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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 19 avril 2021
Sa note : 14/20

LINE UP

-Efthimis "K." Karadimas
(chant+claviers+basse)

-Christos "Christian A." Adamou
(guitare)

-Michalis "Mike G." Galiatsos
(guitare)

-Kostas "Costas S." Savvidis
(batterie)

A participé à l’enregistrement :

-George Aspiotis
(claviers sur "Thoughts" et "Domestication of Wildness")

TRACKLIST

1) Thoughts
2) Domestication of Wildness
3) Vanity
4) The Passage
5) In God They Trust
6) For My Soul, When the Dark Falls into...
7) Immaculate / Enslaved by Need
8) Birth (intro)
9) Crying Out the Fear Within
10) Domestication of Wildness (Longest & Deadliest Version)

DISCOGRAPHIE


Nightfall - Parade into Centuries



Puis vinrent les hordes grecques aux sonorités étranges et de singulière noirceur. Formée en 1991, Nightfall est entrée plus récemment dans l'Olympe des amplis grésillants que Rotting Christ (1987) et Septic Flesh (1990) mais sort avant elles son premier LP. Cette précocité est en partie due à un tout jeune label français, Holy Records, dont Parade Into Centuries constitue la publication initiale. Sous ses airs d'amateurisme, c'est un nouveau chapitre du metal extrême qui s'écrit.

Alors que les gangs death metal venus d'Amérique et d'Europe du Nord sont signés à tour de bras au tournant des années quatre-vingt-dix par des labels en vue comme Roadrunner et Earache, une scène invisible des médias mainstream se développe dans des pays jusqu'alors peu réputés pour leurs groupes metal - la Finlande, les pays de l'ex-« Bloc de l'Est », Pologne en tête, mais aussi la Grèce. Loin de bénéficier des productions léchées des Morrisound studios de Tampa, les Varathron, Legion of Doom et autre Necromantia enregistrent leurs œuvres bourrées de réverbe avec les moyens du bord, hors des formatages dépersonnalisants. Vanity, la première démo de Nightfall s'inscrit à plein dans cette démarche - le son est âpre, les morceaux intrigants. Elle est complétée par une démo « promo » d'Holy Records intitulée Parade into Centuries, quelques mois avant la parution en septembre 1992 de l'album du même nom. Si on enlève les deux interludes "In God They Trust" et "Birth", ainsi qu'une redite inutilement ralentie de "Domestication of Wildness", le recueil est composé de sept titres de longueur et de styles variables, progressant dans un mélange inédit d'à peu près tous les sous-genres du metal extrême. En ouverture, "Thoughts" s'éveille sur un motif mid tempo relayé par des synthés gothiques avant de se faire secouer par un riff speed auquel succède un break mélodique instrumental, prélude à une conclusion doom rehaussée d'un solo de guitare. Du death thrash prog atmosphérique – pardon - atmospheric doom, en gros. Dans un seul titre. Ce grand brassage se poursuit sur l'ample "Domestication of Wildness", sur lequel s'immisce en sus un thème orientalisant.
Paradoxalement, c'est sur la proposition la plus courte, "Vanity", à peine trois minutes, que l'aspect décousu de la musique de Nightfall se fait le plus ressentir entre maelstrom de guitares, chuchotements et esquisse de solo de basse, instrument tenu par le chanteur Efthimis Karadimas. Ce dernier opère majoritairement dans un registre saturé évoquant de façon approximative celui de David Vincent de Morbid Angel, en moins guttural. Si les variations d'ambiance déclenchées par les compatriotes de Magus Wampyr Daoloth font de Parade Into Centuries un voyage singulier, celui-ci recèle peu de véritables pics émotionnels. Le break solaire – avec pépiements d'oiseaux et basse qui claque – de "Immaculate / Enslaved by Need" offre une belle éclaircie au sein d'une tentative pataude tandis que le heurté "Crying Out the Fear Within" évoque un flirt maladroit entre le death metal et le heavy/ speed à la Helloween, pas franchement rattrapé par un solo frisant le n'importe quoi. Les accélérations qui secouent "For My Soul, When the Dark Falls into" se révèlent plus convaincantes, contrebalançant un thème à l'emphase un peu téléphonée malgré l'irruption de claviers célestes, éléments déterminants dans le spectre sonore de la réalisation. Généreusement convoqués, comme rarement dans les contrées métalliques du début des nineties à l'exception notable de The Gathering et Amorphis, ils nimbent d'une aura de mystère "The Passage", la piste la mieux équilibrée sur laquelle alternent plages atmosphériques et séquences thrash fouettée aux cymbales du fiable Kostas Savvidis. Un mash up improbable à l'époque, qui symbolise idéalement l'effort méritoire des Athéniens.


Jeunes, audacieux et inconscients, les membres de Nightfall lâchent un drôle d'ovni dans l'horizon du metal extrême de 1992. Amalgamant death, doom, heavy et thrash dans un flux de synthés d'outre-monde, les Hellènes n'ont peut-être pas dans leurs rangs des guitaristes bourrés de technique, ni le meilleur vocaliste, ni les meilleures compositions et le son de leur effort longue durée inaugural n'est pas caractérisé par une puissance dévastatrice. Mais ces types ont l'attitude enthousiasmante de ceux qui ne craignent pas de briser les conventions pour exprimer leur art. Certes, l'auditoire est restreint mais peu importe : les bases d'une excitante mutation sont jetées. Celle-ci ne fait que commencer.





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