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CHRONIQUE PAR ...

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TheDecline01
Cette chronique a été mise en ligne le 04 mai 2021
Sa note : 15/20

LINE UP

-Michael John "Fat Mike" Burkett
(chant+basse)

-Aaron "El Hefe" Abeyta
(guitare+chant)

-Eric Scott Melvin
(guitare)

-Erik "Smelly" Sandin
(batterie)

TRACKLIST

1) The Big Drag
2) I Love You More than I Hate Me
3) Fuck Euphemism
4) Fish in a Gun Barrel
5) Birmingham!
6) Linewleum
7) My Bro Cancervive Cancer
8) Grieve Soto
9) Doors and Fours
10) Your Last Resort

DISCOGRAPHIE


NOFX - Single Album
(2021) - rock punk - Label : Fat Wreck Chords



Bienvenu(e)s en Fattyland. Et sortez couvert, il ne fait pas beau. Il fait même moche. On avait déjà connu Fat Mike désabusé, au bord de l’explosion mentale. Sachez que rien ne va mieux. Les curseurs à fond de dép’, il a décidé de pousser le bouchon pour voir si vous le suivrez dans sa miteuse fin mélancolique. Car NoFX en attendant cinq ans pour sortir un successeur à son prédécesseur n’a eu de cesse de vieillir. Et il vieillit mal.

Quarante ans de carrière. Mangez ça un peu dans vos dents et demandez-vous si vous étiez nés pour la formation du groupe. Prenez votre coup de vieux, et maintenant demandez-vous ce que vous ferez à l’orée de la retraite. Car ne nous y trompons pas, le crépuscule des dieux est de plus en plus proche pour les Californiens. Alors ne doutons pas qu’ils préfèreront mourir sur scène plutôt qu’annoncer une retraite au cigare les jambes croisées au bord de la piscine baignée de soleil, mais l’inéluctable ne fait plus de doute. Et l’état de dépravation mentale avancée de son leader Fat Mike dégouline salement tout au long de paroles plus qu’éloquentes. Ne renonçant pas à son goût appuyé pour le sexe bondage, ce sont surtout ses saillies presque inquiétantes sur sa lassitude des drogues, ses constatations désabusées sur le monde, sa propre existence ou le port d’arme qui font soudainement prendre conscience de la route parcourue par le groupe.
Et longue est cette route. Agrémenté de ses rythmes moins dynamiques que les deux précédentes livraisons, on sent un feeling relent de l’étrange dispensaire que fut Wolves in Wolves’ Clothing (et qui pour le coup mérite de nouvelles écoutes insistantes). Bardé de mélodies bien sûr, celui-ci marquait une pause dans les invectives punk rock pour oser prendre un peu plus son temps (tout en balançant des chansons de moins de deux minutes😊 ). Et ce Single Album au nom énigmatique balance sans discontinuer des bombes à retardement. "The Big Drag", introduction massive et inédite pour le quatuor plante tout à fait explicitement le décor, avec force mélodies non immédiates et des mots qui vont donner immédiatement le ton. Cependant le fond du trou est probablement atteint par l’enchaînement affreusement faussement doucereux de "Fish in a Gun Barrel", ballade reggae sur la folie des tueries et le tempo enjoué tout à fait trompeur de "Birmingham!", salve sulfateuse sur tout le misérabilisme décadent qui habite Fat Mike au travers une minute finale poignante à vous tirer des larmes tant elle suinte l’honnêteté cathartique et le caractère à fleur de peau de son chanteur.
Passé ce trop-plein d’émotion, "Linewleum" fait le coup de l’auto-pompe assumée et détournée nappée de paroles caustiques se foutant allègrement de la propriété intellectuelle et de son propre statut. Tout le monde reconnaîtra une "Linoleum" vieillie de vingt-sept ans et tordue dans tous les sens. Quelle inspiration ! C’est alors que presque tremblant j’eus ma révélation. Car si initialement seul ce titre ressortait réellement de l’ensemble, petit à petit c’est bien la globalité des nouvelles compositions qui ont pris leur place dans ma caboche. Insidieusement cette ode à l’auto-psychanalyse sur tout ce qu’on peut faire de pas joli marquait son territoire. Car n’y attendez pas de l’immédiateté, des tubes de deux minutes. NoFX est toujours bien vivant, il bouge férocement, et s’aventure régulièrement sur des étendues largement supérieures aux trois minutes, chose nouvelle. Et s’il est féroce, ce n’est plus par sa hargne, sa harangue, son énergie, mais bien par son acidité corrosive, l’absence totale de fun (ou presque, Fat Mike arrive toujours à placer un gag) qu’il frappe. Les deux chansons de clôture sont d’ailleurs représentatives de cette volonté, toujours savamment détournée fort heureusement.


En 2021 NoFX est totalement pertinent de par son impertinence colossale. Musicalement, il tente toujours de se renouveler par des mélodies tristes, des rythmes moins poussés. Pourtant la graine de discorde vient bien du contenu des paroles qui marquera fatalement tout fan de longue date du groupe. Les nouveaux n’y seront probablement pas réceptifs, mais je peux vous assurer qu’après vingt-cinq ans de vie commune, ça remue son cœur d’entendre des choses pareilles.





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