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CHRONIQUE PAR ...

97
Winter
Cette chronique a été mise en ligne le 09 avril 2021
Sa note : 18/20

LINE UP

-SI
(chant)

-A.K.
(chant+guitare+claviers+programmation)

-AD
(chant+basse)

-SK
(batterie)

TRACKLIST

1) A Selfish Star
2) The Veil of Splendid Lies
3) Act of Faith
4) Tethering the Transient
5) Dieu Vide

DISCOGRAPHIE

Inhibition (2012)
Rebellion (2015)
Escape (2018)
Johannes (2021)

Decline of the I - Johannes
(2021) - post rock black metal - Label : Agonia Records



- Alors, c’est donc vrai, tu mords plus ?
- Qui a dit ça ?
- Tu sais comment on t’appelle ? Le « vieux beau »…
- Pfff… Foutaises, tout ça…
- Tu vois ? Ils ont raison…


Arrivé pour me faire écorcher vif, je repars en pleurant. Je contemple Johannes en me demandant si c’est ça, le début de la fin. La prise de conscience de la multiplicité des chemins possibles pour arriver inévitablement au même résultat. Le dandy se ronge les sangs en pensant à ce qu’il n’a pas construit. Pourquoi pas… Ce sont les affres du stade esthétique (au sens de Kirkegaard, l’homme qui a inspiré A.K. pour cette nouvelle trilogie) que Decline of the I met en musique, à travers un album étonnamment et puissamment mélancolique. L’entrée en matière, prudente et froide, ne diffère guère de celle écoutée sur les œuvres précédentes. La surprise commence aux alentours de la huitième minute de l’inaugural "A Selfish Star". Cette voix féminine haut perchée, presque diaphane, constitue le premier élément d’une série d'arrangements dont le but, pas totalement conscient, est moins de nous arracher la peau avec les ongles et plus de nous secouer l’âme. Si la trilogie sur Laborit hurlait son mal-être à la face de l’auditeur-complice, il plane sur Johannes une sorte d’apaisement-résignation. Une odeur d’ « à quoi bon ? » flotte dans la pièce. Même si le post-black du groupe sait toujours faire mal -cf. le départ hurlé,  typique du groupe, sur "Tethering the Transient"- Decline of the I abandonne l’outrance, les effets électro et nous rappelle que son mentor a également été la tête pensant de Love Lies Bleeding.
La mélancolie ? Ça le connaît également. Et sur Johannes, il accompagne cette dernière d’une grosse poignée de désespoir, comme si ce quatrième album avait été composé au petit matin, dans une chambre, alors que dans la rue, les vieux fêtards rentraient chez eux après une énième cuite (cf. la fin de "The Veil of Splendid Lies"). Composé d’une traite également, tant, à l’inverse de l’aspect souvent hétérogène des titres de la première trilogie, Johannes est homogène et marque une sorte de gradation jusqu’au final explosif de "Dieu Vide". Il est d’autant plus compliqué de faire ressortir un morceau que le quatrième effort du groupe est également plus secret. Les compositions se livrent avec moins de facilité que par le passé, mais une fois rentré dans leur univers, la richesse de l’ensemble s’avère patente. Je me contenterai plutôt de mettre en avant l’usage de plans plus typiquement metal que par le passé et certains moments où l’émotion a étreint ma petite gorge fragile, comme cette pause délicate au beau milieu d'"Act of Faith", les nappes de claviers et les quelques notes entêtantes du puissant final de "Tethering the Transient", ou encore ces chœurs à la Enslaved (oui, oui...) sur "Dieu Vide". Au final, même s’il contient son lot de moments violents, Johannes montre la facette la plus délicate et subtile du groupe. Il s’en dégage des ambiances que ne renieraient pas les groupes de doom. Et dans ma bouche, c’est un sacré compliment.


Après une trilogie intense et forcément éprouvante à écrire, Decline of the I a encore des choses à dire. Des choses tristes, du domaine de l’intime, magnifiquement orchestrées, où la rudesse côtoie la caresse donnée d’un main tremblante. Johannes ou la fin d’un stade.






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