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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 01 juin 2021
Sa note : 15/20

LINE UP

-Uladzimir B
(chant)

-Dmitry R
(guitare)

-Anton S
(basse)

-Pavel V
(batterie)

TRACKLIST

1) Mute moleben
2) Irrigating Lethal Acres with Blood
3) Nothing but Immortality for Aye
4) In Harvest Against the Sun
5) With the Blessing of Starless Night
6) Thanatos
7) All Occupied by Sole Death

DISCOGRAPHIE


Khandra - All Occupied by Sole Death
(2021) - black metal - Label : Season Of Mist



Un groupe Bélarusse, c’est-y pas une originalité en soi ? Qu’importe la musique qu’il pourra proposer, on peut finalement se contenter de cette origine géographique contrôlée pour se convaincre que nous sommes en train d’écouter quelque chose de spécial, voire unique. Malheureusement et fort heureusement, une simple nationalité n’a jamais rien garanti de quoique ce soit (sauf pour la Norvège en black metal, évidemment).

Bélarusse, paye ta nationalité difficile à porter en ce moment. Sorte d’État paria (il faut dire qu’il consent aux efforts nécessaires pour accéder à cette reconnaissance internationale) dont le peuple tente de prendre sa respiration, la tête juste au-dessus de l’eau. Inhale/Exhale comme dirait le tragiquement disparu Nasum. Pourtant, de grind il n’est absolument pas question ici. Black metal toute, et s’il fallait trahir d’autres inspirations, on pourrait se laisser aller au heavy pour les mélodies présentes, des riffs qui s’aiment à l’épique et un rythme globalement propice au mid tempo. Rien d’accablant donc. Ce sont surtout le son froid et organique ainsi que le chant évidemment raclé qui installeront dans votre esprit le rattachement au mouvement noir. Pourtant, tout n’est pas si simple.
Car le déjà cité heavy s’invite, et manifestement une certaine vision du prog. Khandra n’hésite effectivement pas à s’essayer sur des rythmiques tarabiscotées ou pourquoi pas au riff déviant de passage. Cela reste subtil et non majoritaire, pour autant la tendance est suffisamment marquée et évidente pour qu’un neurone isolé (et pour tout dire, abandonné) s’active dans notre cerveau et hurle « Alerte prog ! ». Dans ce cas, le chaland que vous êtes arbore au choix deux mines. La première, la décrépie, celle qu’on affiche les jours de pluie incessante et d’annonce morbide. Car oui, le prog est sale. Pourtant, certains illuminés n’hésitent pas à tancer leur entourage par une réjouissance malvenue. Celle qui s’estime heureuse d’avoir à entendre des choses différentes. De fuir un quotidien balisé pour tenter.
Et quitte à y être, tentons.
Ne la plantons pas (la tente sacripants), pourtant il y a matière à délectation. Puisque si Khandra (« mélancolie » au fait en russe) le Bélarusse nous trompe quelque peu de ses atours faussement trop noirs, il sait aussi s’affirmer dans son caractère. Les compositions s’enchaînent alors dans une certaine appréciation de la félicité. Les rythmes plus inattendus s’agrippant à des constructions plus convenues, et somme toute rassurantes. Riffs syncopés vissés à des mélodies, batterie aventureuse qui s’arrime à du blast, voici le genre de friandises ici proposées. Et il faut reconnaître que la mixture prend. La tessiture de l’ensemble à la frontière de l’abrasif (avec un belle présence de la basse !) et du froid hivernal nous donne ce goût de reviens-y.


Alors, Khandra-t-on ? Du positif assurément. Les Bélarusses réussissent dans leur entreprise de faire parler de leur pays en bien dans l’actualité, un joli défi. Une sortie qui ne sera pas pour tout le monde, et pourtant celle ou celui qui daignera accorder son temps trouvera un propos pertinent, loin des clichés et somme toute plutôt réjouissant. En contrepartie, il faudra faire une croix sur l’atmosphère sylvestre glaciale qui nous (ré)conforte tant dans notre haine du monde.





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