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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 14 mai 2021
Sa note : 14/20

LINE UP

-Edmond "Hupogrammos" Karban
(chant+guitare+claviers+mandole+tulnic)

-Cristian "Sol Faur" Popescu
(guitare+claviers+hammered dulcimer)

-Flavius Misarăș
(chœurs+basse)

-Andrei "Putrid" Jumugă
(batterie+simandre+percussions)

TRACKLIST

1) Timpul întâilor
2) În vieliștea uitării
3) Descânt
4) Calea magilor
5) Vraci de nord
6) Desferecat
7) De neam vergur
8) Văznesit

DISCOGRAPHIE

Dar de Duh (2012)
Har (2021)

Dordeduh - Har
(2021) - black metal folk metal prog enfin pas trop, trop black - Label : Prophecy Productions



Les aventuriers s’apprêtent à entrer dans la crypte.
-Les gars, surtout, surtout, le crucifix ! Et l’ail ! Dieu tout puissant, protège-nous de tant de noirceur ! Un, deux, on y va !
Quelques heures plus tard.
-Franchement, Drak - tu permets que je t’appelle Drak ? - t’es vraiment un mec à la cool, j’aurais pas cru ! Comme quoi, les mauvaises langues... Et puis cette chemise hawaïenne, elle te va comme un gant !
-Merci, Bram, j’en ai une autre avec des petites planches de surf, elle se combine parfaitement avec mon teint.

Surprises, surprises. Enfin bon, demi-surprise. Dar de Duh n’était pas non plus l’œuvre de prog-folk-black-pagan la plus furieuse du multivers, mais elle possédait son lot de passages nerveux (le début du mythique "Jind de Tronuri", pour ne pas aller plus loin). Le mélange doux-dur du premier album du groupe fondé sur les cendres de Negură Bunget constituait d’ailleurs l’une des clés de voûtes d’une œuvre prenante et très évocatrice. Mais bon, ça c’était 2012, la normalité d’avant. Neuf ans après, nous sommes dans l’ère COVID, hein. Ça vous change un homme, ça. Ça vous fait réfléchir sur le pourquoi du comment. Profiter de la vie, des bons moments, etc., etc. Je ne sais pas si le quatuor roumain a engagé une réflexion métaphysique, mais ce qui est certain, c’est que Har est un album autrement plus apaisé que son prédécesseur. Alors, oui, d’accord, il y a quelques « graouh », deux/trois petits coups d’accélérateurs par-ci par-là, mais les gars sont cooools. D’un point de vue personnel, je suis content pour eux, pour de vrai. D’un point de vue artistique… Comme, de plus, le label a eu la fabuleuse idée de nous livrer en avant-première les deux meilleurs titres de l’album, à savoir "Descânt", au rythme haché et prenant, et le plus lancinant et hypnotique "Desferecat", j’éprouve une certaine déception en écoutant la seconde livraison du prog-metal made in Carpates.

Har est néanmoins un album travaillé, fouillé même, riche en très belles sonorités. On prend un plaisir certain à l’écouter. Outre les deux somptueux titres évoqués, le joliment mélancolique "În vieliștea ultării"possède aussi beaucoup de charme. Le pinkfloydissime "De neam vergur" vous caresse également dans le sens du poil, tandis que sur "Varci de nord", les nappes de claviers, encore plus présentes que sur le reste de l’album, cajolent vos tympans. Et puis finir par ce qui ressemble à une cover du sublime "Boadicea" d’Enya, c’est classe. Le problème, c’est une sensation globale de mollesse, un peu comparable à celle éprouvée durant l’écoute du Eden in Reverse d’Hail Spirit Noir, cette impression que certains passages diluent trop le propos. L’œuvre des Roumains se situe cependant un cran au-dessus du travail des Hellènes et la sensation globale reste très positive. Tant de finesse, c’est appréciable… Il faut juste que j’arrive à faire mon deuil de l’absence de nervosité, de l’absence de black/pagan metal en fait, et l’album pourrait finir par me séduire totalement. Du coup, le problème, c’est peut-être bien moi, pas eux…


Har est un travail d’orfèvre pépère. Pour paraphraser Brel, il s’agit d’un album « beau. Beau et mou à la fois. » Il nécessite en tout cas un travail de deuil de la part de l’auditeur en mal de bagarres. Maintenant, si pour vous, la richesse des compos, la finesse des mélodies passe avant la violence, précipitez-vous chez votre disq… Pardon : ruez-vous sur les plateformes de streaming (il faut que je vive avec mon temps, pardieu !).





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