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CHRONIQUE PAR ...

10
Beren
Cette chronique a été mise en ligne le 06 avril 2008
Sa note : 16.5/20

LINE UP

-Johan Edlund
(chant+guitare+claviers)

-Thomas Petersson
(guitare)

-Anders Iwers
(basse)

-Lars Sköld
(batterie)

TRACKLIST

1)The Temple Of The Crescent Moon
2)Equinox Of The Gods
3)Until The Hellhounds Sleep Again
4)Will They Come?
5)Lucienne
6)Summertime Is Gone
7)Katarraktis Apo Aima
8)Raining Dead Angels
9)Misantropolis
10)Amanitis
11)Meliae
12)Via Dolorosa
13)Circles
14)Amanes

DISCOGRAPHIE

Clouds (1992)
Wildhoney (1994)
Amanethes (2008)
The Scarred People (2012)

Tiamat - Amanethes
(2008) - gothique atmosphérique unique - Label : Nuclear Blast



Johan Edlund en a surmonté, des tempêtes. De divergences artistiques en problèmes de line-up, le charismatique meneur de front s'est toujours relevé, tête haute, seul homme à la barre d'un des groupes de metal les plus influents de ces vingt dernières années: après un hiatus de cinq longues années et une signature providentielle sur le label allemand Nuclear Blast – grosse infidélité à Century Media qui avait chapeauté le groupe depuis ses débuts, en 1990, avec le lourdaud Sumerian Cry et qui, aujourd'hui, ne se gêne pas pour rentabiliser au maximum le groupe – Tiamat revient, merci!, sur le devant de la scène.

Le schéma de carrière de Tiamat est accessoirement celui de Johan Edlund, l'unique et misanthrope tête pensante du groupe, qui n'hésita pas à remercier tous ses membres avant la sortie du monstre qu'est A Deeper Kind Of Slumber. Les deux noms, aussi prestigieux que sujets à controverse, demeurent indissociables et ce, après neuf albums dont Amanethes se fait aujourd'hui le cadet, neuf albums dont aucun ne ressemble véritablement au précédent. L'évolution musicale du groupe s'inscrit dans une mouvance historique plus générale – Moonspell, The Gathering et Paradise Lost ont suivi, à peu de choses près, la même évolution stylistique – mais Tiamat est le groupe dont l'expression a le plus foncièrement changé au fil des années. Du doom/death bancal de Sumerian Cry en passant par LE grand classique du metal gothique (Wildhoney – est-il le meilleur album du genre? Oui!) comme du rock gothique/atmosphérique (A Deeper Kind Of Slumber, autre incontournable, avec un "Cold Seed" d'anthologie), Johan Edlund n'a jamais vraiment été un suiveur, il faut l'avouer, le monsieur aimant à prouver ses goûts musicaux très personnels – et très marqués - à travers sa musique.

C'est ainsi qu'Amanethes, nouvelle preuve de cet entêtement à ne suivre aucune mode, prend à revers l'auditeur en brouillant les pistes sur ce que va être l'album sur la longueur. A vrai dire, Amanethes s'apparente – et c'est en cela un véritable tour de force – à un luxurieux mélange de toutes les briques musicales des Suédois. Débutant par trois morceaux parmi les plus lourds de la carrière du groupe – trois odes à la sainte-trinité du metal, affinités death sur "The Temple Of The Crescent Moon", obédiences black sur "Equinox Of The Gods" (où l'on retrouve même, oh my God!, du blast-beat!) et influences doom atmosphérique sur "Until The Hellhounds Sleep Again". Johan Edlund quitte, le temps de ces trois morceaux introductifs qui osent même tutoyer en qualité les standards du groupe, sa voix chaude et grave, très typique et reconnaissable entre mille, pour un chant tout aussi emprunté mais beaucoup plus agressif. Ces quinze premières minutes, déroutantes, démontrent que Johan Edlund a en toujours dans le ventre et qu'il est loin, apparemment, d'en avoir fini avec ses vieux démons.

En effet, Tiamat, sur Amanethes, revêt de toute évidence son costume le plus mélancolique et surtout, le plus sombre. Toujours sur cette ligne fragile entre emphase impressionnante de justesse ("Lucienne", "Summertime is gone", "Until The Hellhounds Sleep Again") et agressivité insolente ("Raining Dead Angels", furibard), la seconde moitié de l'album navigue sur des eaux moins tumultueuses, en apparence seulement. En zénith de cette écriture toujours aussi personnelle et imagée, on trouvera le fabuleux diptyque "Misantropolis"/"Amanitis", avec ses arpèges de guitare de toute beauté, qui renvoie directement aux albums les plus apaisés du groupe, dont la menace, au second plan, se fait beaucoup plus rare. De son côté, "Meliae" démontre une nouvelle fois l'amour d'Edlund pour Pink Floyd, que l'on connaît bien depuis A Deeper Kind Of Slumber. Tout en délicatesse, ce morceau trouverait parfaitement sa place sur ce dernier. Amanethes, sous des apparences à l'évidence plus sombres (à l'image de "Raining Dead Angels", où Edlund growle de nouveau!), nous fait le coup de l'album-synthèse. Un poil longuet – on aurait retiré dix minutes à l'ensemble que ça en aurait été presque parfait - mais tour à tour enjôleur, furieux, mélancolique, revanchard et certainement pas apaisé, ce nouvel album, pour le moins réussi dans son angle d'attaque, dans sa manière d'aborder vingt ans de carrière aussi éclectiques, invite à la redécouverte de ce groupe qui n'en a pas fini de mourir et de renaître de ses cendres.


Très solide, équilibré et incontestablement varié à l'image de la carrière de Tiamat, on tient là avec Amanethes, si ce n'est un indispensable, au moins un album-charnière dans la discographie du groupe et très certainement le meilleur depuis A Deeper Kind Of Slumber. Bien que l'on regrettera, à demi-mot, le manque d'unité de l'ensemble, ce nouvel album en cinq ans ne révèle ses nombreuses subtilités qu'au prix de nombreuses écoutes. Finalement, on n'en voudra pas à Johan Edlund, visiblement arrivé à une étape cruciale de sa vie d'artiste, de vouloir se rassembler, bien au contraire. Rassurant, et même au-delà.


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