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CHRONIQUE PAR ...

100
Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 20 mars 2021
Sa note : 16/20

LINE UP

-Ali "Tabatabaee" Tabatabaeepour
(chant)

-Justin "Goldtoof" Mauriello
(chant+guitare)

-Greg "G" Bergdorf
(guitare)

-Ben "Grand Master B" Osmundson
(basse)

-Edwin Bjorne "Kooter" Udhus
(batterie)

A participé à l’enregistrement :

-Howard Benson
(claviers)

TRACKLIST

1) Check
2) Get Back
3) The Real Me
4) Someday
5) Waste of Mind
6) Feel This Way
7) Walk Away
8) Big Shot
9) Swing
10) Jag Off
11) Time
12) Move On
13) Fly Daze
14) Bootylicious Vinyl

DISCOGRAPHIE

Waste of Mind (1998)
Phoenix (2008)
Brain Invaders (2019)

Zebrahead - Waste of Mind
(1998) - rock punk Metal Alternatif rap - Label : Columbia



Suite au succès au milieu des années quatre-vingt-dix du punk radio friendly à grosses grattes d'origine californienne, moult imitateurs de Rancid et consorts jaillissent de leurs garages de banlieue comme des amanites sous un chêne pédonculé après une drache en forêt de Compiègne. Plutôt que copier littéralement (et bêtement) leurs grands frères, certains groupes tentent de se démarquer en faisant des mélanges. Zebrahead fait partie de ces risque-tout en intégrant dans ses rangs un chanteur hip hop. Pas de panique, les sorties sont sécurisées, ça va bien se passer.

Enfin, « les » sorties, c'est beaucoup dire puisqu'avant celle de Waste of Mind en octobre 1998, Zebrahead a publié un seul album auto-intitulé quelques mois auparavant sur le label local Doctor Dream. La tentative, réalisée avec des moyens manifestement limités, relevait plus de la carte de visite, au point qu'une demi-douzaine de titres sont réenregistrés pour les besoins du recueil suivant. Parmi ceux-ci figure "Check", qui ouvre les hostilités tambour battant sur une ligne de basse nerveuse au soutien d'un flow vigoureux. Les guitares, discrètes sur les couplets, déboulent tous potards à droite sur un refrain puissant et mélodique assuré par l'un des gratteux, Justin Mauriello, moins nasillard et énervant que Dexter Holland, son homologue du référentiel The Offspring. À l'instar de la grande majorité des morceaux, l'opener concis est agrémenté en outre par deux ponts judicieux qui remettent un coup de tension. Le procédé profite clairement à certaines compositions, telles les sympathiques mais limitées "Walk Away", "Big Shot" et "Swing" à mi parcours. Autres éléments qui concourent à dynamiser la plupart des pistes : un batteur énervé, une basse à la relance et des guitares heavy contrastant idéalement avec le timbre haut perché et intense convoqué sur les refrains.
Ce solide dispositif valorisé par une production percutante laisse malgré tout la place à la scansion rap assez fluide d'Ali Tabatabaee qui ne phagocyte pas le spectre sonore - ainsi sur "Someday", où elle est plutôt en retrait. Configurée de la sorte, la section d'Orange County peut aligner les rengaines vivifiantes ("Get Back", "Waste of Mind") et rattraper celles qui le sont moins telles que "The Real Me", rehaussée d'un inhabituel double solo – pour le shred, il faudra aller voir ailleurs – et la lascive "Jag Off". « Lascif », un terme qui ne s'applique guère au fulgurant "Time", avec son refrain exocet et son break inquiétant portés par des guitares tour à tour vrillées et menaçantes. L'un des sommets de l'enregistrement, côtoyant le plus apaisé mais ô combien jouissif "Feel This Way" qui débute par un intrigant thème « spatial » auquel succède un jeu de questions-réponses entre les deux vocalistes qui se retrouvent sur le superbe refrain ponctué d'une intervention rap l'empêchant de sombrer dans la guimauve, alors que la basse, sinuant sur fond de discrets claviers vintage, groove juste à point. Le tout est bonifié par un très bon (double) solo mélodique - ça c'est du single, bro' !
La réalisation s'achève dans une drôle d'ambiance, décontractée en diable, totalement expurgée de la composante metal. Sur "Move On", les cinq branleurs de la Cote Ouest livrent leur version personnelle de la semi-ballade californienne - on les imagine sans peine faire les kékés en pantalons taille basse et casquettes à l'envers sur le remblai : point de six-cordes joufflues, le chant rap passe au-dessus et celui de son collègue qui tire une fois n'est pas coutume dans les graves ne se révèle pas très heureux sur le couplet. Mais les types concoctent encore un refrain accrocheur et une variation qui relance l'attention. Et si le frais mais répétitif "Bootylicious Vinyl" ne constitue peut-être pas la conclusion idéale, son prédécesseur "Fly Daze", lancé par des coups de sifflet façon carnaval carioca, offre un moment exquis de coolitude grâce à un motif lumineux et un refrain ensoleillé particulièrement bien chanté, le couplet hip hop sur fond de percus latinos et le solo à la Dire Straits renforçant l'impression de se trouver à Venice Beach une fin d'après midi d'été, un mojito à la main. Il y a pire comme sensation, non ?


Ni envahissant, ni décoratif, l'ingrédient rap de Zebrahead est astucieusement incorporé à un punk métallisé (souvent) et mélodique (toujours), participant au plaisir provoqué par l'écoute du cocktail sonore mis au point par le quintet. Les chansons sont bonnes, voire carrément excellentes, dopée par une énergie communicative et un sens du gimmick qui fait mouche quasiment à tous coups. Les puristes renâcleront probablement face à ce mélange bien pourvu en glucose et une conclusion à la coule, tandis que les autres auront de quoi se faire plaisir avec cette salve euphorisante.



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