1873

CHRONIQUE PAR ...

6
Lord Henry
Cette chronique a été mise en ligne le 12 avril 2008
Sa note : 16/20

LINE UP

-Hansi Kürsch
(chant)

-Jon Schaffer
(guitare+basse)

-Jim Morris
(guitare)

-Mark Prator
(batterie)

TRACKLIST

1)Rites of Passage
2)Heaven Denies
3)Poor Man's Crusade
4)Fiddler on the Green
5)Blood on My Hands
6)Path of Glory
7)Winter of Souls
8)The Whistler
9)Tear Down the Wall
10)Gallows Pole
11)My Last Sunrise
12)Chant

DISCOGRAPHIE


Demons And Wizards - Demons & Wizards
(1999) - heavy metal mélodique ambient - Label : SPV



L’histoire est simple : Iced Earth, en quête de reconnaissance sur le vieux continent au début des années 90, tapa dans l’œil de Hansi Kürsch, et ce dernier invita les Américains à partager l’affiche sur la tournée promo de Somewhere Far Beyond. S’ensuivit une durable amitié entre les deux groupes, en particulier entre leurs leaders, aux caractères pourtant bien différents. Il fallait donc que ces deux-là, un jour ou l’autre, bossent ensemble. Histoire de s’amuser.

Mais le projet est rapidement devenu sérieux. Demons & Wizards doit bien sûr son nom à Uriah Heep, mais conceptualise avant tout la confrontation entre ces deux forces, ces deux caractères. Le résultat ? Une symbiose entre la fougue des riffs d’Iced Earth et la créativité mélodique de Blind Guardian, le tout curieusement enveloppé d’un halo extrêmement sombre, mystérieux, voire dépressif. La synergie opère : la musique de Demons & Wizards possède son identité propre. Le metal reste mot d’ordre, et Jon Schaffer ne craint personne dans ce domaine. L’agressivité d’un "Heaven Denies", ou d’un "Blood on My Hands" nous rappelle de quel bois le guitariste se chauffe, et qu’il n’en est plus à deux cordes de mi pétées. La batterie, elle, n’est pas bloquée tout du long en mode double pédale, mais la même impression de puissance se dégage des mid-tempo "Tear Down the Wall" ou "Gallows Pole" : ça fuse et ça fouette. Mais comme à son habitude, Schaffer fait tomber la pression au moment opportun avec quelques jolies plages acoustiques judicieusement placées.

"Path of Glory" et "The Whistler" sont ainsi de fausses ballades, du genre à s’emballer sévère quand vient le refrain. Peut-être qualitativement en dessous du reste d’ailleurs. "Fiddler on the Green", en revanche, est bel et bien une power-ballade, et pas des moindres. Voilà un titre représentatif de l’étrange ambiance qui s’échappe de ce premier album : empreint de noirceur, à la mélancolie quasiment palpable, il laisse derrière lui une sinistre impression de fin du monde, et de beauté destructrice. Les magnifiques lignes de chant et les textes de Kürsch concourent à cela en premier chef. "Fiddler on the Green" est une apothéotique montée en puissance, sublimement dévastatrice, que d’aucuns pourraient trouver supérieure à la fameuse "A Question of Heaven"...

Car si cet album est si noir, c’est aussi grâce au talent de Hansi, qui parvient à créer ces atmosphères par la simple puissance évocatrice de quelques vocalises. Les canons de "Poor Man’s Crusade", les chuchotements de "Winter of Souls", les hurlements inhumains de "My Last Sunrise", ou bien à plus forte raison l’outro liturgique "Chant" : le chanteur est inspiré, il ratisse large et excelle. Il n’y a pas de clavier sur cet album, ou si peu. Il n’y en a pas besoin. L’ensemble n’en est que plus pur et plus froid. Une nuit d’hiver s’abat sur la platine. On ressort difficilement indemne du triptyque "Tear Down the Wall" / "Gallows Pole" / "My Last Sunrise". Brrr.


Cet album, sans doute, aurait pu être meilleur. Certaines compositions s’apparentent plus ou moins à du remplissage. Mais d’autres dépassent allègrement les espérances que l’on pouvait nourrir d’une telle collaboration. Peut-être aurait-il mérité un concept ? En tout cas voilà l’occasion de découvrir des nouvelles facettes du talent des deux protagonistes. Et quelle ambiance ! On en frissonne encore.


©Les Eternels / Totoro mange des enfants corporation - 2012 - Tous droits réservés
Trefoil polaroid droit 5 polaroid milieu 5 polaroid gauche 5