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CHRONIQUE PAR ...

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Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 23 avril 2021
Sa note : 17/20

LINE UP

-M.
(tout)  


TRACKLIST

1) Of Infernal Passion and Aberrations
2) Bathing in Cascades of Caustic Hypnotism
3) Gazing Towards the Hallways of a Peaceless Mind
4) The Scent of Tortures, Conquering All
5) Chalice of Oniric Perversions
6) Heir of the Ecliptical Romanticism
7) The Stars Caress Me as My Flesh Becomes One With the Eternal Night
8) In the Wake of Adversity (Dead Can Dance cover)

DISCOGRAPHIE


Lamp of Murmuur - Heir of Ecliptical Romanticism
(2020) - black metal - Label : Autoproduction



Associer le black metal aux Etats-Unis, c’est un truc qui coince pour un certain nombre d'aficionados d’un genre ayant vu le jour en Europe. Les arguments tournent souvent autour d’un son « typique » du black metal US qui ne respecterait pas les canons du style. Peut-on également y voir un rejet inconscient d’un pays « bling-bling » qui, dans l’imaginaire populaire, se trouve aux antipodes de l’imagerie véhiculée par le black metal ?

Nous pouvons tenter de ressusciter Freud ou Jung pour tenter de répondre à la question du poids de l’inconscient dans la relative impopularité du sous-genre créé en son temps par les Quorthon et consorts, dès qu'il vient du pays de l’oncle Sam. N’étant pas spécialiste en tables spirites, j’ai plutôt essayé de me pencher sur la question du son. Et ma foi, c’est vrai. Même s’ils sonnent (très) sombres, les vrombissements d’Akhlys ou Suffering Hour, pour prendre deux exemples récents, ne dégagent pas la même impression de saleté que Det Som En Gang Var ou A Blaze in the Northern Sky. Plus froid, plus « propre » également. Un petit côté clinique. Il en va de même pour Lamp of Murmuur. Malgré la forte influence trve black imprégnant Heir of Ecliptical Romanticism (mazette, quel joli titre !), M. (le maudit ?) ne reproduit pas totalement le grésillement-appeau à abeilles naines typique du black metal scandinave estampillé authentique de chez authentique. Était-ce seulement son but ? Rien n’est moins sûr, et m’est avis que, vu le mystère dont s’entoure le papa de Lamp of Murmuur, il sera plus facile de ressusciter les fondateurs de la psychanalyse que de lui poser la question. Conjecturons donc : non. Malgré la pochette très conforme à une certaine conception radicalement underground du black metal, M. ne veut pas s’enfermer dans ce carcan scandinave. Il a trop de choses à proposer.
Sa musique est un mélange trop brillant, trop personnel pour se laisser enfermer dans les cages du passé. Sous des abords brutaux se cache un monde étrange, aux paysages changeants, passant facilement de l'univers des aïeux du corpsepaint aux riffs brutaux et tarabiscotés façon premier album de Misþyrming -l’intermède "Gazing Towards the Hallways of Peaceless Minds" rappelle d'ailleurs furieusement les transitions de Söngvar elds og óreiðu  - avant de s’engouffrer momentanément dans des espaces sombres et fantomatiques évoquant les regrettés (et ricains) Weakling, dont l’unique production était si particulière. Si les titres centraux, "The Scent of Torture…" et "Chalice of Oniric Perversions" proposent la version la plus académique, mais pas la plus désagréable, du one-man-band, les deux premiers titres font preuve à la fois d’originalité et de musicalité -Dieu que la basse est audible, un vrai bonheur !- et créent une ambiance collant parfaitement avec le nom du projet. Le titre éponyme rappelle, quant à lui, par son rythme et par la mélodie proposée, le "Storm of Evil" d’Isengard. L’album se finit sur une note très, trèèès, audacieuse, à savoir la reprise façon black metal du pur joyaux qu’est "In the Wake of Adversity", issu de non moins diamantesque Within the Realm of Dying Sun, l’un des trois albums majeurs de Dead Can Dance. Triturer de la sorte une pièce d’une telle splendeur, il fallait avoir une paire de testicules en titanium massif… Et le pire, dans cette histoire, c’est que… ça fonctionne ! M. a su maintenir l’aspect fantomatique du morceau, en réalité assez facilement reconnaissable, et le grimer d’un élégant corpsepaint qui transforme le titre sans lui faire insulte. Quand je vous dis qu’il est doué, ce garçon !

Heir of Ecliptical Romanticism… Héritier du Romantisme Ecliptique, ça c’est du nom ! Sous ce nom original et évocateur se cache une œuvre originale et évocatrice, aux multiples saveurs. Chaque écoute me procure la sensation de m’assoir à la table du démon du savoir et de pénétrer dans un univers que je ne maîtrise pas complètement, tant les concepts maniés sont difficiles à saisir. Il ne me reste qu’une sensation de mystère et de profondeur que les tentatives ultérieures de compréhension n’apaisent pas plus. Lamp of Murmuur ou le supplice de la soif de savoir inextinguible.





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