irresistible scent of adventure. « How long? » Amber explains: « He pretends to ask, but he already knows the answer: the whole trip. The tension will never subside, like an unbearable yet perpetually fulfilled expectation. Even when the speed decreases. Which will not happen for a while... »

Logbook - Day 3 - Tabris
"How long"? But from the lookout post, we couldn't ever get enough of the landscape. Amber laughs at this, since she has her hands full of shooting stars. But there's definitely something bewitching about flying through the air at full speed. However familiar may be these little lights just below us, so many cities languishing on webs woven of words, sounds, memories, interdictions, it is the day for itself that fades away to discover a note of lost paradise. In favour of the curves split in secret paths, the sharp peaks of daring assault and the precipices of melancholic shadows. A whole twilight that unfolds in the fabulous vision of an elsewhere that suddenly seems urgent to reach. And the shameless audacity with which we skirt each new shore to go further into the burning night is only dangerously exciting. The very idea of finding the dawn later, of crossing the line again, is fiercely pushed away by the biting breath that comes to caress our cheek. Amber bursts into a deliciously contagious laugh. And the cabin crew suddenly burst in a feverish joy. « Burn for Me », she says like a mantra, taking us by the hand and leading us into a whirlwind of delicious nocturnal frenzy.

Logbook - Day 4 - Merci foule fête
It was a hard awakening after the trance and emotional night that Amber had provided for us. Though we weren't really surprised: since she took flight on her third trip, Amber has become accustomed to being possessed by a communicative exaltation, in tragic opposition to the doubts that surround her. A few glasses of Chardonnay have been enough to set her wiggles in motion to a deceptively light melody, like the one that had her in a tizzy on "Paralyzed", one of her favourite songs. Now it's no longer time to dance. A strange scent of nostalgia wafts through the passageways, a nagging reminder of the crossings made aboard the Toto 78, the prestigious ship that served as the model for the NFO mother ship. This reminiscence of a bygone golden age is deceptive, however: « Change has already begun », blows Amber, in the weighed-down consciousness of the hypnopomp. « I warned you I would be dramatic on this trip. You like this one, I hope? »

Logbook - Day 5 - Tabris
Yes, it is fascinating. It even gives me this illusion. Through a porthole, the shimmering picture continues to unfold before my eyes, and from minor to major chords echoing in the guts of the ship, memories are now juxtaposed like so many hallucinations on this strangely tinted present. On board, we hum tunes that tell many stories, reveries and even tender lies offered as confidences, and they are so maliciously composed that they offer to see again and again, even this precise moment, which is ours, picked up with full hands. Do you remember? It seems to me that an eternity has passed, and yet everything is so clear again, so vivid. It's all there, in the embrace of this melody, both cajoling and resolute, with a troubled complicity. Is it the shadow of Amber standing beside me singing "I Will Try"? Or is it the woman on the platform who gave me a look that meant « you too »? Joy and melancholy, softly pressed together, one against the other in this moment that was slipping away like grains of sand. Like your hand that I had to let go to leave, alone and doubtful, toward my own destination, my head filled with sweet moments, already memories.
But the spaceship suddenly rises to remove me from this blissful interlude and sets off for new, more perilous and exhilarating approaches. Just as he did when attacking the previous shores, the youngest member of the crew, John Lönnmyr, has a field day, always quick to join Mr. Andersson at the control station to give us the most beautiful perspectives. The tonalities intertwine to form the curves of an exotic vision to be devoured with the eyes, while Captain Strid remains steadfast in expressing his own frenzy. The air is filled with electricity, one feels caught up in the excitement, and Amber's own cheeks turn a delicate shade of rose. As she turns to me and gives me a look at the brightness in her eyes, I discover something fierce, sensual, almost feline about her. The imperious desire to seize and freeze a feverish and secret moment, that one knows is tenuous. A whole intensity kept buried, suddenly snatched away to be hurled straight ahead into a suggestive night. Time suddenly seems desperately short. Taste every second of the escape before this illusionary night evaporates and the connection breaks.

Logbook - Day 6 - Tabris
What's going on? I hear the warnings. Only for a short instant, as the manoeuvre is masterfully executed. A turn guided by a poignant bow, the softness of the keyboards, followed by the unmistakable intention of a suave riffing of Andersson. And the purring ship freezes in mid-air. As if it had finally reached its destination. With her heart pounding, Amber invites us to join her on the platform to contemplate the unexpected sight. She has taken us out of the comfort zone. To this glittering cosmos, keeping memory of its frenetic race, now revealed, still in half words. Impressions fixed before our eyes and which we believe we can intuitively grasp on the cusp of every sign composing this magnificent "Zodiac". To understand, or to invent. The moment has never been so grave. Each note that flows, simple and passionate, beads on us in a shower of shattering melancholy. More painful and tender than ever before. And from words to notes, from breaths to delicate touches, from pulsations to murmurs, it is a detonation that suddenly resounds in the back of my skull. A break in the illusion. A plunge into darkness. And yet, the landscape, still fantasized a moment ago, has never seemed so terribly real to me. It is then that rather than ignoring it or defending myself from it, I find myself greedily gorging myself on the sensation, my heart fatally squeezed by the clamour that plays on everything, defies, upsets, in this phantasmagoria of a strange depth.

Logbook - Day 7 - Merci foule fête
Dance and forget. Singing at the top of her lungs, to the point of getting drunk, to have the illusion of melting into the night: Amber give in to the best possible mood under the stars. She needs this to forget that her real quest is a failure. Love, of course. A feeling that is not foreseen in her original universe, which she has fled, eager to learn more about this magma of complex sensations. No sooner had she touched our world than she sensed the bitterness of separations and empty promises. To cheer her up, the NFO crew pulls out all the stops and pushes all the levers to the right and the sliders to eleven. The men, clad in classy, equivocal white jeans, symbol of their new-found youth, bring out the guitars, which they attack at a frantic pace. Amber has rarely seen her companions so unleashed! And the mischievous Airline Annas, who accompany them on vocals, are not to be outdone!

Logbook - Day 8 - Tabris
The night fights over the last glimmers of the moon globe. Could we stay here? Prolong the moment indefinitely? To look once more through the spaceship's window, towards these invented stars, like her, and to be lulled again by these melancholic and fervent flights of fancy? To split this beautiful space, to contemplate all that can no longer be described in words but that music knows so well how to attain and offer us. But the journey is coming to an end, I know it, the dawn on the horizon already promises to take away the illusion. Before we cross that line, that of the morning and its simply blue sky, I listen to that final impulse, that something we don't often say, when we're just treading the ground: « I can be your myth, I can be your lies, I could be your cult, I could be your vice, I'll be all the things that you want if that's alright ». Such a lovely promise. To whom is it addressed? To us, moved listeners? Or to a crazy dream, which could also be ours?

Gone, her pretty look evaporated, the rich spectrum of sound that inspired this amber fantasy will remain. Each time the needle will touch the groove of the record - now - sand and water coloured. Beautiful music is the kind of thing that allows us to invent, over and over again, moving and intense escapes, that takes us away from seriousness and boredom for a moments. Do you think that we will ever get tired of these journeys?

« You might call us Aeromantics »


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