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CHRONIQUE PAR ...

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Merci foule fête
Cette chronique a été mise en ligne le 19 mars 2021
Sa note : 17/20

LINE UP

-Inara Maryland George
(chant+claviers sur "Hot for Teacher")

-Gregory Allen "Greg" Kurstin
(claviers+basse+batterie)

Ont participé à l'enregistrement :

-Bek David "Beck Hansen" Campbell
(chant sur "Hot for Teacher")

-Alexandra "Alex" Lilly
(chœurs sur "Hot for Teacher" et "Jump")

-Samantha Sidley
(chœurs sur "Hot for Teacher" et "Jump")

-Wendy Wang
(chœurs sur "Hot for Teacher" et "Jump")

-David Ralicke
(saxophone sur "Hot for Teacher")

-Justin Meldal-Johnsen
(basse)

-Gabriel "Gabe" Noel
(contrebasse sur "Hot for Teacher")

-Joey Waronker
(batterie)

-Omar Hakim
(batterie sur "Hot for Teacher")

TRACKLIST

1) Runnin' with the Devil
2) Panama
3) Hot For Teacher
4) Eruption
5) Jump
6) Ain't Talkin' 'bout Love
7) Jamie's Cryin'
8) Unchained
9) You Really Got Me
10) Diamond Dave
11) Everybody Wants Some

DISCOGRAPHIE


The Bird and the Bee - Interpreting The Masters Volume 2: A Tribute to Van Halen
(2019) - pop - Label : Release Me Records



Un groupe consacrant un album entier de reprises à un autre groupe : voilà une pratique qui n'est guère courante dans le monde du metal. Que l'hommage mono-patronymique aux grosses guitares et aux larynx chargés soit conçu par une formation pop relève carrément de l'inédit. C'est à cette tâche a priori risquée que se sont attelés les deux membres de The Bird and The Bee, après s'être avoué leur amour mutuel... pour Van Halen.

Des présentations s'imposent. D'un côté Van Halen, groupe de hard rock fondé dans les années soixante-dix par un guitariste aussi dynamique qu'inventif ayant rencontré un succès phénoménal pratiquement tout au long de sa carrière et que connaît ne serait-ce que de réputation tout individu s'intéressant un tant soit peu aux musiques amplifiées. De l'autre, The Bird and The Bee, duo pop emmené par Greg Kurstin, pianiste d'instruction jazz qui ne dédaigne pas taquiner la basse et la batterie. En tant que musicien de session il collabore entre autres avec Dweezil Zappa, The Red Hot Chili Peppers, Kylie Minogue, Lilly Allen, Paul McCartney ou encore Lana Del Rey. Il se fait rapidement un nom comme producteur avec à son palmarès Concrete and Gold des Foo Fighters, des tubes d'Adele et de Liam « fokin » Gallagher, remportant au passage plusieurs Grammy Awards. « A fucking genius », selon Dave Grohl des susnommés Foo Fighters. Le surdoué joue aussi sur All Rise, le premier enregistrement paru en 2005 de la chanteuse Inara George, avec qui il forme The Bird and The Bee qui sort deux ans plus tard un délicieux album éponyme chez Blue Note. Tous les deux sont originaires de Californie, comme Van Halen qu'adolescents ils adulaient. L'Oiseau et l'Abeille avaient fait paraître en 2010 un recueil de reprises des stars eighties de soul fm Hall and Oates ("Kiss on my List", "Maneater"). Les deux esthètes ne craignent donc pas de s'attaquer à des monuments populaires que la police méprisante du bon goût n'a eu de cesse de persécuter depuis des décennies. Le défi cette fois est en apparence ardu puisqu'il s'agit de faire du Van Halen... sans guitare.
L'approche peut sembler osée mais n'est pas si incongrue que ça si l'on songe que vouloir reproduire les partitions virtuoses d'Eddie Van Halen sur son instrument de prédilection serait forcément vain et n'apporterait rien de plus aux vidéos postées par les ceintures noires de stratocaster pullulant sur la toile. La version pianistique d'"Eruption" valide brillamment le parti pris de The Bird and the Bee : plus que le haut niveau de technicité requis pour exécuter le fameux solo qui affola le monde de la guitare branchée sur secteur, l'interprétation gershwinienne de Kurstin dévoile la face « classique » de l'ovni, ce qui n'était sans doute pas facilement décelable sur le premier effort longue durée du quatuor de Pasadena. Les autres compositions, majoritairement piochées dans Van Halen et 1984, bénéficient également des aptitudes supérieures de Kurstin dans l'art de l'harmonisation – splendide parure jazzy taillée à la perfection pour "Runnin' with the Devil" qui retrouve des couleurs tel un tableau de maître après restauration. Pour autant, à l'instar de la chatoyante matière garnissant leurs créations personnelles, The Bird and The Bee ne cède pas à la mièvrerie dévitalisante de certaines « réappropriations », tout juste pourra-t-on tiquer sur le traitement aqueux de "Ain't Talkin' 'bout Love" qui  perd fatalement une bonne dose de son tranchant originel. Le son n'a évidemment rien à voir avec Judas Priest mais demeure judicieusement costaud et chaleureux, au diapason des capacités effarantes d'Inara George.
La chanteuse américaine née un 4 juillet vivifie les morceaux de son timbre cristallin que recouvre un léger voile, idéalement adapté aux inflexions coquines auxquelles elle se laisse parfois aller, par exemple sur l'enlevé "Everybody Wants Some", en partie délesté de sa longue intro percussive, et sur la version malicieuse de "Hot For Teacher" agrémentée d'interventions tordantes de Beck en prof pince sans rire qui demande à ses élèves d'ouvrir Moby Dick à la page soixante-neuf. Chaque piste est valorisée par une ambiance particulière, ainsi "Panama" se transforme en petite chose funky tandis que les synthés dodus de "Jamie's Cryin'" gonflent les larmes de cette fille qui se respecte trop pour se résoudre à être le coup d'un soir du beau gosse local. Et lorsque le thème original est joué aux claviers, Kurstin le fait chanter par George et confie la mélodie vocale à ses choristes – réjouissante trouvaille permettant à "Jump" de figurer parmi les temps forts de l'œuvre. Enfin, les duettistes poussent le concept de cover jusqu'au bout en reprenant "You Really Got Me", dont le climat vintage évoque plutôt les Kinks qui l'ont créé, ainsi que l'un de leurs propres titres, "Diamond Dave", allègre et tintinnabulant sur leur LP Ray Guns Are Not Just The Future (2008), langoureux et touchant ici, transcendé par la voix à la fois sensible, puissante et délicate de Madame George.


Adapter des chansons (et un instrumental iconique) à un univers musical sans lien direct avec leur matrice, tout en les respectant, c'est le tour de force attendu mais terriblement difficile qu'a réussi à accomplir The Bird and The Bee sur son tribute à Van Halen. En conservant l'énergie tout en valorisant la richesse mélodique du matériau initial, le délicat duo pop aux accents jazzy rend l'un des plus beaux hommages que l'on pouvait imaginer – ou plutôt que l'on ne pouvait pas – à la musique d'Eddie Van Halen, un an avant que celui-ci ne tire prématurément sa révérence. On aimerait bien qu'Inara et Greg s'intéressent un jour à Kiss et Iron Maiden. Pour voir.



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