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CHRONIQUE PAR ...

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Oriza
Cette chronique a été mise en ligne le 03 juin 2021
Sa note : 17/20

LINE UP

-Emin Guliyev
(tout)

TRACKLIST

1) Cradle
2) Pride
3) Be Like Magic
4) We Met During The Revolution
5) Shegnificant
6) Working Class
7) Togetherness
8) Life Dimensions

DISCOGRAPHIE


Violet Cold - Empire Of Love
(2021) - black metal Blackgaze - Postblack... - Label : Independent



(For English version, scroll down)

Inclassable et lumineux sont les deux qualificatifs qui s'imposent en premier lieu. Violet Cold est un projet atypique qui mérite vraiment qu'on s'y arrête. Tout irradie dans Empire Of Love, à commencer par l'artwork qui résume en une image tout l'état d'esprit de son unique et génial compositeur. Même sans comprendre l'azéri, le message est simple et limpide. Clarté, beauté, lumière : bienvenue dans le radieux empire d'Emin Guliyev. Sans faire de politique, il est nécessaire d'évoquer malgré tout le contexte. Il est bon de rappeler que les droits, même fondamentaux, sont quelque chose de fragile. La justice n'est pas la même partout notamment concernant la liberté d'expression. Proposer un certain type de musique, exprimer certaines idées à travers son art, peut impliquer pour un artiste de se mettre en danger. Savourons donc ce joyau comme il le mérite : autant pour ses immenses qualités musicales que pour les valeurs qu'il véhicule.

J'attendais impatiemment de recevoir le CD physique pour en apprendre d'avantage concernant les instruments utilisés, les artistes ayant participé à l'enregistrement, les textes... déception ! Le boîtier ultra-minimaliste ne contient qu'une couverture recto-verso frappée de l'emblématique drapeau azéri sur fond d'arc-en-ciel et une galette décorée du même fond coloré. Liberté d'interprétation et de ressenti pour l'auditeur ou frustration de ne pouvoir pénétrer plus loin dans l'univers du compositeur, à vous de voir. Moi qui souhaitais m'appuyer sur quelques éléments concrets, je me retrouve livrée à moi-même et contrainte de faire confiance à mes simples oreilles.

Le mélange d'instruments, la liberté, l'absence de limites imposées par les codes musicaux, font une excellente mixture. Le chant par exemple est tantôt féminin empreint de douceur, tantôt masculin, tantôt guttural, mélodieux par instants, alternant rap, slam, avec des voix parfois naturelles, parfois synthétisées. D'ailleurs les nappes de synthétiseur sont omniprésentes. La basse et la batterie sont souvent au taquet rythmiquement, contrastant avec la sérénité générale de l'ouvrage. Les sons électros peaufinés avec soin, dotés de puissants effets de réverb, confèrent à l'œuvre de Violet Cold cette ambiance de profondeur, d'ampleur, d'exaltation. La magnificence des envolées de guitare distillées sur les différentes compositions s'exprime pleinement, par exemple, sur l'excellent final de "Life Dimension". Empire Of Love recèle des instants magiques, là aussi comme dans "Life Dimension" où la batterie électronique donne la réplique au chant traditionnel sur fond de guitare saccadée. Ne manque plus que du banjo tant que nous y sommes ! Oh, mais, attendez...

L'album débute avec "Cradle", une douce introduction, comme une ouverture à la française, aux accents de fête médiévale. Le décor est planté : on commence par des sonorités traditionnelles, organiques, pour se diriger vers des sons saturés, électroniques, actuels. Des morceaux comme "Pride" ou "Working Class" sont des ritournelles endiablées un peu frénétiques. "Be like Magic" est l'un des plus beaux morceaux de l'album avec son magnifique break mêlant piano, batterie électronique et rap du plus bel effet. Oui, la magie opère. J'aurais aimé accéder au sens des paroles pour un morceau comme celui-ci. Les mots sont difficiles à distinguer, au point même de douter de la langue utilisée. Et pourtant ce mixage déstabilisant participe totalement au charme général de ce court album de trente-huit minutes. "Togetherness" est l'une des perles d'Empire Of Love. Tout commence par la délicatesse des cordes, puis les cymbales font leur entrée subtile, et peu à peu le tourbillon d'un poème en canon se met en place. Les vents s'emparent de la mélodie pour une pause caressante, puis la boucle repart. C'est beau comme le fait d'être uni.

De la nuit surgit la lumière. Violet Cold, artiste d'une productivité hors norme, parvient à transcender les mots pour communiquer, grâce au langage universel de la musique, des valeurs et une énergie positive incroyable ! Au milieu d'une pluie d'intolérance, les rayons solaires de ces compos porteuses d'espoir font surgir un arc-en-ciel. Arc-en-ciel chargé à la fois du symbole LGBT qu'on lui prête aujourd'hui et du spectre multicolore des instruments non cantonnés à des limites archétypales. Pas d'excès écœurant de joie, pas de rythmes sautillants ni de mélodies guillerettes. Une certaine mélancolie plane, de troubles émotions infiltrent l'ensemble, les cris de rage et les guitares en furie sont bien là. Mais c'est une rage de vaincre, un rappel perspicace de la réalité pas toujours rose teintée d'un refus de subir la noirceur. Inutile de se complaire dans la plainte, on peut accepter les ténèbres comme source d'épanouissement. Écouter Empire Of Love c'est se gorger d'énergie positive. Rêver l'obscure comme source d'inspiration et racine de vitalité.





Unique and bright are the two words that come to mind at first. Violet Cold is a very unusual project that really deserves to be discovered. Everything radiates in Empire Of Love, starting with the artwork which summarizes in one image the whole state of mind of its sole and brilliant composer. Even without understanding Azeri, the message is simple and clear. Clearness, beauty, light: welcome to the radiant empire of Emin Guliyev. Without getting political, it is necessary to mention the context. It is good to remember that rights, even fundamental ones, are fragile. Justice is not the same everywhere, especially concerning freedom of expression. To provide a certain type of music, to express some ideas through his art, can imply for an artist to put himself in danger. So let's enjoy this jewel as it deserves: as much for its immense musical qualities as for the values it conveys.

I was eagerly waiting to receive the physical CD to learn more about the instruments used, the artists who participated in the recording, the lyrics... disappointment! The ultra-minimalist box contains only a double-sided cover with the emblematic Azeri flag on a rainbow background and a cover decorated with the same colored background. Freedom of interpretation and feeling for the listener or frustration of not being able to penetrate further into the universe of the composer, you decide. I, who wanted to rely on a few concrete elements, find myself left to my own devices and forced to trust my own ears.
The combination of instruments, the freedom, the absence of limits imposed by the musical codes, make an excellent mixture. The singing for example is sometimes feminine and smooth, sometimes masculine, sometimes guttural, melodious at times, alternating rap, slam, with voices sometimes natural, sometimes synthesized. Beside, layers of synthesizer are omnipresent. The bass and the drums are often rhythmically on the edge, contrasting with the general serenity of the record. The carefully worked electronic sounds, with powerful reverb effects, give to the work of Violet Cold this atmosphere of depth, of extent, of exaltation. The magnificence of the envolées of guitar distilled on the various songs is fully expressed, for example, on the excellent final of "Life Dimension". Empire Of Love contains magic moments, like in "Life Dimension", where the electronic drums give the reply to the traditional singing on a background of vibrating guitar. The only thing missing is a banjo while we're at it! Oh, but, wait...
The album starts with "Cradle", a soft introduction, like a French opening, with the accents of medieval celebration. The scene is set: we start with traditional, organic sounds, to move towards saturated, electronic, modern sounds. Tracks such as "Pride" or "Working Class" are frenzied tunes, almost crazy. "Be like Magic" is one of the most beautiful tracks of the album with its magnificent break mixing piano, electronic drums and rap of the most beautiful effect. Yes, the magic operates. I would have liked to access the meaning of the lyrics for a track like this. The words are difficult to distinguish, even to the point of doubting the language used. And yet this destabilizing mix totally participates in the general charm of this short album of thirty-eight minutes. "Togetherness" is one of the gems of
Empire Of Love. Everything starts with the delicacy of the strings, then the cymbals make their subtle entrance, and little by little the whirlwind of a poem in round sets up. The flutes take over the melody for a caressing pause, and then the loop begins again. It is beautiful as being united.

From the night comes the light. Violet Cold, an artist of extraordinary productivity, manages to transcend words to communicate, through the universal language of music, values and an incredible positive energy! In the middle of a rain of intolerance, the solar rays of these hopeful compositions make a rainbow appear. A rainbow charged with both the LGBT symbol that we lend it today and the multicolored spectrum of instruments not confined to archetypal limits. No sickening excess of joy, no bouncy rhythms or cheerful melodies. A certain melancholy hovers, troubled emotions infiltrate the whole, the screams of rage and the furious guitars are there. But it is a rage to overcome, a perceptive reminder of the not always pink reality tinged with a refusal to undergo the darkness. No need to wallow in complaint, we can accept the darkness as a source of fulfillment. To listen to Empire Of Love is to be filled with positive energy. To dream the darkness as a source of inspiration and root of vitality.


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